La statue érigée à la mémoire de Tony Révillon sur la place qui porte son nom, fut inaugurée le 14 avril 1929.
Le buste est dû au ciseau du sculpteur Jacques Perraud. Ce monument fut élevé grâce à une souscription publique.
Statue buste de Tony Révillon Novembre 2025
Photo - Mairie Saint-Laurent-sur-Saône - Novembre 2025
Tony Révillon
Antoine Révillon, dit Tony Révillon, naquit le 30 décembre 1831 d’une vieille famille de Saint-Laurent-sur-Saône. Sous les auspices de Lamartine, ami de la famille, il débuta dans le journalisme. Rapidement, grâce à son esprit primesautier, à son verbe coloré et chaleureux, il prit place au premier rang des journalistes parisiens.
Il collabora soit sous son nom, soit sous des pseudonymes (Nicolas Gentil, Maurice Simon, Clément de Chaintré, …) à un grand nombre de journaux. Il publia en même temps avec succès quelques romans.
Puis il glissa peu à peu au journalisme politique pour y apporter ses idées généreuses. À partir de 1867, il se révéla un brillant conférencier littéraire et un magnifique orateur politique dans les réunions publiques.
En janvier 1881, il fut élu au conseil municipal de Paris. La même année, il battit Gambetta aux élections législatives. Il fut réélu en 1885 député de la Seine, puis il combattit avec énergie la politique du Général Boulanger. Il fut encore réélu député de Paris en 1889.
Toutes les causes généreuses trouvèrent en lui un ardent défenseur.
Il mourut le 11 février 1898 à Paris. Il est enterré au cimetière de Montparnasse où se trouve son buste élevé par une souscription publique.
Discours prononcé à l’inauguration du monument Tony REVILLON à Saint-Laurent les Mâcon par Auguste POMATHIOD, maire de Saint Laurent les Mâcon, le 14 Avril 1929 :
Mesdames, Messieurs,
En recevant ce monument du Comité qui l’a si heureusement érigé, nous contractons dès de jour une dette sacrée.
Mais cette dette sera agréable, car elle s’adresse au plus illustre enfant de notre petite ville.
Certes, le recul du temps, si nécessaire au jugement des hommes, aide souvent à l’hommage qu’on veut rendre au disparu ; mais, parfois, il y nuit. Et l’hommage vient trop tôt ou trop tard, selon l’homme et selon l’œuvre.
Tel n’est point le cas pour Tony REVILLON dont l’action littéraire, politique, humaine, survit à l’homme et se retrouve aujourd’hui dans nos lois, dans les mœurs et aussi dans les consciences modernes. Mort en 1808, à Paris, la capitale voulut conserver son corps ; mais il appartenait à sa ville natale de garder le souvenir de ce qu’il avait de meilleur : sa grande âme, son amour des humbles, sa souriante et fine bonhommie.
Certes, si son action, trop vaste pour un cadre aussi petit s’en évada bien vite et déborda soudain sur le monde des lettres et de la politique, ce fut là, du moins, dans son pays, que sa personnalité prit corps et s’affirma. C’est là, sur les bords de cette Saône, dont ses regards fixés pour toujours semblent suivre encore le tranquille écoulement, que Tony REVILLON ouvrit ses yeux à la lumière, son intelligence aux grands problèmes du moment, et son cœur, son cœur surtout, à l’amour des humbles et des laborieux, qui fit de lui ce qu’il a été.
D’autres plus qualifiés diront ce que fut l’écrivain et ce que fut l’homme politique. Pour moi, représentant de ce coin de terre où il grandit et n’oublia jamais, je voudrais pour mieux comprendre l’homme, me pencher plus encore vers cette âme populaire dont il ne fut que le puissant écho, ce cette âme immuable des petites gens qui donne à celui qui a su la comprendre la volonté du bien, et la force de l’accomplir. Tony REVILLON l’entendit et ne l’oublia plus.
C’est aux petites gens du Saint-Laurent de l’époque qu’il pensa lorsqu’il écrivit ; c’est parmi elles qu’il choisit le plus souvent ses personnages : bateliers, pêcheurs, ouvriers du port ou de l’atelier ; c’est d’eux qu’il tenait ses réparties les plus savoureuses, c’est à elles qu’il dédia ses thèses les plus hardies.
Humbles gens d’hier, d’aujourd’hui, de toujours, d’ici et d’ailleurs ; c’est donc vous qui serez les gardiens de cette mémoire, et cette mémoire n’en sera que mieux conservée.
