Saint-Cyr-sur-Menthon a été constitué de quatre fiefs importants au Moyen-âge, qui correspondent aujourd'hui à quatre hameaux.
Fief de Tournaz
Le fief de Tournaz TORNAZ ou TORNAS - in villa Tornaco, Tornati, Tornaca,, apud Tornos, Tournaz (souce: Marie Claude GUIGUE) est actuellement un lieu dit. Très certainement le nom ethnique de toute la paroisse de Saint Cyr ( Chartes cartulaires de St Vincent à Mâcon) qui font de Tornas au Xe siècle un village de quelque importance mais aussi un chef lieu d'ager * carolingien comprenant Mons (Pont de Veyle), Chavagnat ( St Jean) et Flaciacus.
(*Ager : circonscription territoriale ne comptant qu'un certain nombre de communes ou de villae.)
Au XIIIe siècle, c'est une petite seigneurie avec château fort et poype, possédée par des gentilhommes qui en portaient le nom. Henri de Tornas , damoiseau, fait hommage à Amé de Savoie en 1272. Une poype entre les Gambys et les Deschamps est citée en 1272 et nommée Turnesis. Ensuite, elle passe à Hugues de Chabeu puis aux Chevrière jusqu'au 15è (Gui est seigneur en 1366 et Amé en 1426) et aux de Busseul (Senozan). Claudine de Bussel l'apporte en mariage en 1512 à Jacques Maréchal, chevalier. Son fils François est vivant en 1540. Leur postérité dure jusqu'en 1625 , époque où elle fut aliénée à Abel de la Poype, comte de Serrières en dauphiné. Il l'annexa à sa baronnie de Corsant (Perrex), sa postérité en jouissait encore en 1789.
Samuel Guichenon indique que : « en 1650, il ne restait que peu de masures de l'ancien château de Tournas ». La poype a disparu et ne se retrouve pas dans le paysage mais sur le cadastre napoléonien de 1835, il existe un lieu-dit 'Le château" et on retrouve trace d'un « chemin du château", qui se situe en contrebas d'une butte, et qui pourrait correspondre à cet ancien emplacement, non loin de la route des Coudes actuellement. (Sources : Samuel Guichenon Histoire de Bresse et du Bugey Chartes cartulaires de St Vincent de Macon Marie Claude Guigue Topo historique du département de l'AIN 1873 (Gromier) Etienne Dubois Monographies manuscrites sur les communes de l'AIN fonds ancien médiathèque Vaillant Bourg, Pré inventaire du canton de Pont de Veyle Histoire et Patrimoine 1986 Philippon Edouard Dictionnaire topographique du département de l'Ain.)
Fief de Saint-Cyr
Au Xe siècle, la paroisse placée sous le vocable de St Cyr dépendait du Chapitre St Vincent de Mâcon qui nommait les prêtres à la cure. « Ecclesia que est in honore Sancto Cirici et est ipsa ecclesia Sancti Vincenti Matiscensis « (charte St Vincent de Macon en 994- 995). Vers 996, Leubald, évêque de Mâcon céda en précaire*(1) l'église de St Cyr avec ses colons et dépendances à Ulric de Bâgé, homme très noble, et à l'un de ses enfants moyennant un cens*(2) de 12 deniers par an. (charte 543 du cartel de St Vincent de Mâcon)
*(1) Précaire : « c'est une terre concédée par un supérieur à un inférieur pour une durée limitée et qui cesse à la mort du bénéficiaire, utilisé aussi par les monastères entre le 9è et le 11è qui mettaient une tenure à la disposition d'un laïc, en échange d'un cens »
*(2) Cens : "redevance que le possesseur d'une terre paye au seigneur = donner cens ».
