EGLISE N-D DE L'ASSOMPTION
L'édifice construit au 12ème siècle et modifié au 15ème siècle est répertorié mais n'est pas classé. comme monument historique. Pour une présentation succincte, se référer à la brochure de PPA publiée en 2024 sur Eglises romanes de l’Ain, Dombes et Bresse.
La nef de l'église construite en galets bien visibles du côté nord est de style roman comme le manifeste l'architecture de la petite porte proche du porche de l'église. Le portail et l'abside sont d'origine alors que les chapelles latérales ont été ajoutées aux 14ème et 15ème siècles : la chapelle des Baume Saint Amour au sud et celle des Andrevet de Corsant au nord. Comme leurs châteaux, les chapelles ont été construites en carrons savoyards. L'architecture de la chapelle des Corsant est plus imposante et plus richement décorée (baie et piscine de style gothique flamboyant, blasons des familles Andrevet et Marmont, masque grotesque).
La Galonnière
La Galonnière repose sur des piles de carrons et non sur des poteaux de bois. Une expertise dendrochronologique réalisée par Christian OORCEL et Christian DORMOY le 30 juin 1995 mentionne que les arbres ayant servi à confectionner la charpente de la galonnière ont été abattus vers 1480 : « La charpente de la galonnière est soutenue à l’ouest sur des piliers de briques maçonnées. La sablière, posée sur les piliers, ne possède pas de mortaises destinées à des aisseliers la reliant avec des poteaux de bois. Si cette sablière n’a pas été remplacée, sa cohérence avec la charpente prouverait qu’il n’y a jamais eu de poteaux de bois. » (Page 5 du compte rendu ARCHEOLAB, le Chatelard 38840 Saint Bonnet de Chavagne)
Une croix funéraire en bois ouvragé typiquement bressane porte deux inscriptions :
1-sur la barre transversale, « Ici repose le corps du sieur antoine Ripe, âgé de 67 ans, décédé le 9 avril l’année 1844. Priez pour lui » ;
2-sur le pourtour, « il fut constamment respecté estimé et chéri de tout le monde qui l’en connu pendant son existance. » (Voir Richesses touristiques et archéologiques pré inventaire de Pont de Veyle, 1986)
Le portail
Le portail est installé dans un massif en légère saillie. L’arc du portail est mouluré. L’archivolte est décorée de nid d’abeilles au-dessus d’un tympan et d’un linteau nus. A gauche est placé un chapiteau à volutes en crosse de fougères et à droite un chapiteau orné de ce qui ressemble à une fleur d’arum. Telle est la lecture proposée par Jean François Reynaud auteur
de la brochure intitulée dédiée aux Eglises romaines de l’Ain et publiée par PPA en 2024. (Voir page 118) La même interprétation vaut pour l’église de Cormoranche en page 88 : « Les chapiteaux sont de deux types l’un avec des fruits d’arum ou des grappes de raisin… et l’autre avec un quadrupède et des têtes d’homme… » et pour l’église de Valeins en page 181 : « le portail comprenait une archivolte à claveaux aux arêtes vives qui reposait sur des colonnettes à chapiteaux ornés de feuillages. Celui de droite était orné de boules mais celui de gauche était garni de feuilles d’achante épineuses et de fruit d’arum aux angles…
Au-dessus du portail, caché par le toit de la galonnière, s’ouvre une petite fenêtre à linteau échancré et léger chanfrein. (Voir Eglises romanes)
Sur toute la largeur de la façade sont visibles les traces d’une litre funéraire peinte à l’occasion de la sépulture d’un notable, vraisemblablement de Jean Baptiste BONA (inhumé en 1782) dont on devine « le blason écartelé : aux 1 et 4coupés d’azur et d’or à la croix pattée d’argent sur le toute ; au 2 et 3 coupés d’or et d’azur au lion d’argent sur le tout ; enfin au chef d’azur chargé de trois roses d’or, régnant sur l’écartelure. »
Le blocage du portail est assuré par une pièce de bois mise en travers de l’ouverture et bloquée dans les montants en maçonnerie. Cet élément est désigné en occitan sous le terme de « beroul. » Un verrou en fer forgé a été surajouté, qui présente à l’extrémité de la tirette, une tête de lion.
Dans la nef de l'église sur l'autel du bas côté nord, une statue de Ste Catherine d'Alexandrie
Le compte-rendu de la visite canonique de l'archevêque de Lyon en 1656 laisse supposer que cette statue était placée dans la chapelle des Corsant dédiée à Sainte Catherine. Lors de l’inventaire des biens du clergé réalisé à Perrex le 7 mars 1906, la statue de Sainte Catherine n’apparait nullement, parce qu’elle était, très probablement installée au sommet de la fontaine publique proche de l’église. [Voir les comptes rendus du conseil municipal relatif à la construction du monument aux morts, séances des 6 et 27 novembre 1921]
Après avoir été exposée sur la place du presbytère jusqu'à la construction du monument aux morts de la guerre 1914-1918, la statue a de nouveau été placée à l'intérieur de l'église. La statue, inscrite à l’inventaire des monument historiques le 6 juillet 1995, a été expertisée et restaurée en 2014 par Violaine PILLARD.
