• Nom Collecteur: FRENOIS Anne-Marie
  • Date Création: 07-03-2026
  • Commune concernée: CORMORANCHE-SUR-SAONE
  • Catégorie principale: Présentation de la commune
  • Bibliographie: Pré-inventaire des Richesses Touristiques et Archéologiques du canton de Pont-de-Veyle, édition 1986 / Archives Départementales de l’Ain / Archives municipales / Bulletins municipaux / En 2016, entretiens avec Roland PROLONGE, né à Arciat en 1930 / « En Bresse, construire et habiter dedans, dehors » de Musée des Pays de l’Ain (2005) / Rapport de présentation - Plan de Prévention des Risques d’Inondations de la Saône – Communes de Cormoranche et Garnerans – juillet 2013 / « Mémoire au sujet de la navigation sur la rivière de Saône » par Thomas DUMOREY (1779) / « Les inondations en France du VIe à nos jours » de Maurice CHAMPION (1858) / « Inondation de 1840 sur le littoral de la Saône et du Rhône » de Pierre –Casimir ORDINAIRE (1841).

Historique :

L’ancien nom de la Saône est « Arar ». Ce sont les commentaires de César qui mentionnent, pour la première fois, cette rivière sous le nom d'Arar :"l'Arar est un cours d'eau qui, coulant entre les Eduens et les Séquanais, tombe dans le Rhône ; son cours est d'une lenteur si prodigieuse que l'œil ne peut apercevoir de quel côté se dirigent ses eaux".

A César, nous rattachons les historiens grecs qui ont raconté ses campagnes des Gaules. Plutarque appelle la Saône « Arara », et Dion Cassus « Arararis », noms à forme grecque d'Arar.

Le port d’Arciat est mentionné dès le début de l’an Mil et dans une charte de Cluny de 1080 : « Portus qui dicibur Arciacus ».

Thomas DUMOREY, dans son Mémoire au sujet de la navigation sur la rivière de Saône  de 1779, livre de nombreux détails sur les marchandises qui transitent dans les différents ports de la Saône : bois, charbon, fourrages, bois de construction pour la marine royale, grains, blé, matériaux en terre cuite fabriqués dans les tuileries voisines, etc., mais ne fait pas mention d’Arciat.

Une carte de 1862 mentionne, en rive droite, le port de Crêches et, en rive gauche, le port d'Arciat, reliés par un passage d'eau.

Il faut attendre 1840, avec la crue exceptionnelle de la Saône pour que l’on cite le hameau dont la destruction est totale à l’exception d’une seule maison (et la destruction de plus de 100 maisons à Cormoranche).

La reconstruction est assez rapide, car la plupart des habitations actuelles datent de cette période.

Description du hameau au début du XXe :

Son histoire est indissociable de celle de la Saône.

Le recensement de 1911 indique 74 habitants. C’est un petit port sur la Saône avec, pour activité importante, le commerce de matériaux de construction (pierre, sable ; tuiles, briques), paille, foin, blé, vin et charbon. Ce dernier sert surtout à alimenter le four de la tuilerie.

Situé sur le chemin de halage de la Saône rive gauche, « le pont de la Goutte » est un équipement emblématique du secteur. Il est construit pour franchir le chenal conduisant à une fabrique de tuiles installée au lieu en patois « la gotte », du terme dérivé goté pour désigner une flaque d'eau ou un lieu humide dans un terrain

Tuilerie / briqueterie :

L’absence de pierres encourage la fabrication de briques de terre cuites, épaisses et massives, appelées « carrons savoyards ». Ils sont moulés, séchés au soleil, souvent plusieurs mois, puis cuits dans un four bien fermé pendant huit jours.

Les premières tuileries et briqueteries, appelées carronnières, sont situées près des lieux d’extraction de la terre.

Brique JOLY
Brique JOLY

Elles fabriquent briques, carrons, tuiles, utilisés à tous les stades de la construction : monter des soubassements, renforcer les angles, daller les sols, couvrir les charpentes...

Leur activité se développe avec l’amélioration du niveau de confort des habitations : pavement des sols jusque là en terre battue, substitution du torchis par un remplissage en carrons, ....

La spécificité de ces bâtiments est liée au processus de fabrication : aire de battage de la terre, hall bien ventilée pour le séchage et four pour la cuisson.

L’exploitant prend la terre, vers les barrages, « au senasse ». Le charbon, livré en péniche, sert à alimenter le four de la tuilerie.

Les Snass
La senasse.

Il y a le patron, Claude JOLY, l’arrière grand-père de Rolland PROLONGE, né en 1848 à Saint-Laurent-en-Brionnais (Saône-et-Loire 71), un ouvrier Lucien PLATTARD, né en 1876 à Messimy.

