Les faits :
A l’approche du débarquement, une excitation fébrile règne dans l’Armée Secrète. L’heure de l’action est venue.
Des le 1er juin, état d’alerte, les sédentaires doivent se tenir prêts à rejoindre le maquis et à participer à des opérations de type militaire..... Au niveau du canton, les groupes s’efforcent de coordonner leurs actions....
Le 6 juin, la nouvelle éclate : les alliés ont débarqué en Normandie. Il faut passer au soulèvement général.
Le 8 juin, on passe à l’exécution des ordres prévus par le Plan Vert : gêner, par tous les moyens, les mouvements de l’ennemi. Les deux journées de décalage ont permis de s’assurer que les alliés avaient une solide tête de pont sur le sol normand. Car, en cas d’échec, des actions prématurées auraient gravement compromis l’existence des AS.
Pour la voie ferrée, arrêt total du trafic. Pour les routes, paralysie de la circulation. Pour les actions armées : embuscades qui fixeront l’ennemi sur place.
La route de la rive gauche de la Saône a un intérêt stratégique considérable.
Les AS de Grièges, Bey, Cormoranche se sont associées pour faire de Cormoranche un point clé de la résistance, en avant du chef-lieu.
Aidés par des résistants pris dans d’autres groupes du canton, elles ont établi trois barrages.
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Celui du pont de l’Avanon doit bloquer une avance possible des allemands par Thoissey.
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Celui du Pont d’Arciat doit empêcher une intervention venue de Saône-et-Loire.
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Celui du cimetière doit, enfin, arrêter toute tentative d’investissement de la garnison de Mâcon en passant par Saint-Laurent et les bords de Saône.
Le 9 juin, au matin, un avion de reconnaissance survole les trois barrages à basse altitude. DELERUE reçoit un coup de fil de l’Hôtel Terminus à Mâcon (siège du PC allemand, investi par la résistance) l’avertissant que Cormoranche sera investi.
Il envoie un message à Gaston COUVERT, responsable des barrages l’invitant à n’opposer aucune résistance qui puisse mettre la vie des habitants en péril. Gaston COUVERT proclame que c’est lui qui commande, qu’il organisera le repli en temps voulu et seulement si c’est nécessaire. Quand les allemands arriveront, il ne sera pas là...(Cf. bas de la fiche)
Au cimetière, une dizaine de maquisards est en poste dans le petit bois des Vernes, au croisement des routes de Grièges et de Saint-Laurent : Julien MANZIAT, DUBOIS, Vital PONCET, Paul FEYEUX, André RIGAUD (tous de Saint-Cyr), DESRAISIN de Polliat, CHAFFURIN de Saint-Didier au fusil mitrailleur et son pourvoyeur DESSURGER.
L’encerclement n’est pas déjoué à temps, faute de sentinelles avancées. L’ennemi a progressé à couvert. Quelques grenades, des mitraillettes au tir imprécis, des pistolets ne peuvent rien contre le feu nourri qui converge vers le petit bois. PONCET est blessé au poignet, au bras et à la hanche. DUBOIS reçoit une balle en séton dans le ventre. DESRAISIN est blessé au poumon. Tant bien que mal, blessés et valides, arrivent à s’échapper en rampant dans les champs de blé ou à l’abri des fossés et des haies tandis que le fusil mitrailleur couvre leur retraite pour peu de temps encore.
Quatre résistants sont tués : Antoine CHAFFURIN (36 ans), Marcel DUSSURGER (17 ans), Léon DUBOIS 36 ans) et Emile BRUN (35 ans).
Au barrage de l’Avanon, le groupe de surveillance comptant sept ou huit hommes, rejoints par ceux de Garnerans, se replie devant l’approche de camions blindés avançant à petite vitesse. Outre le convoi, une forte section de fantassins se rapproche également du barrage, déployée en tirailleurs sous le couvert des haies et même dans le lit du bief d’Avanaon. Voyant bouger les blés, RAMBAUD tire une rafale pour mettre en garde ses compagnons. L’ennemi a pris l’objectif en tenaille. Il faut que ceux qui le peuvent se replient pendant qu’il est encore temps.
Au pont d’Arciat, DUBOIS et RIGAUD ont passé la nuit du 8 au 9 juin à abattre des peupliers en travers de la chaussée, prés du ponceau des Ouillons. Les hommes assurent la garde à tour de rôle : GUERIN (Saint-Jean), RICOL, NIERMONT, ABERT (Pont-de-Veyle), MARION, MARGUIN (Saint-Jean), PONTHUS... Le quartier général a été établi dans une cabane près de l’entrée du pont. A 13h, un car d’allemands s’engage à mi-chemin du pont. Des fantassins en descendent qui progressent en ligne. Quelles belles cibles pour les résistants, mais ceux-ci cassent la croute, sans méfiance. Les premiers coups de feu seront allemands. Yvon MARION (19 ans) meurt d’une balle dans la tête.
