• Nom Collecteur: Alain JANTET
  • Date Création: 11-12-2025
  • Commune concernée: BIZIAT
  • Catégorie principale: Personnalités
  • Bibliographie: M.C. GUIGUE, Topographie historique du département de l'Ain, 1873. E. BURNIER, Histoire du Sénat de Savoie, Chambéry, 1864. E. BURNIER, Le Parlement de Chambéry sous François 1er et Henri II (1536-1559), Chambéry, 1862. H. ARMINJON, De la noblesse des sénateurs au souverain Sénat de Savoie, 1977. M. HOULLEMARE, Le Parlement de Savoie, un outil politique au service du roi de France, entre occupation pragmatique et intégration au royaume, Revue historique N° 665, année 2013. H. MENABREA, Histoire de la Savoie, 1933.

 

Le hameau de Dégletagne, à Biziat, est lié à une très ancienne famille puisque l’un de ses membres nous est connu dès le XIVe siècle. Le 1er avril 1331, en effet, Jean, fils d’Etienne de Gletagne, reconnaît tenir en fief de Girard d’Acie, abbé de Tournus, tout ce qu’il possède dans ce hameau.

Mais c’est à un autre membre de cette famille, du XVIe siècle celui-là, que l’on se doit de reconnaître une incontestable notoriété, bien que sa biographie nous soit pour une large part inconnue. Il s’agit de Michel de Gletaine, orthographié parfois de Gletaigne, avant de devenir, avec le temps, de Gletagne, puis Dégletagne.

La guerre franco-savoyarde, suivie de l’occupation du duché de 1536 à 1559, que ce gentilhomme sut habilement traverser à son profit, lui vaudront d’accéder aux plus hautes fonctions que lui permettait son état somme toute assez modeste de petit seigneur bressan.

François 1er, dans l’intention de s’approprier le Milanais, envahit le duché de Savoie (dont font partie la Bresse et le Bugey) le 11 février 1536. Michel de Gletaine, comme nombre de seigneurs bressans, est au service du duc Charles III . Sans doute a-t-il combattu sous les couleurs savoyardes, car il est dit « avoir beaucoup souffert pour la Maison de Savoie » à cette occasion.

Charles III vaincu se réfugie à Nice, seule ville qui lui reste encore.

François 1er créé aussitôt le Parlement de Chambéry, tribunal qui, outre ses fonctions judiciaires, avait aussi un rôle politique visant à consolider les acquis de la conquête.

A la mort de Charles III, son fils Emmanuel-Philibert devient duc. A la tête de l’armée des Pays-Bas et fort du soutien de la noblesse bressane et bugiste, il assiège Saint-Quentin qu’il emporte le 10 août 1557. Mais l’échec des Savoyards devant Lyon et l’abandon du siège de Bourg consacrera la victoire française.

Henri II (1547-1559), qui a succédé à François 1er est bien décidé à châtier les seigneurs bressans qui ont combattu au service du duc, parmi lesquels Charles de Lucinges, seigneur des Alymes. La procédure suivait son cours lorsqu’on apprit la prise de Calais par les troupes du roi de France. La France est libérée des Anglais. Dans sa joie, Henri II signe un décret d’amnistie le 31 mars 1558, grâciant « ceux qui ont méconnu son autorité » et les rétablissant dans leurs biens.

Cependant, la France est épuisée et il faut faire la paix. Le traité de Cateau-Cambrésis sera signé le 3 avril 1559 et restituera la Savoie à Emmanuel-Philibert qui épousera, en outre, la sœur de Henri II.

Emmanuel-Philibert remplacera aussitôt le Parlement à la française par une nouvelle institution judiciaire, le Sénat de Savoie.

La dignité sénatoriale fut conférée à Michel de Gletaine, « un ancien serviteur de Charles III qui avait beaucoup souffert pour la Maison de Savoie et dont on voulait récompenser les loyaux services par un honneur inaccoutumé ». Dans un premier temps, les autres sénateurs refusèrent son admission , ne « trouvant pas en lui les qualités qui font le magistrat », mais une lettre fort éloquente de l’intéressé les fit changer d’avis et le bressan fut accueilli.

Sénateur au Sénat de Savoie, il paraît avoir été assez proche d’Emmanuel-Philibert, car il est dit aussi gentilhomme ordinaire de la maison du duc (garde personnelle) et auditeur général de camp.

Michel de Gletaine sera en outre recteur de l’université de Turin. Fondée en 1404 à l’initiative du prince Louis de Piémont, sous le règne d’Amédée VIII, premier duc de Savoie, cette importante institution sera modernisée par la réforme d’ Emmanuel-Philibert sur le modèle de l’université de Bologne.