Saint-Cyr est une seigneurie en toute justice avec maison forte et poype , possédée du XIe au XIVe siècles par des gentilhommes qui en portaient le nom. Etienne de Saint Cyr , vivant en 1090, est le plus ancien connu. En 1117, Etienne de Saint Cyr est célérier ( maitre d'hôtel) de l'église de Mâcon (famille de St Cyr en Bresse) . Vers 1117, Ogier de Saint Cyr se désista de ses prétentions sur les dimes ( prélèvement que l'église ou le seigneur fait sur les récoltes , le dixième). En 1255, Robert de Saint Cyr prend en fief *(3) du temple de l'Aumusse tout ce qu'il possède à Mépillat et une terre à Bey.
*(3) Fief : "terme fondamental du droit féodal. Domaine noble relevant du seigneur d'un autre domaine concédé sous condition d'hommage et assujetti à certains services et redevances » Revenu , terre, fonction concédée par un seigneur à un vassal en échange d'obligations de fidélité mutuelle, de protection de la part du seigneur, de services de la part du vassal.
En 1239, Gilet de St Cyr , damoiseau, vend à l'hôpital d'Epaisse ( Bagé) tous ses droits sur le mas de Chavanay (Dommartin). Ogoret de Saint Cyr rend hommage à Amé de Savoie en 1272 et se reconnaît homme lige*(4) d'Amé, seigneur de Bâgé et de Bresse avec sa maison, sa poype et toute sa forteresse.
*(4) Homme lige : « le vassal fait hommage ( ici Ogoret) mains jointes sur les évangiles , nue tête, sans ceinture, il donne un baiser à son seigneur et promet de le défendre envers et contre tous ».
Samuel Guichenon indique dans son livre sur la Bresse (1650) que Saint Cyr relevait de la seigneurie de Loëze, fief avec une maison forte à Bâgé-la-Ville, depuis un siècle. En 1667, le fief de St Cyr fait partie du marquisat de Bâgé. Il appartenait en 1767 à Charles Marie comte de Riccé, seigneur de Loëze en St Cyr, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Maurix de Savoie, grand bailli de Bresse . (à relier avec Charles de Chabod, marquis de Saint Morix (Savoie) et seigneur de Travernay en la Mulatière. En 1783, à Nicolas de Billy, chevalier, seigneur de Loëze . La poype du fief est encore visible aujourd'hui, elle est située aux Chanelets, route de la motte castrale , à 150 m de la D 1090. Elle est sise sur un terrain privé appartenant actuellement à la famille Guyonnet. Le château situé non loin de la poype n'existe plus, le dernier vestige, une tour, a été démoli en 1840. On y aurait trouvé des liards de Savoie .
Fief de la Mulatière
Noms: La Milatière - La Mulletière d'après Marie Claude Guigue. Ce fief est possédé dès la 1ère moitié du XVe par la puissante famille de Sachins.
Antoine de Sachins , seigneur d'Asnières ( Confrançon) , du Sougey et de la Milatière, sans enfant à son décès, le donne en douaire* à Marie de Genost , sa femme. Mais, Galois de Sachins son père, réfute cette décision et , par testament daté de mai 1450, reprend le douaire pour son fils Godefroy de Sachins avec rentes, droits et revenus.
Marie de Genost se remarie avec Amé de Binan, seigneur de Chamberia, du comté de Bourgogne.
Après Godefroy, succession de père en fils jusqu'à Claude de Sachins , seigneur de Milatière et de Mespillier , bailli de Pont de Vaux en 1529, qui meurt sans enfant.
La succession revient à sa sœur, en 1576, Jeanne de Sachins, épouse de Antoine du Mouton, seigneur de Langes et de St Sulpice.
Les seigneurs du Mouton se succèdent jusqu'à Philippe de Galland , frère adultérin de Charles Emmanuel du Mouton, qui meurt en 1655.
Par vente judiciaire, en 1660, Thomas de Chabod, marquis de Saint Maurix en Savoie , seigneur de Travernay, ambassadeur de Savoie auprès du roi de France reprend le fief , il deviendra Travernay en la Mulatière.
