• Nom Collecteur: Alain JANTET
  • Date Création: 16-12-2025
  • Commune concernée: BIZIAT
  • Catégorie principale: Personnalités
  • Bibliographie: Archives départementales de l"Ain, 3E 2142, 3E 2143, 3E 2146, 3E 2147, 3E 2149. JANTET Alain, Bulletin municipal de Biziat, année 2009.

Les noms de localités, hameaux et lieux-dits, enchantent la plupart du temps l’amateur de cartes géographiques ou de plans cadastraux. Ils y sont généralement très nombreux et leur nombre s’accroît avec l’ancienneté du document. Mais s’il en apprécie le caractère pittoresque, le lecteur de ces cartes ignore bien souvent l’origine de ces jolis noms et les raisons qui ont conduit un jour à leur adoption.

Savaron n’échappe pas à la règle. Il n’a pas toujours existé. Il faisait partie auparavant du hameau de Bey, et n’est pas assuré non plus de figurer toujours sur les plans, tout comme d’autres ont disparu et ont été remplacés.

Le dépouillement des archives notariales réserve souvent bien des surprises. C’en fut une de découvrir un jour sous le nom de Savaron, un seigneur lyonnais du XVIIe siècle qui possédait à Biziat, au hameau de Bey, en cet endroit même qui aujourd’hui porte son nom, un domaine agricole de moyenne importance.

Dans un acte daté du 25 octobre 1698 et passé devant Me Jean Monnier, notaire à Biziat, ce propriétaire est dénommé « Ennemond Savaron, escuyer, seigneur de Senevier et autres places, conseiller du Roy en la Sénéchaussée et siège présidial de Lyon, domicilié à Lyon ». Il s’agissait donc d’un personnage relativement important, exerçant des fonctions officielles et jouissant d’une certaine fortune. Mit-il jamais les pieds à Biziat ? On peut légitimement en douter si l’on considère qu’aucun acte n’est signé de sa main mais que, signalé régulièrement « absent » par le notaire, il est toujours représenté par un fondé de pouvoirs.

Ennemond Savaron, donc, possédait à Bey un domaine consistant en bâtiments de bois, deux maisons chauffures, chambres, granges, étables, ainsi qu’un prélion de quatre coupées et divers autres biens qu’il avait acquis, pour 1000 francs, des époux Philibert Ronjon, débiteurs envers lui. Ceux-ci, laboureurs à Bey, le reconnaissent par ailleurs pour « leur maître », ce qui laisse supposer qu’ils faisaient valoir d’autres fonds lui appartenant.

Dans un autre acte en date du 11 novembre 1701, Jacques Pétrequin, agissant au nom d’Ennemond Savaron, consent à Claude Jaillot, apothicaire et chirurgien à Biziat, un bail à ferme pour un domaine appelé Gaillardy ou Caillardy, à Biziat, S’agissait-il là du même domaine ? Il est difficile de le savoir, mais raisonnable de le penser. Une certitude toutefois : il se trouvait situé à Bey.

Le plan cadastral napoléonien (1811) est le premier document officiel à mentionner de manière explicite sur une carte l’existence d’un « domaine de Savaron », indiquant par là que l’usage avait peu à peu attribué à cette partie de Bey le nom de son propriétaire. Nous voyons donc ici la terre prendre le nom de son possesseur, contrairement à ce qui se passait bien souvent – c’était le cas de la Moussière – où le seigneur ajoutait à son nom celui de son bien. Ce genre de « transfert patronymique » était monnaie courante à l’époque.

Nous ne saurions quitter le secteur de « Bey-Savaron » sans dire un mot d’un bâtiment qui se signale, aujourd’hui encore par une étrange particularité. Il s’agit de la ferme, récemment restaurée, de M. Daniel Monnet. Celle-ci présente, sur une jambe de force de colonne en bois, côté sud, une curieuse tête sculptée, très stylisée, dont l’origine demeure inexpliquée. Faut-il voir là un signe conférant à la maison le cachet de l’appartenance seigneuriale, ou un élément de charpente réemployé provenant de l’ancien domaine de Savaron tout proche ? On baigne dans l’incertitude. Alors ? En attendant d’être éclairé par d’éventuelles découvertes futures , chacun pourra, bien sûr, donner libre cours à son imagination !