La grand mère de Rolland PROLONGE (Antonine PLATTARD, née JOLY en 1883) livre avec cheval et tombereau les matériaux à Mâcon jusqu’à son accident, causé par une roue de charrette.

Sa fille, Germaine, née en 1909 à Arciat, est la mère de Rolland.

La tuilerie, à Arciat, cesse son activité à la guerre de 1914.

Ancienne fabrique JOLY
Ancienne fabrique JOLY

On note aussi un moulin à huile qui cesse son activité en 1864.

Il existe une petite agriculture : quatre ou cinq exploitations avec quelques vaches qui servaient d’attelages, des chevaux, de la volaille (surtout oies et canards) et de la vigne.

Tous ces cultivateurs vivent dans la hantise des crues de la Saône, surtout les crues de printemps qui anéantissent la récolte de foins et de céréales avec, pour résultat, une année de misère.

L’activité principale est la pêche, partagée entre pêche professionnelle (adjudications de lots sur la Saône) et braconnage (appelés « pirates » dans la région).

Mais la Saône est assez poissonneuse, à cette époque, pour contenter tout le mode.

Vers 1900, la pêche professionnelle fait vivre de nombreuses familles. En effet, la demande de poissons d'eau douce est importante, car le manque de transports frigorifiques rend impossible le ravitaillement en poissons de mer pendant la saison chaude.

Sur le recensement de 1911, quatre pécheurs sont indiqués :

  • Claudius HYVERNAT, né en 1884,

  • Louis BETHURY, né le 17 juin 1872,

  • Jean François LOUPFOREST, né le 17 novembre 1859,

  • Et Jean-Claude BESSON, né le 9 février 1881.

Suivant la saison, différents modes de pèche sont pratiqués :
  - la pèche à la comble (ou grande senne) ce qui nécessite une équipe de 10 à 15 personnes.
  - la pèche au tramail (*) : on entoure un herbier avec le filet, puis on chasse les poissons à grands coups de perche pour qu'ils se prennent dans le filet.
  - l'épervier est utilisé pendant la saison chaude pour ravitailler en petite friture les restaurants du bord de l'eau.

Pendant les crues de printemps, des verveux (filet pliant, en forme d'une longue nasse, cylindrique ou conique, monté sur des anneaux ou autres structures rigides) sont placés dans les fossés ou le long des buissons immergés, surtout pour prendre les brochets abondants à cette époque.
Le carrelet et les araignées (filets maillants) sont, également, utilisés.

Les types de poissons pêchés sont : brochet, perche, tanche, anguille, carpe, chevesne, brème, rousse, petite friture. Les premiers silures sont apparus dans les années 1970.

Les poissons pêchés sont, soit vendus sur place, soit descendus vivants à Lyon dans des bateaux viviers (compartimentés et percés de petits trous pour renouveler l'eau) appelés « bèches ». Ces viviers sont descendus par des remorqueurs et les poissons sont vendus à des négociants en gros.

Le grand-père et le père de Josette PROLONGE, née HYVERNAT, possèdent 5 à 6 bateaux viviers qui sont amarrés, à Arciat, au lieu-dit « aux bèches ».

Les bateaux sont calfeutrés avec de la mousse de buis, technique connue dès le Néolithique et jusqu'au XIXe dans le bassin rhodanien. Ces remplissages, introduits de force dans les interstices, sont, ensuite, recouverts de bois, souvent des baguettes de genévrier pour les calfatages à la mousse de buis.

(*) Filet mouillé verticalement, composé de trois nappes, deux extérieures à larges mailles et une intérieure à mailles beaucoup plus petites, qui constituent un piège dans lequel le poisson demeure prisonnier.

La pêche à la grenouille est surtout pratiquée en juin-juillet.

L’hiver, la chasse à la canardière sur la Saône ou les prairies inondées est d’un bon rapport, vu l’abondance de passages de canards sauvages. Elle se pratique, tout de suite après guerre, lors des migrations très importantes de canars en novembre-décembre.

Une canardière est un très grand fusil de chasse, lourd et peu maniable. Il mesure entre deux à trois mètres de long et pèse jusqu'à 60kg. Le principe est d'abattre un maximum d'oiseaux d'un seul tir lorsqu'ils sont posés sur l'eau, car le bruit d'une détonation les fait s'envoler. Tirant une large gerbe de grenaille de fer ou de plombs, propulsée par une double ou triple charge de poudre, certaines canardières peuvent abattre jusqu'à 50 oiseaux d'un coup.

