Description :
La branche des UCHARD, qui fait souche à Pont-de-Veyle, Cormoranche et Bey au XVIe, occupe une position à mi-chemin entre la noblesse à laquelle elle aspire de toute ses forces et la bourgeoisie, milieu dans laquelle elle évolue, car les UCHARD, pour la plupart, sont des robins, c’est-à-dire des « gens de robes ».
Ce n’est pas là sa seule caractéristique. Elle compte des réformés et des catholiques qui affrontent le monde avec la même réussite puisqu’ils sont conseillers du roi, avocats en parlement, notaires royaux, élus en l’Election de Bourg, syndics et maires, ...
La famille serait originaire de Genève.
Pierre UCHARD s’installe à Pont-de-Veyle aux environs de 1540, sa sœur y étant déjà mariée à Pierre DUMONT. Il achète le fief de Monspey, à Bey, en 1543 caressant la noblesse tout en restant « bourgeois de Pont-de-Veyle ».
Château du Vieux Bourg de Bey.
La cité de Pont-de-Veyle reconnait en lui un bienfaiteur, car il donne une maison et une rente pour soigner les lépreux.
N’ayant pas eu d’enfant, il fait don de tous ses biens à son neveu, Bernardin qui se signale par ses dons et legs importants à l’église de la ville. Avec lui, commence la filiation des UCHARD de Pont-de-Veyle devenus protestants.
A la fin du XVIe et au début du XVIIe, les descendants mettent leur zèle au service des églises réformées de Pont-de-Veyle et de Mâcon. Ils ont probablement gardé des contacts avec la très calviniste cité de Genève.
Bernardin aura trois fils après son mariage avec une demoiselle Martinet de Bourg.
- Bernardin, sieur de Monspey, le poète. Ses descendants ne seront pas fidèles à ses convictions et abandonneront la religion reformée. C’est de lui que descendent les UCHARD de MONSPEY et les UCHARD de GADROSSON qui s’éteindront, à Mâcon à la fin du XIXe.
- Pierre, sieur d’Amoret (ou d’Armouret), du nom d’une terre dans la paroisse de Cormoranche, marchand bourgeois à Pont-de-Veyle. Il épouse Philiberte DEVEYLE qui lui donne dix enfants, dont Judith, femme du pasteur Jacob TEXTOR.
- Bartholomé, également sieur d’Armouret et bourgeois de Pont-de-Veyle. Il épouse Marie de POLEINS et a sept enfants : Jean, Suzanne, Philiberte, Marie, Samuel, Barthélemy et Pierre.
La branche des UCHARD de MONSPEY :
Le membre le plus illustre est le poète patoisant Bernardin UCHARD, sieur de Moncepet, secrétaire du Duc de Lesdiguières à partir de 1616.
Bernardin UCHARD, nait à Pont-de-Veyle en 1575, dans une famille de la robe dont il perpétue la tradition en devenant contrôleur en l’Election de Bresse et Conseiller du Roi.
Il a le tempérament d’un humaniste, professe la religion reformée tout en faisant montre d’une tolérance rare à l’époque puisqu’il entretient des relations bien suivies avec le très catholique doyen de Notre-Dame de Pont-de-Vaux, Prosper LARME ainsi qu’avec l’abbé de Chassagne.
Député du tiers-état aux Etats Généraux convoqués par Maris de Médicis en 1614, il rédige un curieux cahier de doléances, en 400 vers de bon patois bressan « Lo guemen don povro labory de Breissy sur la pau que la de la garra » que l’on peut traduire par « Les lamentations d’un pauvre laboureur de Bresse sur la peur qu’il y a la guerre ».
Son touchant réquisitoire pour la paix est, en plus, une véritable fresque sur la vie paysanne de l’époque, pleine de naturel et de simplicité, fresque à laquelle le patois donne une rare authenticité. Sa peinture du quotidien de la terre a des accents profonds et émouvants. Il faut dire qu’un tel réalisme est rare à l’époque, et pas du tout dans les manières du temps où les écrivains s’engouent pour la mythologie.
A partir de 1615, la terre de Pont-de-Veyle vient dans les mains du « très haut et très puissant seigneur de Lesdiguières » que B. UCHARD sert avec dévouement. Accueilli en grand pompe à Pont-de-Veyle, le puissant prince est louangé en français et en patois par notre encenseur local.
