• Nom Collecteur: Christian Lorin, Joëlle Renoud, Michel Coutant, Dominique Borgat
  • Date Création: 20-04-2026
  • Commune concernée: GRIEGES
  • Catégorie principale: Autres
  • Bibliographie: -Termes régionaux et noms de lieux de Suisse Romande, Savoie et alentours. - Henry Sutter. -Richesses Archéologiques et Touristiques du Canton de Pont de Veyle – Patrimoine des Pays de l’Ain – Jean Yves Feuillat – 1986. -Souvenirs Religieux de Grièges – Abbé François Sornay -1898.

Pour démarrer cet article, quoi de mieux que cette présentation de l’atlas terrier numérisé de Grièges visible actuellement en page d’accueil de la série < Archives communales > du site internet des archives départementales de l’Ain.

Un terrier, plan terrier ou atlas terrier est en quelque sorte un ancêtre du cadastre actuel C’est une forme déjà très aboutie de documents qui ont tenté de mettre au point depuis l’époque carolingienne au moins, les inventaires de seigneurs cherchant à améliorer la gestion de leurs terres et à visualiser le détail de leurs possessions foncières afin de faire valoir leurs droits.

Celui détenu par la commune de Grièges semble être un des rares à avoir échappé aux destructions commises au moment de la Révolution, ceux-ci étant entre autres des outils permettant aux seigneurs et autres propriétaires fonciers de réclamer leurs redevances, droits de mutation ou services (corvées), aux tenanciers¹ ou censitaires².

¹Les tenanciers étaient des personnes qui tenaient des terres en tenures dépendant d’un fief, auquel il était dû un cens. (définition Wiktionnary.org).

²Censitaire : celui qui doit un cens à un seigneur. (Le Larousse)

Ce document a été réalisé de 1736 à 1738 par Me Paul Dumas, notaire et commissaire à terrier à Pont de Veyle.

Du texte inscrit au bas du dessin de la 1ère page de l’atlas on peut déchiffrer : « Petits oyseaux Venés dans nos hormoz (ormes) et chantes les … Ramages avec Courage Amasse Ramasse c’est la (v)otre Langage … a Recommencer a (tout)… »

On retrouve les éléments du blason de la commune avec les deux pies grièches qui pourraient être en rapport avec le nom de la commune ; le bateau à voiles, le croissant de lune et l’étoile.

Le texte qui accompagne ce blason dit ceci : « D’azur à la nef d’or au mas d’argent, accostée à dextre (côté droit) d’un croissant contourné d’or et à senestre (du latin sinister : dirigé vers la gauche) d’une étoile du même, posée sur trois fasces ondées abaissées d’argent ; au chef d’or chargé de deux pies grièches affrontées d’azur becquées, allumées, et colletées d’argent ».

(Source : Armorial des communes et collectivités des pays de l’Ain, Pierre Henri Chaix).

Le territoire représenté déborde légèrement sur celui des communes voisines, les limites de la commune n’ayant été matérialisées qu’une centaine d’années plus tard, en 1832, soit juste avant la rédaction du cadastre napoléonien (1834 à Grièges).Par contre le secteur des prairies inondables du bord de Saône à l’ouest de la commune, n’apparaît pas sur ce document. On peut lire à ce sujet dans le livre ‘Souvenirs Religieux de Grièges’ écrit par l’abbé François Sornay en 1898 : « Ainsi la partie ouest de la paroisse (de Grièges Ndlr), était unie au comté de Pont de Veyle par le fief de Lassalle »

L’atlas terrier comporte de nombreuses informations. Les constructions, y sont dessinées en 2 dimensions. Elles sont souvent regroupées en ‘villages’ (villages ‘de Grièges’, ‘de Corcelles’, ‘de la Botta’, ‘de Gion’, ‘de la Valla’, ‘Villeneuve’). Les noms de lieudits, très nombreux, y sont indiqués.

Le ‘Village’ de la Valla

Les propriétaires ou tenanciers sont nommés avec parfois leur profession, de même que les mutations foncières. Les propriétaires à qui les redevances sont dues y sont également notés par des formules du style : ‘En direct de …’ ou ‘dépendant de …’. Ceux-ci sont souvent des châtelains civils ou religieux de la région ou plus éloignés -abbayes d’Ainay à Lyon ou de Saint Vincent à Mâcon, châteaux de Pont de Veyle, de Coursant à Perrex, (Corsant aujourd’hui), de Montépin à Bâgé la Ville, du Chanay, Seigneurie d’Asnière basée au château de Loriol à Confrançon et d’autres.

La population locale est également propriétaire collectivement à travers les différents communaux couvrant généralement des surfaces assez étendues par rapport aux autres parcelles du territoire.

Les fours, les puits et les mares y sont dessinés ainsi que quelques croix ou calvaires.

On peut voir sur les maisons de nombreuses cheminées sarrazines parfois surmontées d’une croix.

