La commune de Saint-Laurent-sur-Saône se trouve à 32 kilomètres de Bourg-en-Bresse, sur la rive gauche de la Saône, en face de la ville de Mâcon à laquelle elle est reliée par un pont.
Son territoire extrêmement restreint (53 ha) est presque entièrement bâti. Il s’étend le long de la R.N.79 qui forme l’axe principal et se développe de part et d’autre de cette dernière. Quelques maisons au sud de l’agglomération appartiennent à la commune de Crottet, et à l’est à celle de Replonges.
Le relief est uniformément plat à une altitude de 174 mètres. Le sol est formé d’alluvions modernes déposées par la Saône sur les limons tertiaires de la Bresse.
Malgré la survivance d’une faible activité industrielle et rurale, la population (1735 habitants en 2022) est surtout ouvrière et commerçante. Toutes les industries qui florissaient en début du siècle précèdent ont pratiquement disparu.
HISTOIRE : ANNÉE 258 SAINT LAURENT SUR SAÔNE
Le célèbre Saint-Laurent, martyrisé en 258, sous l’empereur romain Valérien (ou Valait-Rien), a été rôti, grillé, comme un simple hareng-saur, en face de MATISCO (aujourd’hui Mâcon), sur le bord oriental de la Saône, nommée en ces temps primitifs Arar, mot gaulois qui signifie rivière indolente, nonchalante ou paresseuse.
Les Annales romaines rapportent il est vrai, que le premier diacre de l’évêque de Rome, Saint Sixte ou Sixte II, nommé Laurent, a été, cette année 258, brûlé vif à Rome, parce que ce caissier ecclésiastique avait refusé de livrer au fisc impérial le trésor de la communauté chrétienne.
Différentes localités, situées généralement près de cours d’eau, s’appellent Saint-Laurent, sans doute parce que l’eau éteint le feu, et qu’il y a quelque corrélation ou opposition entre l’inondation et l’incendie, figurés par le martyre de Saint-Laurent qui s’est joué du feu en le bravant comme une salamandre dans les charbons ardents.
Des fouilles entreprises en 1889 au nord et au sud de Saint-Laurent-sur-Saône ont révélé l’existence d’un site habité dès l’époque néolithique ainsi qu’à l’âge du bronze et à l’époque gallo-romaine.
Au cours de cette dernière époque, un pont de bois a été jeté sur la rivière en face de l’église actuelle. Monseigneur RAMEAU, à la fin du XIXe siècle, signalait que par basses eaux l’on pouvait voir au fond de la Saône les vestiges de ce pont qui reliait Mâcon à Saint-Laurent-sur-Saône
Toutefois, Saint-Laurent-sur-Saône doit son origine à une ancienne abbaye fondée au IVème siècle et autour de laquelle le village s’est peu à peu développé, habité surtout par les bateliers qui offraient leurs services aux bressans pour traverser la prairie inondée.
Dès la fin du VIème siècle, cette abbaye fut réunie à Saint-Vincent de Mâcon par GONTRAN, roi de Bourgogne, alors qu’en 830, Louis LE PIEUX (ou le Débonnaire) l’aurait donnée à HUGUES1er, marquis de Bresse et Comte de BAGE, en récompense de ses services et ce, avec le consentement de l’évêque de Mâcon, HILDEBARD.
Sa possession fut très longtemps un sujet de querelles entre les évêques de Mâcon et les sires de Bâgé.
Au Xe siècle, Gérard, évêque de Mâcon, essaya en vain de s’en ressaisir par les armes. Son successeur, THEOTELME fut plus heureux et parvint à se la faire restituer en 967 par HUGUES III, Comte de BAGE.
Mais dès le début du XIème siècle, l’évêque GAUSLEIN l’inféoda à perpétuité, ainsi que ses dépendances à RODOLPHE sire de Bâgé.
Se fondant sur cette inféodation, les seigneurs de Bâgé construisirent une petite forteresse au sud de l’abbaye, lorsque les comtes et évêques de Mâcon édifièrent un nouveau pont.
En 1272, la sirerie de Bâgé passa entre les mains de la maison de Savoie par le mariage de Sybille DE BAGE avec le comte AME, et Saint-Laurent-sur-Saône devint dès lors un point très important puisqu’il formait l’extrémité occidentale des États savoyards.