L’oeuvre est sculptée dans un calcaire blanc à grain fin oolithique, d’un poids d’environ 210 kg et mesurant 128,5 cm. La sainte est représentée en pied munie d’une épée, écrasant l’empereur d'Occident Maxence ou plutôt l'empereur d'Orient Maximin Daïa. Elle porte une robe ajustée ornée d’une ceinture basse perlée. Un surcot ouvert bordé de fourrure aux hanches vient recouvrir sa robe et tombe au sol en plis cassés. Son buste est maintenu par un plastron de fourrure à boutons. Un lourd manteau retenu au col par un lien à pompons est posé sur ses épaules et vient l’envelopper. Ses cheveux défaits tombent en longues mèches sur les épaules et dans le dos. Elle est coiffée d’une haute couronne à fleurs de lys. La roue est posée sous son bras gauche. Elle n’existe plus aujourd’hui car elle a été supprimée volontairement à une période indéterminée. Elle tient dans la main droite la garde de l’épée qui est fichées sur la tête de l’empereur. Celui-ci est couché à plat ventre sur le sol. Il est vêtu d’un surcot ouvert et porte une couronne royale. Son visage creusé est barbu. Il tient un sceptre dans la main gauche.
La roue et le bras gauche à hauteur du poignet ont été arasés à l’outil. La section du poignet a été bûchée grossièrement à la pointe. Les rayons de la roue ont été arasés plus soigneusement au ciseau plat en suivant les volumes du pli du manteau.
Dans la nef de l'église sur l'autel du bas côté sud, une statue de la Vierge à l 'enfant avec un oiseau
La statue est datée de la fin du 15ème siècle (Voir l’article de Magali Briat-Philippe, la mise au tombeau de Bourg, témoin de la sculpture bourguignonne en Bresse savoyarde au 15ème siècle). La statue de la vierge à l'enfant appartient au patrimoine public comme mobilier de l'église de Perrex, après avoir été exposée pendant une période indéterminée au pinacle de la façade de l'église, au-dessus de la galonnière, comme en témoignent des cartes postales éditées dans les années 1920. La statue a été déposée dans les années 1930, selon le témoignage de René ALIBERT et Pierre NEVEU.
La statue finement sculptée mesure 135 cm. La chevelure frisée, le plissé de la robe et du manteau, la couronne ornée de pierreries lui confèrent une grande majesté. Jésus que Marie porte sur son bras gauche a toute l’apparence d’un bébé qui n’a pas atteint l’âge de marcher. Et pourtant, l’oiseau qu’il tient dans ses mains comme la croix accrochée à son tour de cou manifestent clairement que l’enfant aura un destin unique. La croix indique qu’il devra passer par le Golgotha et l’oiseau manifeste la présence de l’Esprit répandu sur l’assemblée des apôtres réunie sur le mont Sion.
Contrairement à la statue de Sainte Catherine, celle-ci n’a pas fait l’objet ni d’une restauration ni d’une expertise. Elle a simplement bénéficié d’un décapage de manière à faire disparaitre les traces d 'une exposition prolongée aux intempéries.
la Chapelle des Corsant
Cette chapelle a été édifiée pour honorer la mémoire des seigneurs de Corsant. Les armoiries de Philibert 2 ANDREVET et de son épouse Louise de MARMONT sont visibles sur les culots peints des voutes. Selon le compte-rendu de la visite pastorale effectuée en 1656 par l’archevêque de Lyon, la chapelle nord était vouée à Sainte Catherine d’Alexandrie. Cela ne surprend pas en raison de la dévotion de la famille Marmont envers la sainte dont le culte était alors assez répandu. La bibliothèque de Chalon sur Saône conserve un missel destiné à la chapelle Saint Martin fondée par les seigneurs de Marmont dans l’église Sainte Catherine du prieuré bénédictin des filles nobles de Neuville les Dames en Bresse : les folios 135 et suivants présentent les nouveaux règlements élaborés en 1478 par Louise de Marmont pour les chapellenies fondées par son père, Jacques de Marmont.
Dans la baie de la chapelle a été posé en 1894 un vitrail réalisé par l’atelier lyonnais de P. CAMPAGNE. Il représente Saint Joseph à côté du Sacré-Coeur de Jésus : ces deux figures réalisées dans un style qualifié de sulpicien illustrent parfaitement la dévotion encouragée par le magistère catholique à la fin du 19ème siècle.
La chapelle des Corsant est équipée d’une piscine de style gothique flamboyant. En outre il faut signaler sous le vitrail la présence d’un masque grotesque dont on a pu penser qu’il servit d’éteignoir.
L'abside de l'église
L’abside est une chapelle semi-circulaire ornée de 7 arcatures et percée de 3 baies. Des vitraux colorés ont été installés dans les années 1960.
