La Saône est une rivière tranquille, surtout quand on la regarde depuis les quais de Mâcon ou de Lyon.
Mais dès que la pluie s’invite plusieurs semaines d’affilée, elle montre un autre visage : celui d’une rivière de plaine qui déborde lentement et inonde les prairies.
C’est dans ces moments là que l’on parle d’une crue de la Saône, avec une montée progressive qui s’installe dans la durée.
Concrètement, une crue de la Saône n’est pas un torrent soudain qui surgit en quelques heures. C’est une montée progressive du niveau, jour après jour, sous l’effet de longues pluies d’origine océanique et de la fonte des neiges dans les Vosges ou le Jura.
La rivière reçoit, alors, les apports de ses affluents : Doubs, Seille, Veyle, Chalaronne et bien d’autres, comme autant de petits robinets ouverts dans le même sens.
Le lit majeur se remplit, les prairies inondables jouent leur rôle de tampon et, par endroits, l’eau peut recouvrir les plaines de plusieurs mètres.
La force du courant reste modérée par rapport à un fleuve alpin, mais c’est la durée qui surprend : une crue peut s’installer pendant plusieurs semaines, avec un plateau de hautes eaux qui ne redescend que très lentement.
Deux crues sont particulièrement marquantes :
Celle de 1840 où les eaux atteignent près de deux mètres et demi de hauteur au hameau d'Arciat.
Elle s’explique par de fortes pluies océaniques commencées le 19 octobre 1840, suivies de pluies méditerranéennes diluviennes à partir du 27 octobre. On enregistre, près de Mâcon, plus de 324 mm de pluie entre le 27 octobre et le 4 novembre. Elle cause la mort de plusieurs personnes.
Dans les villages du Val de Saône, les maisons construites en pisé, terre crue compactée sans fondation, s'écroulent au contact de l'eau. Plus de 400 maisons sont détruites en Saône-et-Loire et près de 1 000 dans l'Ain.
Après cette date, les maisons, construites en pisé dans les zones inondables, le sont sur d'importants soubassements de pierre.
Des dizaines de repères sont gravés dans la pierre, afin de « faire pressentir la hauteur plus considérable encore que les eaux peuvent atteindre, d'établir des niveaux et diriger les nouvelles constructions qui remplaceraient bientôt celles écroulées ».
Une autre crue importante date de 1955 où les eaux atteignent un peu moins de deux mètres au même endroit, à Arciat.
C’est une crue caractéristique du type « océanique » : des précipitations continues, centrées sur les Alpes du nord et le Jura, ont atteint trois fois la normale. Il s'en suit une crue importante et rapide du Doubs, renforcée par la fonte fulgurante de la neige, tombée en abondance en janvier sur tout le bassin. Elle intervient alors que les rivières sont encore en crue hivernale.
La hausse du niveau atteint son apogée les 20 et 21 janvier 1955. L’expansion de la crue dans le lit majeur entre Mâcon et Lyon, ainsi que l’absence de crue significative sur les affluents en aval permettent d’atténuer son impact vers l’aval.
Les agglomérations de Chalon, Tournus et Mâcon prennent des mesures d’évacuation. Des passerelles sont installées dans les rues. Les usines des « bas quartiers » sont arrêtées.
En Bresse, une trentaine de villages sont cernés par les eaux.
Les inondations de 1981, 1982 et 1983 marquent les mémoires pour une autre raison : la répétition. Trois années de suite, des crues importantes recouvrent les prairies, coupent les routes, ralentissent les activités humaines.
La crue de mai 1983 est exceptionnelle pour cette période de l’année, période sensible pour l’agriculture.
Pour les habitants et les élus, ces épisodes changent la perception du risque : la crue n’est plus un événement « du siècle », mais un phénomène qui peut revenir à l’échelle d’une même génération.
Crue de référence : la crue de 1840 est utilisée comme crue de référence pour l'élaboration des plans de prévention du risque inondation de la Saône.
L'étude hydraulique de la Saône aval a permis de modéliser la crue de 1840 dans la vallée de la Saône aux conditions actuelles d’écoulement. Les données de cette étude et les cartes de l'aléa inondation de la Saône ont servi à la révision des Plans de Prévention des Risques Naturels Inondation (PPRNi).
Dans le département de l'Ain, 37 communes riveraines de la Saône, dont Cormoranche, sont couvertes par un PPRNi. Pour la commune, il est approuvé le 18 juillet 2013.
La surface de la commune est de 1030 ha. La zone inondable par la Saône couvre 530 ha, soit un peu plus de la moitié du territoire communal.
Le groupe scolaire, la cantine et la salle polyvalente sont en « aléa modéré ». De même, le Centre de secours et les locaux municipaux.
La société Morel est également en « aléa modéré ».
La majeure partie des bâtiments et terrains dédiés aux sports et aux loisirs est en zone inondable. De même, le camping, la base de loisirs et le restaurent « Côté Lac ».
Pour les habitations, 105 logements sont présents dans la zone inondable par la crue de 1840, modélisable aux conditions actuelles d’écoulement, dont 63 en « aléa fort ».