Les comtes de Savoie en firent le centre d’une petite châtellenie dont la durée fut assez éphémère. Les châtelains avaient pour mission de percevoir les revenus et de surveiller les agissements des Mâconnais toujours disposés à faire valoir et même à outrepasser les droits qu’ils avaient ou prétendaient avoir sur la rive gauche.
C’est à partir de 1356 que Saint-Laurent-sur-Saône fut réunie à la châtellenie de Bâgé. Les comtes de Savoie y installèrent leurs prisons seigneuriales.
En 1337 furent construites les fortifications et la tête de pont côté Bresse.
Durant les guerres de religion, en 1595, la ville étant sans cesse menacée par les ligueurs de la Bresse, les habitants demandèrent à être mis sous la protection du Roi de France.
Le 21 août 1595, HENRI IV qui arrivait de Pont-de-Vaux, refusa d’entrer à Mâcon, et c’est près de la Croix Goutte, à Saint-Laurent-sur-Saône, que les échevins mâconnais vinrent lui remettre leur présent.
Sur le plan politique, Saint-Laurent-sur-Saône qui suivit Bâgé et la Bresse, eut l’étrange destinée d’être de 1033 à 1601 sur terre d’Empire et terre de Savoie, tout en restant sur le plan religieux rattachée au diocèse de Mâcon qui était terre de France.
De 1601 à 1789, Saint-Laurent-sur-Saône fut l’un des douze bourgs de la province de Bresse qui avaient leur administration particulière et députaient aux assemblées du tiers-état. Après la réunion à la France, les édiles mâconnais voulurent faire de Saint-Laurent-sur-Saône un des faubourgs de leur cité. Ils tentèrent d’y loger des troupes et d’y assurer la police, sans toutefois parvenir à leurs fins.
Dans la première moitié du XVIIIe siècle, la construction de la « levée » au moment où tombaient les vieilles tours du pont, facilita l’accès à la cité. Les marchandises purent y affluer et la ville devint le plus important marché de bétail et de céréales de la région.
En 1769, Saint-Laurent-sur-Saône fut rachetée par le marquis de FEILLENS.
En 1790, le comité chargé par l’Assemblée Nationale de faire la délimitation des départements décida par décret du 19 janvier 1790 de conserver la Saône comme limite. Saint-Laurent-sur-Saône dont la prospérité attisait depuis des siècles la convoitise de Mâcon resta dans le département de l’Ain.
En 1814, à la suite des désastres napoléoniens, la commune eut à subir l’occupation autrichienne. Menacée d’être brûlée, elle fut rançonnée et dut pendant cinq mois loger et nourrir un total de 49 000 soldats.
En 1815, après les Cent Jours, il fallut supporter encore l’occupation des troupes alliées. Durant tout le mois d’octobre, une garde de cinquante hommes et soixante-quinze chevaux assura leur passage au pont.
Sous le second empire, les Mâconnais dont le marché était concurrencé par celui de Saint-Laurent-sur-Saône, tentèrent une nouvelle fois d’obtenir le rattachement à leur ville.
Au cours des siècles, Saint-Laurent-sur-Saône a changé souvent de nom. Dès la création de l’abbaye, il est question de Saint-Lorent oultre le Pont, puis on trouve Saint-Laurent la rivière, Saint-Laurent-près-Mâcon, Saint-Laurent-lès-Mâcon, Saint-Laurent de l’Ain, Port de l’Ain ci-devant Saint-Laurent, Port de l’Ain (Saint-Laurent), Port inférieur de Saône, Ain et Saône ci-devant Saint-Laurent, Saint-Laurent ‘Ain).
Plusieurs de ces appellations ont été utilisées à différentes reprises, mais la plus usitée et celle à laquelle on revenait presque toujours était Saint-Laurent-lès-Mâcon car elle situait mieux la commune par rapport à sa grande voisine. On l’abandonna pour la dernière fois en 1958 pour lui substituer Saint-Laurent-sur-Saône marquant ainsi la volonté de se démarquer de Mâcon dont les tentatives d’annexion ont été périodiques pendant plus d’un millénaire !