• Nom Collecteur: Christian Lorin, Joëlle Renoud, Michel Coutant, Dominique Borgat
  • Date Création: 04-12-2025
  • Commune concernée: GRIEGES
  • Catégorie principale: Personnalités
  • Bibliographie: Wikipedia, Wikimonde, Presses de l’enssib, Jacques Billioud, Bibliographie de Joseph Billioud, 1888-1963 [archive] sur provencehistorique.mmsh.univ-aix.fr. « Nécrologie : joseph Billioud », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1963, n° 6, p. 261-261. En ligne : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1963-06-0261-001 ISSN 1292-8399. Nécrologie de Joseph BILLIOUD des Annales du Midi par Edouard BARRATIER Nécrologie de Joseph BILLIOUD, BULLETIN D'INFORMATIONS DE L'A.B.F. de Mireille ZARB

Joseph BILLIOUD

 

Archiviste en chef de la ville de Marseille, ancien Directeur de la Bibliothèque municipale et du Cabinet des Médailles de la Cité, historien français, né à Grièges (Ain) le 1er août 1888 est mort le 7 mars 1963 à Marseille et inhumé au cimetière Saint-Pierre.

L'Institut de France lui a décerné plusieurs prix ; ses mérites lui valent d’être promu Chevalier de la Légion d'Honneur et de recevoir la rosette de l'Instruction publique.

 

 

Biographie :

 

Alexandre Joseph Billioud est né à Grièges (01) chez ses grands-parents maternels, propriétaires - meuniers du moulin de Faty, quatre ans avant que celui-ci ne brûle et que les ruines soient rachetées pour y construire une usine électrique.

La famille paternelle habitait depuis le XVI' siècle le Val de Saône de l'Ain, à priori au château du Carillon à Mogneneins, à une quinzaine de kilomètres au sud de Grièges. Son père était médecin, issu d'une famille qui a compté .au fil des générations un ingénieur, un avocat, et deux autres ancêtres au moins avec les titres de seigneurs, conseillers du roi, dont un, écuyer, capitaine des chasses de la Principauté des Dombes.

Sa mère descendait pour une part d'une vieille famille de Grièges, les Bourdon, minotiers à Faty et les Brondel dont Jules Etienne Alexandre, résident à Messimy où il a été maire avant de reprendre le moulin de ses beaux parents à Faty. 

Joseph était un des fils de Michel Horace Billioud et de Marie Antoinette Brondel domiciliés à Fontaines sur Saône, lesquels s’installeront dans les années suivant la naissance de ce fils, au hameau du Reponnet à Bàgé la Ville et où le père exercera sa profession de médecin. Cette propriété appartient toujours à leurs descendants.

 

Joseph (prénom usuel) part faire ses humanités au collège Notre Dame, institution jésuite de Mongré, à Villefranche-sur-Saône. Il en garda, avec une connaissance du latin à l'ancienne mode, une foi religieuse très ferme et sans ostentation. Envisageant un temps la carrière du commissariat de marine, il choisit finalement l’histoire, et passe le concours de l’Ecole Nationale des Chartes où il est reçu troisième en octobre 1907, où il obtient en 1911 le diplôme d'archiviste paléographe avec une thèse intitulée « Les États du duché de Bourgogne jusqu'en 1498 » : « travail austère, comme il est de tradition dans cette maison, où, dès les premières lignes, apparaît son honnêteté profonde. Il tient à rappeler que le sujet a déjà été traité et explique pourquoi il l'étend dans la durée. En fait, il le renouvelle. Cette thèse faillit ne pas paraître : elle était déposée aux Archives de Lille quand les Allemands envahissent le nord de la France, mais le manuscrit fut préservé. L'ouvrage fut finalement publié grâce à un reliquat de ressources de la Société bourguignonne de géographie et d'histoire qui fusionna avec l'Académie de Dijon ».

Après son service militaire, effectué à Besançon, il effectue ses stages dans les dépôts d'archives qui l'ont emmené en Côte-d'Or, en Seine-et-Oise dans la Drôme et à Lille où il travaille au côté de Max Bruchet sur les fonds religieux. Ensuite à Marseille où il contribue au classement et rédaction des répertoires manuscrits du Grand Prieuré de Saint-Gilles de l’Ordre de Malte qu’achèvera Édouard Baratier et aussi des archives communales de Martigues. « Il s'était imposé dans ces différents postes par sa culture historique et sa puissance de travail, et les chefs les plus exigeants avaient reconnu ses mérites ».