Dans le nom de François de Bonne, seigneur de Lesdiguières, il déniche l’anagramme de « Bonne foi » et dans celui de sa deuxième épouse, Marie Vigon, « Digne Minerve ».
C’est dans le goût du temps comme ce vers :
« Le Maréchal est Mars, vous sa digne Minerve
Que le ciel lui soit apresté en réserve
Pour heurer ses vieux jours d’un fidèle entretien ».
Au service de Lesdiguières, B. UCHARD prend part, en tant qu’observateur pacifique à des expéditions guerrières vers 1617, en Piémont, pour protéger le Duché de Savoie des incursions espagnoles.
Dans « La Piedmontoize » qu’il compose à son retour pour magnifier les exploits de son protecteur,
« Dédiée à Monseigneur Lesdiguières, Maréchal de France et Gouverneur pour le Roy en Dauphiné », on relève une verve étonnante à laquelle l’idiome bressan n’est pas étranger.
Ce poème, imprimé à Bourg chez la veuve Suzanne TAINTURIER en 1661, est le plus ancien ouvrage en patois bressan.
Après deux éditions au XVIIe, il est réimprimé à Paris, chez AUBRY en 1855.
La littérature bressanne commence donc par un poème épique et avec quel souffle. Edmond CHEVRIER, historien du protestantisme, juge que l’idiome local peut aborder, sans difficulté, des sujets élevés, car « La Piémontoize » se termine par une prière « d’un beau caractère ». En outre, ce poème est d’un réalisme saisissant dans les scènes de batailles, les pillages des villes, les sièges,... On y lit même une description de l’enfer mythologique dans laquelle Pluton prononce une délicieuse harangue en bressan !
Il faut remarquer que le XVIIe voit se développer partout ces littératures dialectales, car le patois est couramment utilisé par toutes les catégories sociales.
On les prétend exercices de style ce qui est rabaisser des textes qui, comme ceux de B. UCHARD se révèlent d’une incomparable richesse.
Le « Guemen » et la « Piedmontoize » sont d’autant plus précieux que les textes en patois sont rarissimes. Du premier, on ne connait qu’un exemplaire, conservé à la Bibliothèque Nationale. Du second, on ne possède que trois exemplaires. C’est dire le miracle qui les a sauvés de la destruction et de l’oubli.
Dans l’un comme dans l’autre, Bernardin UCHARD, poète en sabots, fait véritablement œuvre de création. A ce titre, il a sa place au rang des écrivains.
Il meurt en 1624.
La branche des UCHARD d’AMORET :
Les descendants de Bartolomé forment, pour leur part, la branche des UCHARD d’AMORET et s’installent à Cormoranche.
Ils sont les plus fidèles à la religion réformée puisqu’il y a, parmi eux, plusieurs pasteurs. A la révocation de l’Edit de Nantes, plusieurs s’exilent en Suisse et ne reviendront jamais en France.
Maître Spectable Samuel est avocat et cité comme « ancien du temple de Pont-de-Veyle » en 1654 et 1656. Il se marie le 2 juillet 1617 avec Jeanne DUMONT et a dix enfants : Bartholomé, Jean, Jeanne, Pierre, Philiberte, Gédéon, François, Samuel, Jacques et Jérémie. Il meurt en 1663.
- Maitre Bartholomé (ou Barthélémy) UCHARD, né en 1617, est docteur en théologie et habite à Cormoranche. Il épouse, le 4 juin 1648, Françoise PASSIN. Il a fait, en 1680, un contrat de rente à l’église réformée de Pont-de-Veyle. Il meurt en 1686. Sa veuve tente de fuir, mais est arrêtée à Besançon, enfermée à la prison du Bon Pasteur à Dijon et, finalement, autorisée à s’expatrier. Elle meurt à Berne le 7 octobre 1693. Le couple a trois enfants : Samuel mort jeune, Jeanne qui se réfugie en Suisse et Jérémie, mort jeune.
- Jean UCHARD (1619 - 1676 à Cormoranche), Profession: Sieur d'Amouret. De son mariage vers 1645 avec Philiberte PASSIN (avant 1633-x), la sœur de la femme de son frère aîné, naitront 7 enfants : Samuel, Jeanne, Jean, Suzanne, Jérémie, Gédéon et Jean.
