16 SEPTEMBRE 1753 : UNE PLUIE DE METEORITES S’ABAT SUR BIZIAT
La fin de l’été approchait. C’était un dimanche, en début d’après-midi, et le temps était clair, le ciel sans nuages. La Bresse traversait une période de sécheresse qui devait durer plus de huit mois (cela existait déjà!). De nombreuses personnes étaient dehors, les uns se rendaient aux vêpres, les autres à la pêche, ou encore simplement en promenade...Tous ces gens allaient être témoins d’un phénomène naturel dont l’observation directe est rarissime et non sans risque : la chute d’une météorite. Ces morceaux d’astéroïdes traversent de temps à autre notre atmosphère, s’échauffant et éclatant, avant de percuter la Terre sous forme d’une pluie de fragments plus ou moins importants. Celle qui atterrit chez nous en ce dimanche 16 septembre 1753 couvrit approximativement le secteur compris entre Pont-de-Veyle et Vonnas, des fragments ayant été retrouvés à Pin (commune de Laiz), à Vavres ou Luponnas (commune de Vonnas), et enfin sur Biziat, à Rétissinge et à Bey. Les déclarations des témoins visuels et auditifs furent faites devant un notaire qui en dressa procès-verbal.
Un bruit terrifiant et un curieux nuage
Plusieurs sortes de bruits furent entendus par la population (ils furent perçus, paraît-il, jusqu’à Bourg). Tous les témoins entendirent ce qu’ils assimilèrent à des coups de canon, puis à un tir nourri de mousqueterie. Claude Journet, du hameau de Bey, entendit « deux coups prodigieux, suivis d’autres moins grands, et d’un grand nombre beaucoup plus petits, semblables à ceux d’une baguette sur un tambour avec un bourdonnement et sifflement ». Lambert de Lafont, seigneur de la Moussière, fit état de « trois à quatre coups de canon accompagnés de plusieurs autres qui imitaient le feu de la mousqueterie et le son du tambour. Certains entendirent jusqu’à 10 ou 12, voire 14 ou 15 coups. Ces bruits, que d’aucuns ne manquèrent pas d’assimiler à de la « diablerie », correspondaient sans doute aux explosions de la météorite, les sifflements étant émis par les fragments tombant à proximité des témoins, à leur grand péril. La plupart des habitants déclarèrent avoir été épouvantés par ce qu’ils croyaient être « la fin du monde » !
Il fut rapporté aussi qu’un nuage, de couleur variable, tour à tour blanc, rose, bleu… fut observé du côté du nord et de l’est. Le curé de Laiz, Rivet, remarqua « un petit nuage très blanc, mais fort élevé et perpendiculaire aux paroisses de Biziat et de Vonnas ». Tous les témoins le décrivirent généralement de forme allongée « comme une flamme ». Tels furent les signes qui précédèrent la découverte des fragments de météorite.
La « pierre » de Rétissinge
Ce fragment fut trouvé par Marie Bernigat, épouse Moulion, de Saint-Jean-sur-Veyle. Le 18 septembre, deux jours après la chute météoritique, de bon matin, alors qu’elle allait vendanger chez son beau-frère Joseph Curtil, à Rétissinge, Marie Bernigat trouva, au lieu-dit Les Belouzes, dans une terre appartenant à Damien Cizaire et Aimé Monnier, « une grosse pierre de figure extraordinaire et fort noire ». Elle déclara qu’ « elle n’avait jamais vu pierre semblable, qu’elle était très pesante, faite en forme de poire, mais cornue et bossuée en plusieurs endroits et intérieurement de couleur cendre semée de petits grains blancs comme de l’argent ». Marie négligea de prendre la « pierre » . Mais elle n’eut pas plus tôt raconté sa trouvaille aux vendangeurs que son neveu, Barthélémy Cocogne, âgé de douze ans, alla aussitôt la chercher et l’apporta chez Joseph Curtil, lequel la remit par la suite à un nommé Bernardet, garde de Pont-de-Veyle. Sur la balance, le fragment accusa le poids de six livres (3 kg).
La « pierre » de Bey
Elle fut découverte par François Bouchoux, 15 ans, domestique chez Pierre Monnier au hameau de Bey. Ce jeune garçon déclara devant notaire « qu’il découvrit la pierre dans une chaintre ou allée creuse, du côté de bise (nord) d’une terre du domaine appelé le Dérontay-du Bois Ronjon, en allant, suivant l’usage des bergers du pays, faire la quête avec Jean Vallet et Joseph Ronjon, que ses camarades la virent comme lui mais qu’ils ne daignèrent pas la ramasser, ce qu’il crut devoir faire, la supposant une de ces pierres tombées du ciel qui faisaient un si grand bruit dans le pays parce qu’elle était noire comme une marmite ; qu’il la trouva très pesante et qu’il la porta chez Marie Bouchoux, sa sœur, femme de Joseph Ricol, meunier au moulin de Vavres ». La « pierre » de François pesait environ 1,1 kg, « faite comme un caillou ordinaire, plus long que large, avec quelques impressions semblables à celles des doigts sur une matière molle et intérieurement d’un gris argentin ».
Avec les « pierres » de Pin et de Luponnas (ou de Vavres), ce sont donc seulement quatre fragments de la météorite qui furent découverts. D’autres tombèrent probablement dans l’eau, dans les broussailles… Des témoins affirmèrent avoir entendu des bruits de chute non loin d’eux…
Quoi qu’il en soit, ce fait extraordinaire nourrit sans aucun doute les spéculations les plus fantaisistes, au coeur de ce XVIIIe siècle qui allait être pourtant celui de l’esprit cartésien, des sciences rationnelles, de l’Encyclopédie, et qui restera pour l’Histoire le « siècle des Lumières ».