 

Mobilisé dans l’artillerie en août 1914, fut affecté à l'artillerie de campagne, puis, en septembre 1918, à l'artillerie lourde. Il est blessé à l’œil, décoré de la croix de guerre pour avoir abattu l’un des premiers avions allemand. Une citation à l'ordre de la division le dépeint tout entier : « Le personnel de la batterie ayant été mis momentanément à l'abri du bombardement, est allé relever sous des feux violents d'infanterie et d'artillerie trois blessés auxquels il a donné les premiers soins » (combat d'Izel-les-Esquerchen, octobre 1914).

Ses quatre frères y ont laissé leur vie pendant cette période.

Libéré des obligations militaires en mars 1919 il s’installe à Marseille, où il a épousé Jeanne Monnier en 1917. Il est nommé bibliothécaire municipal en 1920, et le reste jusqu’en 1946.

À ce poste, il poursuit le catalogage du fonds de Provence, ainsi que l’indexation par matière et par auteur des ressources de l’institution. Il contribue également pleinement à la valorisation des fonds et surtout à l’organisation des premières expositions patrimoniales de l’institution, grâce, notamment, à la fondation en 1928 de la Société des amis de la bibliothèque. Elles portent sur « L’art provençal dans le livre, le dessin, la gravure » (1927), sur le cinquantenaire de Daumier (1929), sur « J.-A. Constantin et le romantisme de son temps » (1929), sur « l’art catholique » (1937). Il contribue aussi largement au dynamisme de la bibliothèque de Marseille. Pourvue à la fin des années 1930 de 150 000 volumes, d’un cabinet des médailles de 20 000 pièces et de quatre salles de lecture, disposant de son propre cabinet de reliure et d’un budget annuel d’environ 45 000 F, celle-ci finance environ 1 500 acquisitions chaque année (auxquelles s’ajoutent 500 ouvrages donnés par la Société des amis de la bibliothèque, les concessions de l’État et les dons des particuliers), et prête environ 5 000 volumes par an.

Nommé en 1946 archiviste en chef de Marseille, en remplacement d’Émile ISNARD, Il est nommé conservateur de la bibliothèque et des archives communales de Marseille. Il participe aux premières expositions patrimoniales de la Bibliothèque Municipale de la ville, contribue en 1950 à la fondation de l'Institut historique de Provence et de la revue Provence historique, organe de la Fédération historique de Provence, et en devient le premier directeur.

Conservateur des objets d'art du département des Bouches-du-Rhône, nombre de tableaux et de pièces d'orfèvrerie ou de sculpture lui doivent d'avoir été sauvées d'une irrémédiable destruction ; les manuscrits provençaux enluminés furent l'objet de sa part d'une étude si claire et si complète que l'on peut toujours la considérer comme un modèle ; deux portraitistes oubliés, mais de grand talent. Pierre Bernard et Françoise Duparc, lui ont dû de revivre sous sa plume et de voir plusieurs de leurs œuvres identifiées avec certitude ; l'histoire des vieilles demeures marseillaises ou des anciennes bastides du département lui a procuré l'occasion d'innombrables articles dans lesquels l'érudit le disputait au lettré.

 

Joseph Billioud poursuit une mission de catalogage et de valorisation des fonds (expositions sur le centenaire de 1848, sur Pierre Puget…). Il ne quitte toutefois pas totalement la bibliothèque, où il passe chaque samedi pour effectuer ses propres recherches. Il est en effet un historien de l’art et de l’économie extrêmement productif. La liste de ses publications s’élève à plus de 200 titres, parmi lesquels on compte une cinquantaine de brochures sur l’histoire de l’art aux XVII -XVIIIè siècles, et sa contribution à l’Histoire du commerce de Marseille dirigée par Gaston Rambert, un volume sur le XVI siècle paru en 1959. Il est également un acteur majeur des sociétés savantes marseillaises. Il participe en 1924 à la fondation de l’Institut historique de Provence, puis, en 1950, à la Fédération historique de Provence dont il devient secrétaire général en 1951. Il est également longtemps administrateur du Comité du Vieux Marseille, et contribue aux revues comme Arts et livres de Provence, Provence historique (dont il est un temps directeur) et Marseille.

Passionné de généalogie il fait paraître deux études : la première sur les quartiers plébéiens de Daumier, la seconde sur les aïeux d'André Suarès qui faisait justice de certaines déclarations hasardeuses.

 

 Il s’éteint le 7 mars 1963, après une courte maladie, sans avoir voulu prendre sa retraite des archives. Réputé pour son immense érudition, son efficacité et sa discrétion, il suscite les hommages des milieux érudits marseillais. Il est le père de l’historien Jacques Billioud qui suivit sa voix aux archives municipales de Marseille, et le grand-père de l’écrivain et historien Jean-Michel Billioud auteur de nombreux ouvrages pour la jeunesse, publiés chez des grands éditeurs français.