.Les points cardinaux nord et sud sont désignés par les appellations des vents de la direction de laquelle ils viennent (bize et vent). Les deux autres se réfèrent au lever et coucher du soleil (matin pour l’est et soir pour l’ouest).

 

La Botte et Villeneuve

 

Noms de lieux à Grièges et leur origine reconnue ou supposée.

L’atlas terrier de Grièges contient de nombreux noms de lieudits qui ne recouvrent parfois que quelques parcelles. L’atlas terrier comporte de nombreuses informations. Les constructions, y sont dessinées en 2 dimensions. Elles sont souvent regroupées en ‘villages’ (villages ‘de Grièges’, ‘de Corcelles’, ‘de la Botta’, ‘de Gion’, ‘de la Valla’, ‘Villeneuve’). Les noms de lieudits, très nombreux, y sont indiqués.

Beaucoup de ces noms ont disparu au fil des révisions des plans cadastraux et en particulier à l’occasion des différents remembrements qui ont concerné la commune.



Le Vieux Bourg de Grièges

Intéressons-nous en premier lieu au hameau qui deviendra la commune de Grièges. La première mention connue, vue dans des documents datant de l’an 1000 environ, l’identifiait sous le nom de Grécio.

Celui-ci proviendrait du gentilice³ ‘graecus’ signifiant grec et il se transformera progressivement en ‘Grièges’ en passant par ‘Gregium’, ‘Grege’, ‘Greige’.

La présence de pies grièches, (grecques), sur le blason et l’atlas terrier de la commune est probablement liée à cette origine mais l’histoire n’explique pas les raisons du lien entre notre commune et la Grèce.

³ Se dit du nom propre de la gens (groupe de familles), intercalé entre le prénom et le surnom de l’individu et indiquant la citoyenneté romaine (Dictionnaire Larousse).

 

Concernant les lieudits on trouve entre autres :

  • Les noms liés au relief comme ‘Pendannes’, (terrains en pente), ‘Gramont’ (contraction de grand mont sans forcément être très élevé), ‘Le Molard’ (tertre, remblai) ou ‘Toises des Molards’, la toise étant une ancienne mesure de longueur.

‘Plagne’, ‘Champagne’ ‘La Plate’, ‘Les Plattes’ ‘Les Platières’ (à Hautes Corcelles et en prairie), correspondaient à des terrains plats. ‘La Valla’ est l’ancien nom de la vallée.

  • Les secteurs à terrains humides, argileux ou fréquemment inondés : ‘Les Lys’ (Les Lies aujourd’hui), ‘La Liasse’, ‘La mare de la Loye’, ‘Le Loyer’.

‘Fontenaille’ caractérise un lieu humide du fait de la présence de sources (d’où le mot ‘fontaine’). ‘Le Gotel’ et ‘Gotay’ indiquent soit un trou, soit un filet d’eau provenant d’une source. ‘La Blettona’ désigne un lieu boueux mais aussi parfois une bonne terre à blé ou un bois nouvellement planté. ‘La Botte, ‘La Bottière’, ‘Le bottelier’ peuvent venir soit de « bô » (crapaud en ancien français) évoquant des lieux humides, soit de « bottet » = boisé (en Savoie).

‘Le Mortier’, au centre du village, indique des terrains argileux à la terre grasse et collante.

Ces terrains étaient souvent difficiles à cultiver. On a donné à certains des noms signifiant terres incultes, comme ‘Vavre’ voire ‘Vauvrille’.

  • Les secteurs caractérisés par leur végétation dominante : - A ‘La Bartonnière’ (de « bart» = hallier, broussaille), ‘L’Aubépin’, L’Espinetta’, La Ronze’ (ronce) on devait rencontrer de nombreux buissons d’épines. A ‘La Génetire’ devait pousser du genêt. ‘Les Parelles’ ou ‘ Paréle’ devaient tenir leur nom de la prêle et ‘Les fougères’ de la plante du même nom, de même que le hameau de Jonc qui a connu les appellations Gion, Jons.

‘Le pré d’Ezaye’ aux abords de la ‘Ferme Sainte Marie’, ancienne école d’agriculture dépendant autrefois du château de Pont de Veyle, serait une déformation de ‘Pré des ails’. ‘La Léchère’ (de lesches ou carex), ainsi que ‘La Rosière’ et ‘Roselay’ (roselières) font référence à la végétation de milieux humides.

Les arbres sont aussi à l’origine de noms de lieux comme ‘Petit’ et ‘Grand Fayet’ de fayard, autre nom du hêtre, ou ‘’Lalanier’, (de ‘l’alagnier, autre nom du noisetier), ‘LHormoz’ (‘Les Ormes’ aujourd’hui), ‘Chanoz’ (Le chêne), ‘Terre des saules’, ‘Bois desTortes’ (arbres tordus). ‘La Verne’, Le Vernay’ ou ‘Pré Vernay’ indiquaient la présence de vernes‘, autre nom de l’aulne. Le Luet’, (de « lu » = bois), pouvait désigner un petit bois.