Comme l'arme est trop lourde et a trop de recul pour être épaulée, elle est placée sur une barque appelée "nagerat". Le chasseur s'approche et oriente la barque à la rame, silencieusement. il est couché dans sa barque et dirige avec un gouvernail entre les pieds. On dit qu'il "chevaille".La barque recule avec la détonation, puis il n'y a plus qu'à aller repêcher les proies qui flottent. Cette chasse, difficile et dure physiquement dans le froid de l'hiver est définitivement interdite en 1951.

Il ne faut pas oublier le restaurant qui fait la réputation du quartier pendant plusieurs générations.

Les échanges avec Crêches-sur-Saône :

Ils se font par le bac jusqu’en 1904.

Bac d'Arciat en 1912
Bac d'Arciat en 1912

En 1904, le pont d'Arciat est inauguré.

Entièrement détruit le 3 septembre 1944, le bac est alors remis en service jusqu'à la construction d'un pont métallique en 1950-1951, pont provisoire qui reste en service jusqu'en 2009. 

Le 11 septembre 2010, le nouveau pont d'Arciat est inauguré.

 

Fiche vers le Pont d’Arciat.

 

Crues et repères de crues :

Novembre 1840 : la crue de référence de la Saône, occasionnée par des pluies diluviennes ayant couvert l’ensemble du bassin, renforcée par des orages répétitifs à l’aval et par un très fort vent du sud, est l’événement le plus important dont l’homme ait gardé une trace précise : plusieurs morts dans les villes, et plus de 2 000 maisons détruites. 

En 1840, la Saône s'est élevée de 1 mètre 20 centimètres au-dessus de la barre de la crue de 1711 et les ravages qu'elle a exercés sont effroyables.

Les pluies qui se sont abattues sur le bassin de la Saône, à cette époque, ont certainement revêtu un caractère exceptionnel.

L’été 1840 a été plutôt sec ; des premières pluies en septembre ont occasionné une petite crue. Des pluies océaniques tombent à partir du 19 octobre et élèvent, peu à peu, le plan d’eau, tout en saturant le sol. Elles s’intensifient progressivement sur la partie occidentale du bassin jusqu’à la fin du mois et provoquent le débordement de la Saône sur le haut bassin (Gray, Auxonne) où elles font peu de dégâts.

Dans la journée du 27 octobre, le baromètre baisse et un vent violent et chaud du sud souffle dans toute la vallée du Rhône jusqu’au nord de Lyon annonçant une pluie méditerranéenne. Celle-ci commence dans la nuit du 27 au 28, et redouble dans la nuit du 29 au 30 octobre. 

Ces deux épisodes particulièrement violents (plus de 150 mm en tout), entraînent des crues des affluents avals : la Seille, la Reyssouze, la Veyle, la Chalaronne et l’Azergues.

Ces crues contribuent, avec la crue générale de la Petite Saône et du Doubs, à provoquer la première série de crues qui inonde la plaine de la Saône à l’aval de Châlon.

Les averses méditerranéennes torrentielles reprennent du 1er au 3 novembre, à nouveau sous forme de deux pics distincts et touchent la partie aval du bassin versant jusqu’à Mâcon, avec à nouveau une hauteur de l’ordre de 150 mm. On enregistre ainsi, près de Mâcon, plus de 324 mm de pluie entre le 27 octobre et le 4 novembre.

Le Doubs et le Rhône, touchés par des crues générales, sont en phase de décrue lors de ces dernières averses qui ne font que ralentir leur descente.

La Saône, au contraire, subit la concomitance parfaite entre la pointe de sa crue principale (engendrée par les pluies générales au Nord et par la première série d’averses) et de celles, extraordinaires, de ses affluents avals de rive droite (l’Azergues et la Turdine principalement).

Le vent du sud ne faiblit pas pendant ces journées. Celui-ci contribue à freiner le débit de la rivière et génère des vagues importantes à la surface des flots, qui participent aux destructions et rendent les sauvetages difficiles.

Texte extrait de l’ouvrage de Pierre-Casimir ORDINAIRE : « Le lundi 2 novembre, les maisons formant la ligne de rue qui s'étend de la place de la Pyramide à Saint-Clément s'écroulèrent. Toutes bâties en pisé, elles s'affaissaient tout-à-coup dès que les eaux dépassaient les fondations en pierres et atteignaient la terre. La chute avait rarement lieu par partie, elle était générale et instantanée. .....Le même jour, l'eau, croissant avec une rapidité effrayante, atteignit, à l'échelle du pont, 6 mètres 45 centimètres, où est placée l'inscription 1711, et la plus vive anxiété se montra sur tous les visages.......Le Préfet de Saône et Loire, M. DELMAS, qui a constamment veillé et subvenu aux besoins qui se faisaient sentir .... se détermina à faire visiter le littoral de la Saône. Une gondole à vapeur et l''Hirondelle n° 1 s'empressèrent de déférer à la réquisition qui leur fut faite. La gondole, sur laquelle s'étaient rendus MM. LORAIN, juge d'instruction, JOURDAN, ingénieur, VILLARS, avocat, conseiller municipal, NIEPSE, docteur-médecin et VINSAC, agent-voyer, se dirigea successivement vers les communes de Vésines, d'Asnières et de Feillens, entièrement submergées. —Vésines et Asnières, exposés à d'annuelles inondations, ne contenant que des habitations solidement construites en pierres, ne laissaient d'inquiétude que sous le rapport des besoins que pouvaient éprouver leurs habitants; mais il n'en était pas de même de Feillens, où les maisons, peu sujettes aux débordements de la Saône, étaient toutes bâties en pisé.