On trouverait facilement dans cet amour des humbles le motif de son départ vers l’inconnu qui souriait à son ardente jeunesse. On y trouverait facilement dans cet amour des humbles le motif de son départ vers l’inconnu qui souriait à son ardente jeunesse. On y trouverait aussi la raison de ses efforts, de son œuvre, et sans doute, de ses succès. Car tout homme qui ne se complait pas dans un pur égoïsme possède en lui une puissance qui ne peut lui venir que du cœur. Si l’on cherchait à dégager, chez Tony REVILLON, cette force vive qui le conduisit et le maintint dans sa voie, si, de son œuvre littéraire ou politique, on voulait déduire la raison de son enthousiasme, on dévoilerait la plus belle des vertus : la bonté.
« Parce qu’il était bon, il était républicain » a dit de lui un écrivain de son temps, Sigismond LACROIX. Admirable formule et merveilleuse définition du républicain d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Et quelle plus belle louange peut-on faire de quelqu’un que de pouvoir, dans une même phrase, à la fois honorer l’homme et définir son idéal ?
Tony REVILLON méritait pleinement cette louange et tous ceux qui l’ont connu ont été frappé de son agissante bonté. Journaliste ou romancier, il écrivait souvent pour un public de lettrés, pour les maîtres de la pensée ou du pouvoir ; mais toujours on retrouve dans ses écrits ce souci du détail, cette simplicité de l’expression qui fait penser à un visage se penchant pour que l’idée soit reçue et comprise, même des plus petits. Homme politique, c’est tout naturellement vers la démocratie que sa bonté le dirigea. Polémiste ardent, jusque dans sa fougue même, il gardait la mesure, et son adversaire pouvait sans rancœur rester son ami.
Que dire d’une foi politique que la bonté anime, sinon qu’elle est invincible, et que, si hardie qu’elle ait pu paraître aux hommes de son temps restés attachés au passé, ces hommes ne pouvaient être que charmés, séduits, quelquefois désarmés. Ne serait-ce pas surtout dans la bonté sans réserve qu’il faille chercher la force d’attraction de la doctrine républicaine, et cet exemple d’un homme qui nous honore ne doit-il pas être pour nous une leçon et une espérance ?
Car, mettons-nous, par la pensée, au niveau moyen des idées de l’époque, de l’opinion officielle du moment. Prenons la plus avancée de l’époque, celle qui représentait, avec quelques autres, Tony REVILLON. Puis reportons cette mesure à notre siècle ; voyons où elle tombe sur l’échelle des positions actuelles des partis, et nous serons forcés de conclure par cette rassurante affirmation : c’est que toute hardiesse de pensée paraît légitime pour les hommes de bonne volonté, et qu’elle ne peut effrayer qu’à distance. A une condition, toutefois, c’est que ceux qui portent en eux cette hardiesse portent aussi cette bonté, ce désir de justice qui animait Tony REVILLON, et dont l’absence annihile les plus généreuses pensées.
Nous en voyons la preuve dans ce qu’il est résulté de l’œuvre sociale où notre grand compatriote se complut : un programme en bonne voie d’exécution qui parut bien hardi en son temps ; des lois plus humaines, et leur acceptation par ceux-là même qui les combattaient. Et, s’il m’est permis de conclure sur le spectacle que nous donne cette journée du souvenir, j’y vois comme un symbole qui illustre le chemin parcouru : la possibilité pour le petit pays qui vit naître Tony REVILLON d’inaugurer tous ensemble une école, un hôpital et le monument érigé à un grand républicain. Dans chacune de ses œuvres, nous retrouvons encore la seule grande force sociale ; celle qui permit l’œuvre parce qu’elle anima l’ouvrier : la bonté.
Oui, une grande leçon nous vient de cette figure si vivante où l’artiste a fixé, dans les traits du tribun attentif à la réplique, un clair regard de bonté souriante où se mêle seulement un peu d’ironie : une leçon de patience et d’espoir en l’avenir.
À vous qui l’avez connu et aimé, à son épouse ici présente, à son fils, nous ne voulons dire qu’un mot qui sera une promesse. Il y a trente ans, vous le pleuriez. Vous le retrouvez aujourd’hui, renaissant dans le marbre, plus vivant encore dans son œuvre.
Nous gardons l’un, et nous parferons l’autre.