  • Près des rivières on trouve ‘Les Rives’, ‘La Ripe’ (du latin ripa : la rive) ou ‘Prés sur Veyle’ et ‘Pré sur la Veyle’. ‘Le Pré du Port’ et ‘Les Prés du Port’ sont proches du Port de By.

  • Les noms liés à la nature du sol : Grevet ,‘Bois Grevet’ et ‘Les Gravières’ au bord de la Petite Veyle peuvent avoir des sols composés de sable et de gravier.

‘Péroux’, ou ‘ Champ Perroux’ indiquent généralement des sols pierreux.

Des lieux dits ‘Sablons’, comme près du ‘Pont des Laboureurs’, et du ‘Petit Fayet’, renseignent également sur la nature du sol.

  • Les animaux affectionnant plus certains lieux leur ont laissé des noms s’y rapportant comme ‘La Verpillère’ en lien avec les renards ou ‘La Teyssonnière’ avec les blaireaux et ‘Le Pré de la Pie’ avec l’oiseau du même nom. ‘Le Grand Pré des Pies’, faisant autrefois partie du domaine du Moulin Vieux, par contre, pourrait tenir son nom d’une division en lots, (pies ou pilles).

  • L’activité humaine est également source d’appellation de lieudits. Le défrichage de bois en vue de rendre des terrains cultivables a donné ‘Le Dérontay’, ‘Le Dérontey’ ou ‘Le Déromptey’. ‘Laissart’ et ‘Les Essarts’ pourraient venir d’une parcelle essartée (défrichée, où on a brûlé les broussailles).’Les Viarres’ indiquaient des terres cultivées par intermittence (pratique de la jachère). ‘La Plantée’ et ‘Grandes Vignes’ indiquaient autrefois des secteurs plantés en vignes qui ont toutes disparu aujourd’hui. ‘Le Quart’ par contre pouvait désigner un arrachis de vignes ; mais il pouvait aussi avoir un lien avec le mot quartier.

    ‘Le Carron’ fait généralement référence à une briqueterie ou à une carrière d’argile mais peut aussi faire référence à une place carrée .‘Les Papes’ serait une déformation de « Les poypes » monticules de terre à vocation généralement défensive, dont deux auraient existé dans le secteur d’après ‘’Recherches Touristiques et Archéologiques du canton de Pont de Veyle’’. 1986 Une troisième s’élevait au nord-est de la commune, près de l’ancien moulin de Chavannes.

Des dénominations pourraient être liées au feu. En ancien français « forn » veut dire four. A ‘La Fornache’ pouvait être pratiqué le fornachage (Cf ‘fournache’ : résidus de végétaux issus du sarclage notamment, que l’on brûle pour fertiliser les terres). ‘Au Fornay’, 21 fours à pierre chauffantes datant d’environ 1000ans avant Jésus Christ ont été découverts en 2008 lors de fouilles préventives liées à la construction de l’autoroute A406.

‘La Salle’ désigne généralement une ancienne maison seigneuriale ou une maison à la campagne avec salle de réception. D’après l’abbé François Sornay, le domaine de la Salle à Grièges avec sa tour des Huguenots aurait été le siège d’un fief dépendant du château de Pont de Veyle.

  • Les parcelles closes de haies ou de murs ont donné les noms ‘Clausure’, Closure’, ‘Closuron’, ‘Clavière’, ‘Breuille’ (pré entouré de buissons).

‘La Clayetta’ (‘Clayettes’ aujourd’hui), pouvait être entourée d‘une clôture végétale tressée.

‘Les Collonges’ étaient des fonds de terre concédées à des colons, (cultivateurs liés à un propriétaire par un colonage partiaire. (forme de métayage à statut particulier).

‘Le Devay’ : Les devays ou devets, au même titre que la réserve seigneuriale, étaient réservés ou soumis à réglementation.

‘Corcelles’, terme militaire à l’origine, a été appliqué par la suite à un groupe d’habitations ou à un domaine agricole. Dans le même secteur de la commune on trouve ‘Le Château’, ‘Le Châtelet’, ‘Les Terres Franches’ et éventuellement ‘Le Chazeau’. Si en dehors de ces noms on ne trouve pas trace d’une présence ancienne d’un château ou châtelet, la proximité de ces lieudits interroge.

Villeneuve tient son nom des villas gallo-romaines, domaines ruraux autour desquels se formaient les villages ou hameaux.

Les carrefours ont donné ‘Le Carrage’ et peut-être ‘Les Croisettes’, mais aussi les treyves (carrefours de 3 routes), avec ‘Treyve Badry’, ‘Treyve de la Génetire’ et ‘Treyve de la Clayetta’

‘La Grande Charrière’ devait être desservie par une voie carrossable.

‘La Pierre Thorion’ tient son nom d’un mégalithe source de légendes et de croyances.

Posé pendant longtemps dans des bois près de la Saône et de la limite communale avec Cormoranche, il a été récupéré avant les travaux de construction du tgv dans les années 1980 et déposé plus tard dans l’enceinte du plan d’eau qui porte son nom.