En 1683, Guichenon indique le Chateau de la Mulatière .
1684 : Charles de Chabod, fils et héritier de Thomas , reprend le fief de Travernay en la Mulatière. Il est gentilhomme du duc de Savoie, gouverneur du château de Chambéry.
1734 : François de Ville, héritier de François Thomas de Chabod , son cousin, reprend le fief.
1784 : la famille de Ville , de Savoie, est seigneur de Travernay en la Mulatière.
Aujourd'hui il ne reste sur les lieux de ce fief aucune trace de poype et de château, cependant on peut noter l'importance de ce fief grâce aux trois fermes classées, avec cheminée sarrasine, que compte le hameau de la Mulatière: le domaines des Planons, la grange du Clou et la grange du Clou.
Fief de Travernay
Vraisemblablement, à l'origine, le nom vient de : 3 vernays ou à travers les vernes, ou Trevernay.
Marie Claude Guigue (dans Topo historique du département de l'AIN) indique Domus de Tresvernois, Treyvernay.
Le fief de Travernay fût une seigneurie en toute justice avec poype et château possédée au XIIe siècle par la famille de Montgilbert.
Josserand de Montgilbert, damoiseau, fait hommage à Amé de Savoie en septembre 1272.
Par acquisition ou mariage, la seigneurie passe à la famille De Macet, seigneur du Chanay et ancien gentilhomme de Bresse.
Jean de Macet, frère du seigneur et évêque de Macon , fit élever une tour vers 1445 appelée « tour de l'évêque ». Le dernier de Macet, Petronnaud n'ayant pas d'enfant , transmet par testament en 1460 le domaine à son neveu Antoine de Lay (fils de sa sœur Béatrice de Macet), seigneur du Chatelard en Dauphiné.
Philibert, son fils, épouse Claire de Chabeu, fille du seigneur de Feillens. Sans enfant, elle en devient l'héritière avant d'épouser en seconde noce, Claude de la Touvière, seigneur de Peyrieu. Elle testa ses biens vers 1557 au profit de Pierre Marc de Meuxy (ou Mouxy) en Savoie, écuyer, son parent.
En 1603, est signé un accord entre le seigneur de Travernay et le curé de Saint Cyr pour la délimitation des dimes de la cure et de la chapelle de Travernay , sise dans l'église.
En 1633, le seigneur paiera 70 livres au curé pour la desserte de la chapelle de Travernay, payables à la Saint Jean.
Par la suite, le domaine est transmis par mariage d'une fille de Mouxy , dame de Travernay, avec Claude de Chabod , marquis de Saint Maurix, conseiller d'état de Savoie ; en 1668, reprise du fief par Thomas de Chabod, seigneur de Travernay en la Mulatière et ambassadeur du Duc de Savoie auprès du roi de France.
Son fils et héritier, Charles , marquis de Saint Maurix (vers Gex), gentilhomme ordinaire du Duc de Savoie , gouverneur du château de Chambéry, reprend le fief de Travernay en la Mulatière en 1684 .
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En 1734, reprise du fief, par voie d'alliance, par François-Louis de Ville, de Savoie, héritier de François- Nicolas de Ville, écuyer, son cousin, mort sans enfant à Chambéry en 1733.
En 1751, la justice de Travernay s'exerce à Bagé.
En 1784, Monsieur de Ville, de Savoie, est seigneur de Travernay et la Mulatière.
La famille de Ville en était propriétaire à la révolution.
Aujourd'hui il reste sur les lieux de ce fief, situé route de Loëze: la ferme de Travenay, classée aux MH pour sa cheminée sarrasine, les restes du fossé circulaire d'une poype disparue et une maison bourgeoise construite au XIXe siècle près du site de l'ancien château de Travernay, appelée aussi le "château" par les anciens habitants de Saint-Cyr. A noter également, au fond de la mare de la ferme de Travernay, un vestige du mur en carrons provenant sans doute de l'ancien château.