Jean François Reynaud, en page 118 de la brochure intitulée Eglises romanes de l’Ain, en complète la description : « Construit en moellons irréguliers et renforcés d’épais contreforts, l’hémicycle est ouvert de fenêtres assez larges, à linteau échancré. A l’intérieur, l’abside est décorée d’une arcature de sept travées. Manquent les chapiteaux de l’entrée de l’abside. Les chapiteaux présentent un décor très simple avec une rosace qui occupe la face principale du chapiteau et dont le thème des crosses de fougères rappelle la décoration des chapiteaux du portail. »
le clocher de l'église
Dans le compte-rendu de la visite pastorale de 1656, il est indiqué que le clocher est garni de deux cloches. (FRAD001_ECLOT71625 Perrex 1749-1753)
Après la chute de Robespierre (9-11 thermidor an 2, soit les 27-29 juillet 1794), le conseil municipal de Perrex demanda, le 10 prairial an 3 ou 29 mai 1795, la restitution de ses deux cloches et la restauration du clocher "aux frais de qui il appartiendrait".
L’une de ces cloches avait été bénie et suspendue en 1749, selon la mention portée dans le registre des baptêmes : « Du 14 juin 1749, Je soussigné, fondé de pouvoir avec permission expresse de Monseigneur l’évêque de Lyon suffragant de Lyon, signée de lui le 2 juin de ladite année avons donné la bénédiction selon les rites et coutumes ordinaires observés dans lesdites
bénédictions des cloches. Le parrain et la marraine ont été messire Pierre François de SIRY Comte de MARIGNY avec Madame son épouse, seigneur de la paroisse de Perrex lesquels n’ayant pu se trouver sur les lieux personnellement et auraient nommé pour procureurs spéciaux afin d’assister à leur place à ladite bénédiction Sieur Pierre Philibert GACON et Benoîte Marie-Josèphe MOUROUX. Lesquels ont été acceptés par le soussigné curé et leur ayant demandé quel nom ils souhaitaient donner à ladite cloche ils ont répondu de la part dudit seigneur de Marigny qu’ils souhaitaient qu’elle fût nommée Marie, ce que j’aurais accepté et lui aurais imposé ledit nom. Présents : Joseph GRAND, luminier de ladite église de Perrex, Joseph MOUROUX habitant de ladite paroisse qui ont signé avec moi. »
En 1856 de nouvelles cloches ont été installées. Jean-Marie BATAILLARD, maire de Perrex, fut le parrain et Adèle MATHIEUX la marraine. Dans le clocher sur la voute de la chapelle des Corsant, a été déposée un contrepoids constitué d'une pierre taillée de forme ovale munie d'un crochet de fer.
Le 3 mai 1868, l’installation d’une horloge dans le clocher représente un véritable progrès autant qu’un service public : "...Une horloge placée dans le clocher de Perrex serait d’une commodité incontestable pour ses habitants," c'est pourquoi le conseil municipal "demande que la commune de Perrex vienne en aide à la fabrique pour la moitié de la dépense de l’acquisition de cet immeuble." "La dépense approximative à faire pour l’achat et la pose de l’immeuble en question peut s’élever à 1452 francs dont 726 francs seraient à la charge de la commune."
la préservation du bâtiment, un souci pérenne
L'entretien de l'église paroissiale est, au fil des siècles, devenu un souci récurrent. Un premier état des lieux est mentionné dans le compte rendu de la visite pastorale de l'archevêque de Lyon. En 1656, la toiture de l’église nécessitait des réparations : « Le chœur et la coquille voutée en assez bon état, comme aussi le pavé. Le clocher, garni de deux cloches, a besoin de quelques réparations, pour lesquelles faire, le sieur curé exhortera en ses prônes ou autrement ceux qui sont obligés de les faire, à y travailler incessamment. »
A la fin de l’été 1791, « les officiers municipaux de Perrex exposent qu’il existe des réparations à faire au clocher de la paroisse dudit lieu ainsi qu’au couvert de la chapelle de Corsant, et demandent en conséquence que les réparations soient faites le plus tôt possible attendu que les réparations sont d’une nécessité absolue. »
Le 19 mai 1834, la réparation de l‘église est de nouveau d’actualité : « L’église de ladite commune exige aussi et par divers points des réparations non moins indispensables et qui consistent principalement dans la réparation de l’angle méridional et occidental de ladite église qui est lézardée ainsi que le pied droit du midi.»
De nouveau le 12 mai 1850, l’alerte est donnée : « Monsieur le maire donne connaissance des réparations urgentes et nécessaires qui existent dans toutes les parties de l’église paroissiale et des bâtiments composant le presbytère de ladite commune. Il expose que ces réparations ne pouvant être ajournées attendu que sur plusieurs points les murs principalement de l’église et chapelle ainsi que le couvert menacent ruine et qu’il est nécessaire d’aviser au moyen le plus prompt pour faire face à cette dépense.»