Le groupe de Pont de Veyle (JANDEAU, BATAILLARD, GONOD, GAUDINET, FEUILLET, ...) est cantonné au bourg. Après la fusillade du cimetière, il fait mouvement. A un certain moment, Marcel GAUDINET se propose pour redescendre au bourg. Il laisse son arme, mais ne consent pas à se séparer des deux grenades qu’il porte. Arrêté, il est probablement soumis à une fouille. Les allemands l’exécutent derrière le mur de l’école. Il meurt à 38 ans.
Les allemands, après l’accrochage du cimetière, prennent vingt deux personnes en otage qu’ils alignent contre le mur de la place : maire, instituteur, commerçants, simples passants... Ils vérifient qu’aucun habitant du village n’est impliqué dans les barrages et, finalement, relâchent leurs prisonniers.
« Il s’en est fallu de peu que Cormoranche ne devienne un Oradour sur Saône ».
L’affaire fait grand bruit dans la résistance locale et Paul DUBOURG, chef du secteur C8 écrit : « Pendant la nuit du 9, le responsable de Biziat nous informe qu’il y a six morts d’un groupe AS à Arciat. BENOIT est surpris et très peiné. Il craint qu‘une faute n’ait été commise par un chef de Pont de veyle. Ce qui s’est avéré exact par la suite, car le chef n’est pas venu rendre compte.... ».
Paul DUBOURG qui succède à BENOIT (tué le 11 juin 1944 à Chatillon) relève Gaston COUVERT de son commandement et confie le sous-secteur de Pont-de-Veyle à Armand VEILLE.
"Fixer l’ennemi sur place, créer chez lui l’appréhension de l‘accrochage..." ordonne le Plan Vert. Mission accomplie, mais au prix de nombreuses vies.
Plus de précisions.
MARION Maurice, Yvon est né le 27 novembre 1925 à Saint-Jean-sur-Veyle (Ain). Fils de Joseph Célestin MARION et de Alice BRESSAN, il est célibataire et vit à Saint-Jean-sur-Veyle (Ain). Il est meunier.
L’acte de décès est dressé le lendemain sur la déclaration d’Antoine FORET, âgé de 59 ans, garde champêtre à Cormoranche-sur-Saône.
La mention « Mort pour la France » est portée sur son acte de décès.
Son nom figure sur la stèle commémorative, à Cormoranche-sur-Saône et sur le monument aux morts à Saint-Jean-sur-Veyle (Ain).
BRUN Émile, Jean, Marie est né le 21 mai 1909 à La Boisse (Ain). Fils d’Emile Étienne BRUN, chenilleur et de Jeanne Marie PERAUD, sans profession, il est célibataire et est domicilié à Grièges (Ain). Il exerce le métier de chenilleur.
La mention « Mort pour la France » est portée sur son acte de décès.
Son nom figure sur la stèle commémorative, à Cormoranche-sur-Saône et sur le monument aux morts à Grièges (Ain).
Il est inhumé à la Nécropole nationale de La Doua à Villeurbanne (Rhône), carré A, rang 16, tombe 25.
CHAFFURIN Antoine, Marie dit Antonin, né le 2 octobre 1908 à Mogneneins (Ain). Fils de Simon CHAFFURIN et d’Anne GONNARD, tous deux cultivateurs au hameau de Flurieux-la-Chapelle, à Mogneneins.
L’acte de décès est dressé le lendemain sur la déclaration de son beau-frère Jean Marie ROZIER, bûcheron, âgé de 32 ans, domicilié à Cormoranche-sur-Saône.
Son nom figure sur le monument aux morts, à Saint-Didier-sur-Chalaronne (Ain) et sur la stèle commémorative, à Cormoranche-sur-Saône (Ain).
Il est inhumé à la Nécropole nationale du Val d’Enfer, à Cerdon (Ain), tombe N°15.
DUBOIS Joseph, Auguste, Léon, né le 8 juillet 1908 à Bény (Ain). Fils de Joseph DUBOIS, cultivateur et de Marie Rosalie Clarisse MONIN, tous deux cultivateurs au hameau de Fraidègue, commune de Bény. Il se marie le 1er juin 1932 à Saint-Didier-sur-Chalaronne (Ain) avec Marie PERRAUD et s’installe à Grièges (Ain) où il exerce le métier de maçon. En 1944, sa mère est décédée et son père est domicilié à Cormoranche-sur-Saône.
L’acte de décès est dressé le lendemain sur la déclaration d’Antoine FORET, âgé de 59 ans, garde champêtre à Cormoranche-sur-Saône.
La mention « Mort pour la France » est portée sur son acte de décès et il est homologué comme soldat des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Son nom figure sur la stèle commémorative, à Cormoranche-sur-Saône et sur le monument aux morts à Grièges (Ain).