Description du Prieuré de Cormoranche
- Pierre UCHARD, né en 1625, est marchand tanneur. Il a épousé Françoise Thevenin et a huit enfants : Samuel, Jeanne, Marie (qui fuit en Suisse), Philiberte (morte jeune), Gabriel, Philiberte, Suzanne et Samuel. L’épouse de ce dernier (Espérance TEXTOR, petite-fille de pasteur) s’enfuit à Genève en 1693, mais Samuel, nouveau converti, voudra la faire revenir. Avec sa sœur Jeanne et ses cousins Jean et Gédéon, ils réclameront, conjointement, les biens de leurs oncle le pasteur Samue UCHARD, mais surtout les biens de leur tante Philiberte, veuve GUICHENON.
- Philiberte UCHARD, baptisée en 1627, épouse en 1647 Jacob GUICHENON, marchand bourgeois de Bourg qui meurt en 1680. Elle persiste dans sa foi protestante et est expulsée du royaume en 1688. Sa succession donne lieu à de nombreuses réclamations de la part de membres de sa famille, nouvellement convertis.
- Samuel UCHARD, leur huitième enfant (1633 – 1717 à Londres), étudie la théologie à Genève et devient pasteur à Saint-Jean-de-Thoiry, puis ministre du culte à Mâcon. En 1678, il participe activement au synode d’Is-sur-Tille. A la révocation, il se réfugie à Zurich, puis en Angleterre.
Ses biens sont confisqués et, en 1693, ses enfants Catherine, Jeanne, Jean, Philippe et Louise sont réfugiés à Zurich. Ils ne reviendront pas en France.
L’aînée, Catherine UCHARD, épousera François LEGUAT, à Londres, en 1716.
Blason des UCHARD : d’après l’Armorial Général de Bourgogne de 1696.
Est dit : d’or, à la bande de sinople engrêlée de sable, accompagnée de deux hirondelles de même.
La branche des UCHARD de GADROSSON :
En 1682, Charles UCHARD de GADROSSON est avocat au Parlement, juge civil et criminel, bailli capitaine et châtelain de Pont-de-Veyle. Il a accolé le nom de sa terre, sise à l’ouest de Pont-de-Veyle, au sien.
De sa lignée, François, docteur à Mâcon et Etienne, élu en l’élection de Bresse, avocat à la cour, conseiller du roi, maire perpétuel de Pont-de-Veyle en 1710.
Jérémie, fils d’Etienne, succède à son père, dans le même office, de 1731 à 1757.
Dans le dictionnaire des révolutionnaires de l’Ain, sous Pont-de-Veyle, on trouve un Etienne DEGAROSSON UCHARD (déformation plurielle de de GADROSSON), avocat.
Fort curieusement, il n’utilise plus la particule dans l’écriture de son nom : probablement par conviction révolutionnaire puisque le temps n’est pas encore à la chasse aux aristocrates.
Il est signataire du cahier de doléances du tiers-état de Pont-de-Veyle, le 18 mars 1789, à l’hôtel de ville. Il est également signataire de l’élection des députés de Pont-de-Veyle aux Etats de la province de Bresse le 23 mars 1789.
Il a l’honneur de commander la Garde Nationale du canton de Pont-de-Veyle à la fête de la fédération des Gardes Nationales de la province de Bourgogne le 18 mai 1790 à Dijon.
Il participe à la fête fédérative de Lyon le 30 mai 1790 et au champ de Mars, à Paris, le 14 juillet 1790 pour la Fête de la Fédération.
Le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises du 16 pluviôse an II (4 février 1794) ayant été voté à Paris par la Convention nationale, il est chargé de donner un plan pour la fête en l’honneur de la libération des noirs le 10 germinal an II (30 mars 1794).
Après la mise en état d’arrestation de Jean Philibert Antoine TARDY, dit de la CARRIERE, le 19 frimaire an II (9 décembre 1793), il devient maire de Pont-de-Veyle le 18 juin 1794.
Il est membre de la société populaire de Pont-de-Veyle en l’an III.
Il est signataire d’une pétition de la société populaire le 6 ventôse an III (24 février 1795) pour purger la société des terroristes encore présents.
Il survit aux purges révolutionnaires puisqu’en 1820, il est toujours désigné comme propriétaire demeurant à Pont-de-Veyle.
Il est nommé électeur du département de l’Ain le 11 octobre 1820.
Un petit morceau d’une histoire de lignée où certains décidèrent de rester à Pont-de-Veyle ou dans les communes environnantes et d’autres, pour ne pas renier leur foi, décidèrent de tout quitter et de partir.....