La création de l’école publique de filles (1882-1890) : une réalisation de longue haleine et une période de turbulences au sein du conseil municipal.
¶ Au XIX e siècle, l’éducation des filles était considérée comme un parent pauvre. Elle était le reflet des normes sociales de l’époque : éducation centrée sur le futur rôle d’épouse et de mère, un rôle domestique. On leur apprenait d’abord le catéchisme, la couture et la cuisine ; elles n’avaient pas les mêmes opportunités de s’émanciper que les garçons. Certes sous l’influence de J.Ferry, l’éducation des filles s’est élargie. Mais des matières comme le latin et les sciences restaient l’apanage des garçons !
L’Église a joué un rôle essentiel dans la formation des jeunes filles : les congrégations religieuses étaient généralement responsables de l’enseignement.
¶ La loi Falloux (1850) prévoyait l’ouverture d’une école de filles dans les communes de plus de 800 habitants. Saint Julien en comptait 847 en 1856. Les filles ont fréquenté l’école des soeurs de St Joseph, dans un bâtiment actuellement au 17, route de Biziat, à côté de la maison Laissard. Puis il y a eu une période de 1887 à 1890, où les élèves filles avaient classe dans un local de fortune, loué à M. Louis VILLIER.
En octobre 1890, l’école de filles a enfin ouvert ses portes. La construction aura pris 2 ans, qui est relativement peu. Et son coût aura fluctué dans le bon sens !
Nous retraçons les étapes de la construction de cette école publique.
-Séance du 1-10-1882. Dans une lettre, M. le sous-Préfet prie le conseil d'aviser à la construction d'une école de filles. Il se fait l’écho du ministre de l'Instruction publique. Le conseil en accepte le principe sur un terrain à acquérir : au bourg, une parcelle appartenant à M Jean VILLIER conviendrait. Pour financer ce projet, il faut une subvention de l'Etat, une aide de la caisse des secours des écoles et une imposition extraordinaire (13 centimes à partir de 1884).
La commune doit supporter aussi l'entretien des chemins vicinaux, la construction de l'école de garçons, la reconstruction du dôme du clocher.
Le conseil sollicite une avance du Ministère de l'Instruction publique de 12 000 fr. remboursable sur 30 ans et une subvention de 16 108 fr du Conseil Général.
12-2-1883. Le maire Jean VILLIER dépose le projet de M.ROCHET, daté du 7-2-1883.Le conseil l’approuve de justesse (5 voix pour, 4 contre)
Le maire démissionne peu après en février 1883. Y a-t-il un rapport ?
Victor VILLIER, notaire, refuse le poste de maire. Le 24 mars, lors d’un nouveau scrutin, Jean COCOGNE est élu avec 5 voix sur 9 seulement.
24-5-1883.La dépense prévue s’élève à 28108 fr. Il s'agit de voter les ressources nécessaires pour le projet.
9-8-1883.Une des salles de classe doit être attribuée à une école enfantine.
Le projet satisfait les exigences de l’administration et le conseil l’a approuvé le 4-1-1883.
15-10-1883. Seulement, la commune ne peut prendre plus de 13 000 fr. à sa charge sur les 28108 fr. du devis. Un secours de 15 000 fr. est demandé à l’État.
22-4-1884. La maire déclare : "ll y aura bien lieu de provoquer la création de cette école qui remplacera l'école libre précédemment subventionnée".
-17-9-1885.Dans une lettre du maire au sous-Préfet, le maire C.COCOGNE fait part des atermoiements du conseil, qui semble vouloir une réduction du projet. L’école enfantine annexée à l’école de filles doit-elle être considérée comme école maternelle ou seconde classe ? Il demande quelle sera le montant de l’aide de l’Etat (69% de 28 000 fr soit 19350 fr.)
13-2-1887. Une lettre du Préfet indique que la commune est en contradiction avec la loi. La part contributive de l’Etat pour parfaire le traitement de l’institutrice privée est supprimée à partir du 1-1-1887.
Le conseil vote définitivement l’établissement d’une école publique de filles.
-En attendant, le conseil décide de louer le local proposé par Louis VILLIER, moyennant 180 fr par an. M.l’Inspecteur primaire doit venir visiter les lieux.
En mars, du matériel d’enseignement, du mobilier est acheté.
La location de 180 fr. est prévue dans le budget de la commune.
-1-7-1887. L’architecte présente le projet. La commune compte alors 654 habitants. L’école publique de filles avec 56 élèves supplantera l’école privée, dite libre.
10-2-1888. Ce projet est approuvé par le ministère de l’Instruction publique et des Beaux- Arts.
L’Etat versera une subvention de 699,16 fr par an pendant 30 ans (intérêts et amortissement d’une somme de 11315 fr.)
26-2-1887. La commission départementale a entériné la création de l’école de filles de St Julien.
7-8-1887. Le coût total du projet se monte à : 18138 fr. (construction 15 000 fr. ; matériel scolaire : 500 fr. ; achat de terrain 2638 fr.), soit moins que le projet initial.
La commune empruntera 15 500 au Crédit foncier de France à 4%
Cet emprunt est voté le 11-3-1888, ainsi que des centimes additionnels.
18-9-1887. La commune paie la réparation du local destiné à l’installation provisoire de l’école de filles, un loyer de 90 fr. pour la période du 11-5 au 11-11-1887 à Louis VILLIER, et l’achat d’un fourneau.
29-4-1888. Enquête du commissaire enquêteur pour la nouvelle école : M.Joseph RONJON de Vonnas, Marmont.
6-6-1888 : Dans l’étude de M.Victor VILLIER, notaire, a lieu la vente d'un terrain au "clos du bourg" (parcelle 15 B de 21, 50 a) par VILLIER Jean (fils de Louis) et d’Antoinette GUYARD pour 2608 fr.. La récolte de blé ira aux vendeurs. La vente du terrain est actée le 22-9-1888.
20-7-1888 : M.le Préfet donne son accord pour l’achat du terrain et la construction.
29-7-1888. Les travaux sont adjugés à M.Benoit LONGEPIERRE, entrepreneur à Saint André d'Huiriat, qui consent un rabais de 6%, soit 12 916 fr.
11-8-1889. Un plancher sera posé à la place d'un carrelage, dépense supplémentaire. Salle de 65 m². La réception provisoire des travaux a lieu le 12-12-1889.
2-2-1890.L’entrepreneur LONGEPIERRE, parti en Algérie, a confié l'achèvement des travaux à M. DIPON de Bourg qui accepte la procuration.
25-2-1891. Des travaux d’achèvement (mur de clôture sur la route, puits et pompe, crépissage) sont confiés à M.RIBOULET , maçon à Vonnas pour 2400 fr.
-L'école de filles a ouvert à la rentrée d'octobre 1890.
25-1-1893.PV de réception définitive. Total de la dépense : 17 563,99 fr. dont achat du terrain 2859 fr., moins que prévu !
27-10-1897. Le montant est travaux a été de 15746 f, la contribution de l’Etat sera de 11315 fr, payable en 30 annuitées.
19-8-1902. Le conseil demande la création d’un poste d’institutrice adjointe. "L’effectif a plus que doublé depuis 1900. Il y aura 70 élèves à la rentrée 1902".
10-5-1903. Cet emploi est "urgent depuis la fermeture de l’école congréganiste".
-L’école héberge aujourd’hui une classe de Cours préparatoire et l’accueil périscolaire.
Ouvrages consultés. Registre de délibérations du conseil municipal.
Bulletin municipal n° 13, d’octobre 1993, article de Michel Contet, maire.
Archives départementales, sous-série O, 2 O 10, 2O 11, 2O 13