 

 

L’homme : extrait de différentes nécrologies

Edouard BARATIER, BBF, Mireille ZARB et Pierre GUIRAL

« Joseph Billioud n'était des nôtres ni par l'origine ni par le tempérament. Maigre et froid, modeste, réservé jusqu'à la pudeur, fidèle et peu désireux de plaire, Joseph Billioud s'était naturalisé par le savoir et par la sympathie. Servi par une mémoire incomparable, il était non seulement l'érudit qui connaissait les documents dont il avait la charge, mais qui savait le dessin des rues, la tradition des familles, l'histoire de l'économie et celle de l'art, qui aimait Marseille dont il était si loin. » Combien d’étudiants lui doivent leurs sujets de diplômes ou de thèses. Sa compétence sur les sources de l’histoire locale n’avait d’égale que sa générosité à en faire profiter ceux qu’il jugeait capable d’un travail sérieux.

Ses qualités de paléographe exercé, de bon numismate et d’héraldique étaient fort appréciées des chercheurs.

Plusieurs témoignages évoquent ainsi sa disponibilité envers les chercheurs, lecteurs et érudits qui sollicitent ses grandes compétences et obtiennent souvent satisfaction.

« Il y abattit une besogne énorme, travaillant aux divers répertoires (auteurs, matières, fonds de Provence), organisant des expositions nombreuses, fondant la Société des Amis de la Bibliothèque qui permit d'acheter de nombreux ouvrages et d'enrichir considérablement le fonds moderne. Alors qu'il exerçait ces fonctions, il prit une part active à l'Exposition d'art catholique qu'organisa au Parc Chanot, avant la seconde guerre mondiale, Mgr Dubourg, alors évêque de Marseille, et qui révéla à un public nombreux et attentif les trésors de quelques collections particulières ».

« Je m'en tiens à l'homme, à sa discrétion, à sa réserve, à cet effacement qui dissimulait tant de connaissances. Peu d'hommes ont été moins portés à se faire valoir, à se mettre en avant ; peu d'hommes ont autant gagné à être approchés et, comme on dit, pratiqués. On l'exploitait et on s'appuyait sur lui sans inquiétude et sans remords, mais aussi avec combien de regrets, à cette heure où ils restent seuls. »

 

Postérité :

Une rue du 2° arrondissement de Marseille porte son nom.

Une salle des anciennes archives municipales, actuel conservatoire de Marseille porte son nom.

Les archives municipales de Marseille ont mis en œuvre un escape game chargé d'histoire à la recherche d'un manuscrit qui aurait été protégé par Joseph Billioud lors de la Seconde Guerre.

 

 

Ses publications : (non exhaustif)

Les États de Bourgogne aux XIV et XVe siècles, Dijon, Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1922,

« Les Manuscrits liturgiques provençaux du XIVe siècle »,

 Mémoires de l'Institut historique de Provence, vol. I - 1924, 1924

« Les Manuscrits provençaux à enluminures », in Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, tome II, Antiquité et Moyen Âge, Paul Masson (dir.), Marseille, 1924

« Statuts des merciers de Provence à la fin du XVe siècle »,

Mémoires de l'Institut historique de Provence, vol. II - 1925, 1926

« De la confrérie à la corporation, les classes industrielles en Provence aux XIV, XV et XVIe siècles »,

Mémoires de l'Institut historique de Provence, vol. VII - 1930

« Le Roi des merciers du comté de Provence aux XIV et XVe siècles »

Bulletin philologique et historique, 1925

« Pals ou lys des plus anciens emblèmes du comté de Provence »,

Mémoires de l'Institut historique de Provence

« Un Latour marseillais : Pierre Bernard (1704-1777) », Gazette des beaux-arts,

« Un peintre de types populaires : Françoise Duparc de Marseille, (1726-1778) », Gazette des beaux-arts, no 898, 1938

« L'expédition de Minorque d'après la toile d'un peintre marseillais, Jean-Joseph Kapeller », Marseille, no 18, 1941

« De 1515 à 1599 », in Gaston Rambert (dir.), Histoire du commerce de Marseille, t. 3 publiée par la Chambre de commerce de Marseille, Plon, Paris, 1950

« Capitulations et histoire du commerce à propos de l'étude de M. Gaston Zeller », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 2, no 4, octobre-décembre 1955

Une lignée de sculpteurs marseillais du XVIIIe siècle : les Fossatl, dans Bull. I.H.P., n° 17, mal-juin 1953

Participation à l'Histoire du commerce de Marseille avec le tome III (1515-1599)