DUSSURGET Marcel, Joanny, né le 9 février 1927 à Mâcon (Saône-et-Loire). Fils d’Auguste DUSSURGET et d’Eugénie DEPARDON, cultivateurs, il est célibataire et demeure à Crêches-sur-Saône (Saône-et-Loire). Il exerce le métier de tonnelier.
L’acte de décès est dressé le lendemain sur la déclaration de son beau-frère Noël THORD, âgé de 24 ans, champognisateur, domicilié à Crêches-sur-Saône (Saône-et-Loire).
La mention « Mort pour la France » est portée sur son acte de décès.
Son nom figure sur la stèle commémorative, à Cormoranche-sur-Saône (Ain) et sur les monuments aux morts à Crêches-sur-Saône et à Varennes-lès-Mâcon (Saône-et-Loire).
GAUDINET Marcel, Léon, né le 5 janvier 1906 à Saint-Laurent-lès-Mâcon (aujourd’hui Saint-Laurent-sur-Saône, Ain). Fils de Jean-Pierre GAUDINET, restaurateur et de Marie Léontine ÉCOCHARD, sans profession. Il se marie le 22 juillet 1929 avec Marie BERNET et habite à Grièges (Ain). Il exerce le métier de restaurateur.
L’acte de décès est dressé le lendemain sur la déclaration d’Antoine FORET, âgé de 59 ans, garde champêtre à Cormoranche-sur-Saône.
La mention « Mort pour la France » est portée sur son acte de décès.
Son nom figure sur la stèle commémorative, à Cormoranche-sur-Saône et le monument aux morts à Grièges (Ain).
Stèle commémorative: une stèle est érigée en souvenir de ces tragiques événements.
Gaston COUVERT. ( 2 février 1917 à Paris 13e - 2 juillet 1982 à Le Moutaret 38 Isère)
En 1944, dans l’Ain, des bandits se faisant passer pour des résistants ou des miliciens, ou même parfois de vrais maquisards peu scrupuleux, attaquent les fermes. Ces “faux maquisards” profitent de la situation en masquant des actes criminels sous couvert d’activités de résistance. Et même des “maquis noirs”, vrais résistants à l’origine qui ont dévié de leur combat patriotique.
La période incertaine qui marque la fin de l’Occupation est évidemment propice aux exactions de bandes qui attaquent des fermiers supposément enrichis par les années de guerre.
Et les criminels bénéficient de l’absence de forces de l’ordre, certains gendarmes ayant quitté leur caserne pour être regroupés en ville quand d’autres désertent pour rejoindre le maquis.
Durant l’été 1944, le “gang de Pont-de-Veyle” en profite et écume plusieurs hameaux des communes environnantes, avec à sa tête Gaston COUVERT, un vrai maquisard, mais qui n’a pas attendu la fin de l’Occupation pour mélanger résistance et délinquance.
Il ne s’est jamais caché d’avoir participé au braquage de la laiterie beurrerie de Grièges où il a travaillé et où 600 000 francs sont dérobés.
Début août 1944, en pleine nuit, lui et ses hommes attaquent des fermes. Ils s’annoncent comme “miliciens” ou “police allemande”. Masqués, armés, porteurs de lunettes noires, ils ligotent un couple et fouillent la maison. Ils mettent la main sur 70 000 francs, 100 000 francs de titres, deux montres en or et deux en argent, des broches et des alliances en or.
Même scénario chez un autre couple et toujours un butin important : 40 000 francs, un gros paquet de valeurs étrangères, des bijoux en or. Les pillards emportent même des draps et deux bicyclettes neuves.
Ils enchaînent avec un troisième couple de fermiers braqué et dérobent 44 000 francs, des bijoux et des montres en or.
Puis ils attaquent une veuve et son fils. Butin : 10 000 francs et des bijoux en or. Un sacré pactole amassé en quelques heures à peine.
À la Libération, avec le butin amassé lors de ses braquages et pillages, Gaston COUVERT achète une maison, un garage et un commerce à Lyon.
Mais en janvier 1945, le Juge VILLARD a rassemblé suffisamment de preuves pour le faire tomber, ainsi que ses complices et il s’apprête à demander des mandats d’arrêt.
Le magistrat le paie de sa vie le 12 janvier 1945. Gaston COUVERT, qui a eu vent de l’enquête du juge, l’assassine aux Fromentaux sur la commune de Laiz avec un complice Marius MARION en le battant à mort avec un gourdin.
"Les inséparables de Mons" (leur surnom), sont, finalement, arrêtés et traduits devant les Assises de Bourg en juillet 1949.
Gaston COUVERT, de Grièges, ex chef du sous-secteur de Pont-de-Veyle, est condamné à mort. Marius MARION, ressortissant de Laiz, également. Benoit BLANC, cafetier du Pont des Dîmes, écope de cinq ans de réclusion.
Les deux peines de mort sont commuées en travaux forcés.
Gaston COUVERT sort de prison après 18 ans d’emprisonnement et meurt, le 2 juillet 1982, au Moutaret en Isère - 38.