• Nom Collecteur: J Collet
  • Date Création: 20-01-2026
  • Type Propriétaire: Public
  • Communication Transport: Non concerné
  • Habitat: Non concerné
  • Patrimoine religieux funéraire: Non concerné
  • Commune concernée: SAINT-JULIEN-SUR-VEYLE
  • Patrimoine rural: Non concerné
  • Catégorie principale: Légendes et histoire
  • Architecture militaire: Non concerné
  • Patrimoine industriel commercial: Non concerné
  • Patrimoine civil public: Non concerné
  • Patrimoine naturel: Non concerné
  • Source document: -Archives municipales. -Itinéraire des visites pastorales de Monseigneur Devie,1826-1834. Bibliothèque des archives de l'Ain.
Saint julien sur Veyle, ancienne école privée, 6-10-2025. vue façade Est, Jacques Collet

L’école de filles Saint Joseph. La question scolaire.

À la fin du XIX e siècle, l’existence de cette école congréganiste de filles et les lois J. FERRY pour une école gratuite et laïque mettent le conseil municipal dans l’embarras. Le conseil semblait s’accommoder de la coexistence d’une école publique de garçons et d’une école privée de filles. De gros sacrifices financiers étaient demandés aux communes avec la construction de nouveaux bâtiments d’école. À Saint Julien, on a beaucoup tergiversé avant de construire l’école laïque de filles.

Le conseil a traversé une zone de turbulences. On peut se demander si la question scolaire n’est pas à l’origine des tensions au sein du conseil et des démissions de maires. Ainsi : 

-Élu en 1876, Jean VILLIER, démissionne en février 1883. Jean COCOGNE (Rivoire) lui succède, faute de mieux ; il démissionne aussi en mars 1886.  Pierre MONNIER (les Villiers) le remplace pour le reste du mandat (1886-1888). Puis Claude TANTON (1888-1892) sera maire.  

-Par contre Jean Marie MONNIER (Rivoire), élu en mars 1892, restera maire 35 ans et redonnera de la stabilité aux instances communales.

Lors de sa visite pastorale à Saint Julien le 10 mai 1829, Mgr DEVIE "visite le petit établissement des sœurs de Saint Joseph qui existe depuis une huitaine d’années". Ce bâtiment occupait l’emplacement de l’actuelle maison 17, route de Biziat. Son propriétaire a d’ailleurs entendu parler de "couvent " à propos de son habitation.

Dans les recensements, on retrouve des noms de religieuses de St Joseph. En 1841 : VOILEROT Marie Germaine et PAUBEL Marie Anne, religieuses.

En 1846 : PICHOT Marie Josephte (29 ans) ; PAUBEL M Jeanne (55 ans) ; VOÏR M. Jeanne, 16 ans, aspirante.

En 1851 figurent : PAUBEL Marie Anne, "religieuse, attachée au couvent saint Joseph "avec HUBARD Euphrasie, 22 ans et PICHOT Joséphine, 34 ans. Elles ont deux pensionnaires de 5 ans. Il faut en déduire que ce " couvent" faisait aussi office de pensionnat.

En 1856, la commune dépassait les 800 habitants ; une école de filles devait s’établir selon la loi FALLOUX du 15-3-1850, totalement favorable à l’enseignement confessionnel.

En effet le nom d’école libre apparait peu après.

Recensement 1856 : PAUBEL M Anne, religieuse, 65 ans, dite sœur Hyacinthe ; ESSERTIER Jeanne, 23 ans, sœur Epagathe ; PICHOT M Louise, 37 ans, sœur Frumence.

23-6-1867. Un traité est signé entre le maire Jean VILLIER et " BONA Benoite, sœur en religion Marie Anthème, directrice de l’école libre des filles". L’instruction des jeunes filles sera assurée par leur admission à l’école libre (loi du 15 mars 1850). La rémunération à payer pour l’admission gratuite des filles indigentes sera de 100 fr. Le conseil vote cette somme pour 1867-1868. 