Lorsque le paquebot s'y rendit, 25 habitations s'étaient écroulées, et un grand nombre de personnes furent arrachées des greniers où elles s'étaient réfugiées.

L'Hirondelle, partie en aval, montée par M. VALETTE, agent-voyer, explora Arciat, Cormoranche, Griéges et Chavannes ; dans ce dernier village une seule maison était debout ; à Cormoranche, trois ou quatre restaient encore, mais étaient menacées.

Les habitants, dans des barques, cherchaient à sauver des effets mobiliers; quelques-uns acceptèrent le refuge que le bateau à vapeur leur présentait. Au moment de son départ, le commandant du steamer fut averti par un homme qui s'était hasardé sur un cheval, qu'une famille entière allait être ensevelie sous les décombres, si de prompts secours ne lui étaient portés ; une embarcation se dirigea sur le lieu du danger, et parvint, avec beaucoup de peine, à retirer d'un grenier quatre femmes et deux hommes qu'on arracha à une mort certaine, la maison s'étant écroulée quelques heures après ».

  • Hauteurs : De Châlon à Lyon, les records historiques de hauteur sont largement dépassés, entre 1m et 1,5m. On note ainsi (anciennes échelles) : 8m12 à Verdun et 7m29 à Chalon le 2 novembre 1840 ; 8m05 à Mâcon le 4 novembre ; 8m50 à Trévoux et 8m89 au Pont de la Feuillée, à Lyon, le 5 novembre.

  • Dégâts : Dans les villages du Val de Saône, les maisons construites en pisé s’écroulent subitement lorsque l’eau atteint les murs : environ 400 maisons sont détruites en Saône et Loire et plus de 1000 dans l’Ain. L’eau atteint le centre de la commune de Cormoranche jusqu’aux marches de l’église (Un repère est posé à l’angle du bâtiment de la cantine scolaire).

Cette crue de 1840 est utilisée comme « crue de référence » pour l'élaboration des plans de prévention des risques d’inondation de la Saône.

Après cette crue, les maisons, construites en pisé, le sont sur d'importants soubassements de pierre. Des dizaines de repères sont gravés dans la pierre, « afin de faire pressentir la hauteur plus considérable encore que les eaux peuvent atteindre, d'établir des niveaux et de diriger les nouvelles constructions qui remplaceraient celles écroulées ».

Trois repères de crues sont visibles à Arciat :

  • Sur « la maison des moines », ceux des crues de 1840 et 1955.

    Repère de crues d'Arciat
    Repère de crues d'Arciat
  • Sur le transformateur : celle de la crue de 1955.

D’autres crues importantes, à plus de 5.50m, se sont produites au début du XXe : 

    - Mars 1906 : 5.68 m.
    - Janvier 1910 : 6.46 m.
    - Février 1910 : 5.66 m.
    - Décembre 1910 : 5.58 m.
    - Novembre 1913 : 6.05 m.

Arciat actuellement :

Le mode de vie « au rythme de la Saône » continue, avec peu de changement, jusqu'à la fin de la deuxième guerre, puis c’est une lente régression. Lors du recensement de 1936 : 42 personnes vivent à Arciat et, en 1946, encore 46 personnes.

L’agriculture disparait progressivement.

La pêche professionnelle disparait, vers 1970, pour plusieurs raisons :
 - les dragages ont bouleversé les fonds, entrainant la disparition des joncs et des herbiers, refuges des poissons.

 - le passage des gros bateaux,
 - la pollution.

Le restaurant ferme, également, vers 1970. 

Mais l’originalité d’Arciat demeure : devenir une île, lors de chaque crue de la Saône, avec nécessité, pour les habitants de posséder des bateaux pour rejoindre le bourg, emmener les enfants à l’école, aller travailler ou se ravitailler.

Inondation de 2023
Inondation de 2023

Le hameau ne retrouve une « forte » population que pour les weekends et les vacances quand les résidences secondaires sont occupées par des citadins qui trouvent un havre de paix dans le hameau d’Arciat.