Sous la IIIe République, les lois FERRY (1882-1886) remettent fortement en cause des dispositions de la loi Falloux. La laïcisation de l’enseignement fait son chemin.

À Saint Julien, le maire et le conseil se montrent conciliants vis-à-vis de l’école "libre" et semblent faire peu de cas des lois FERRY.

Au conseil du 15 août 1881, le maire annonce que "l'école privée étant une école congréganiste libre et payante, elle ne profitera pas de la gratuité établie par la loi du 16 juin dernier" (loi FERRY sur la gratuité dans les écoles publiques). Mais il estime qu’"il est juste de faire participer les filles à la gratuité" (ce qui est contraire à la loi). Selon lui, Mme la Supérieure des sœurs de St Joseph a l'intention de demander à être institutrice communale. Le conseil propose donc que les sœurs de St Joseph soient nommées institutrices communales et prie M.le Préfet d’approuver la délibération.

Or ce dernier n’a dû guère apprécier cette requête. Et le conseil municipal doit se réunir en séance extraordinaire le 1er octobre 1882, à la demande du sous-Préfet, suite à un courrier comminatoire du ministre de l’Instruction publique lui-même. Le principe de la construction d’une école publique de filles est voté.

En 1883, la commune paie encore le traitement de Mme la Supérieure : 900 fr, en vertu d’un accord passé avec le maire le 7 novembre 1881.

Le 5 mars 1886, le maire Pierre MONNIER annonce : "Un certain nombre d'écoles privées ont été subventionnées, mais cela ne saurait durer".

 

Le 13 février 1887, le maire fait état de lettres du Préfet : l’État n’aidera plus la commune à parfaire le traitement de l’institutrice privée. "La commune est en contradiction avec la loi". Le conseil vote de l’établissement d’une école publique de filles.

20 mars 1887.La commune paie encore un traitement de 700 fr à l’institutrice privée en vertu d’un accord du 7 septembre1881.

1er juillet 1887. Dans sa description du projet d’école publique de filles, l'architecte signale l’existence d'une école privée confessionnelle avec 66 élèves. "Celle-ci… disparaitra, selon toutes probabilités"

Le 12 janvier1890, le maire Claude TANTON et le conseil s'opposent à la ré/ouverture d'une école privée.

Avec Jean Marie MONNIER, Saint Julien avait élu en 1892 un maire républicain convaincu.

-Recensement de 1896 : deux religieuses : CHANEL Prudence et LANGLAIS Marguerite, une institutrice privée MIGNARD Marie et 3 jeunes pensionnaires.

-En 1901, il y a encore deux institutrices privées :  MIGNARD Marie, 43 ans et SOIGNAT Marie, qui accueillent 4 filles de 10 à 13 ans. Il y aussi une cuisinière.

La loi du 1er juillet 1901 permet la constitution d’associations mais subordonne l’existence des congrégations à une autorisation légale. Des congréganistes essaient de se faire séculariser. Mais les préfets ont des consignes fermes.

4 janvier 1902. La congrégation des sœurs de St Joseph a demandé une autorisation pour tenir un établissement. Lors du conseil, le maire Jean Marie MONNIER se lance dans un vibrant plaidoyer pour l’école publique. Il déclare que "sous un régime démocratique, l’enfant doit recevoir à l’école les connaissances indispensables…mais surtout une conscience dégagée des préjugés ou des superstitions du cléricalisme. Les membres des congrégations sont inaptes à donner un tel enseignement…ils considèrent l’éducation de l’enfance comme un moyen de préparer des générations dociles à leur joug et hostiles à notre troisième République ". Le conseil émet un refus catégorique à la demande des sœurs et réclame la suppression définitive de la loi FALLOUX.

Le 10mai1903, la fermeture de l’école congréganiste est actée.

En 1904, la loi COMBES interdit aux congrégations d’enseigner y compris dans les écoles privées.