• Nom Collecteur: FRENOIS Anne-Marie
  • Date Création: 10-06-2026
  • LATITUDE: 46.241912882
  • LONGITUDE: 4.8094185197
  • Adresse ou lieu-dit: Pont d'Arciat
  • Type Propriétaire: Public
  • Communication Transport: Pont
  • Habitat: Non concerné
  • Patrimoine religieux funéraire: Non concerné
  • Commune concernée: CORMORANCHE-SUR-SAONE
  • Patrimoine rural: Non concerné
  • Catégorie principale: Communication et Transport
  • Architecture militaire: Non concerné
  • Patrimoine industriel commercial: Non concerné
  • Patrimoine civil public: Non concerné
  • Patrimoine naturel: Non concerné
  • Date construction: 1904, 1951, 2010
  • Protection labellisation: Aucune
  • Bibliographie: archives communales / J. Parent. « Notes sur le pont d'Arciat ». Annales des Ponts et Chaussées, 1909, première partie p. 96-105 / « Souvenirs », notes manuscrites de Rolland PROLONGE / « L’Ain des grands ponts » de Maurice BROCARD. ED 1993. page 157 / « Eléments pour une histoire de Saint-Jean-sur-Veyle » par Henri DUMON. Ed 2000 page 286. / Interrogation, par mail, d’Hélène GERBER, direction des routes en juillet 2017.

Le port d’Arciat est cité dès 1007, mais point de pont à l’époque.

On passe d’une rive à l’autre de la Saône grâce à un bac. Ce bac est rattaché à un câble, amarré de part et d’autre de la rivière. 

 

Vers 1840, 31 bacs sont encore en service pour franchir la Saône. Ils sont destinés soit au simple passage de piétons, soit au passage de chars et autres véhicules.

 

Le 7 novembre 1897, le maire de Saint-Jean-sur-Veyle, Emile DEPLANCHE, expose à son conseil municipal que le 11 octobre dernier, les maires des communes intéressées se sont réunis, à Pont-de-Veyle, pour faire la répartition des 44 000F à voter pour ces communes pour le projet de construction d’un pont, sur la Saône, au port d’Arciat.

Dans la séance du 11 novembre 1897, le conseil municipal présidé par le maire, M. DESPLANCHE estime que la quote-part demandée à la commune est trop élevée par rapport à celles demandées aux communes voisines. Elle s’élève à 25 000F.

Cependant, il vote la somme demandée à condition « qu’on n’exige plus rien de la commune de Cormoranche pour cette construction ».

Il a bien fait d’émettre cette restriction. En effet, quelques années plus tard, une somme de 1000 F est réclamée à la commune, somme sensée représenter le montant des indemnités de terrains dans l’Ain.

Le conseil refuse le 8 novembre 1900, estimant que cette somme devra être prélevée sur les ressources créées par l’État, le département de l’Ain et le département de Saône-et-Loire à cette occasion.

Par délibération du 21 octobre 1900, la commune vote une somme de 25 000F pour la construction  du pont.

Le 7 novembre 1901, le maire Auguste BEAUDET, au nom de la commune, souscrit un emprunt de 25 000F auprès de la Caisse Nationale des Retraites, au taux de 3.85%.

Le 3 juillet 1904, le conseil municipal de Saint-Jean-sur-Veyle dont le maire est toujours Emile DEPLANCHE vote la somme de 33F pour l’inauguration du Pont d’Arciat, soit 3% de la subvention accordée par la commune.

Enfin, lors de la séance du 17 juillet 1904, le maire A. BEAUDET annonce au conseil municipal que les communes de Cormoranche et de Crèches-sur-Saône décident de fêter ensemble l’inauguration du pont.

Séance tenante, il est voté la somme de 200F à prélever sur les fonds libres de la Caisse Municipale pour l’organisation de la manifestation qui aura lieu le 4 septembre 1904.

Données sur ce premier pont :

Edifié de 1900 à 1904, ce pont est long de 252 mètres.

C’est une construction en moellons de pierre, jointés pour la structure générale et en brique de pierre rouge pour l’embrasure des séries de baies, destinées à l’ajourer.

Les sept arches, de 31 mètres de portée chacune, sont ajourées par des baies de brique rouge. Le demi cintre roman, dont on avait alors l’habitude, est remplacé par de grands segments d’arcs ce qui est une innovation.

L’assemblage de matériaux nobles ajoute à son élégance un beau mariage de deux tons naturels. C’est une réalisation audacieuse qui tranche avec la tendance classique du siècle qui s’achève et qui privilégie l’esthétique grâce à une armature de métal.

Les travaux sont entrepris sous la direction de M. PARENT, ingénieur des Ponts et Chaussées de l’arrondissement de Mâcon, d’après un projet de M. LACROIX. Le conducteur de travaux est M. LAGRANGE.

Sa charge est illimitée.

Il coute 364 000F à l’époque. Les deux communes de Cormoranche et Crèches participent, de façon importante, à sa construction.

Ce pont est surnommé « Le Pont des dentelles » en raison de la finesse de ses arches de décharge. Mais cet allégement structurel sera, aussi, la cause de sa destruction.

C’est un ensemble qui ne peut tenir que grâce à la totalité de l’édifice.

Les calculs de poussées ont bien pris en compte la structure dans sa globalité, mais n’ont pas envisagé une quelconque destruction. Ce pont est fait pour être esthétique et non pour résister à une guerre...

Inauguration du dimanche 4 septembre 1904.

L’inauguration a lieu en présence de M. Alexandre BERARD, sous-secrétaire d’Etat aux Postes et Télégraphes. (Il est Député de l’Ain de 1893 à 1908, Président du Conseil général de l’Ain de 1909 à 1923).

Après les allocutions prononcées par M. Louis Charles TOURTAY, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et M. Alexandre BERARD, la foule assiste au banquet, servi dans la prairie.

Pas moins de 600 convives se rassemblent sous la vaste tente dressée pour la circonstance.

Tout au long de l’après midi, les festivités se poursuivent sur les deux rives : concerts donnés par les fanfares locales, joutes organisées par la Société des Sauveteurs de Saint-Laurent, fête foraine....

A la tombée de la nuit, les illuminations et l’embrasement du pont suscitent l’enthousiasme général.

Une réfection a lieu, en 1911, avec des travaux dirigés par Auguste PERRET en utilisant du béton armé.

Dans les années 30, un aviateur Jacques DURANT, suite à un pari, passe avec son appareil sous l’arche centrale.

Ce pont émet un sifflement lorsque le vent du nord se lève. Ce qui fait dire aux parents de Rolland : « on entend le pont siffler, il ne va pas faire chaud cette nuit. »

Dans les années 40, l’été, le pont sert de terrain de rencontre pour des bagarres entre bergers de l’Ain « les bressans » et ceux de Saône-et-Loire « les picounas ».

Après plusieurs jours de défis, d’insultes et de chansons grivoises, un rendez-vous est pris, au milieu du pont, pour un pugilat qui n’a jamais fait de blessés sérieux, mais l’honneur est sauf et chacun retourne de son côté, satisfait.

 

Pendant la guerre de 39 - 45, lorsque les restrictions se font de plus en plus dures, le pont est emprunté par un nombre de plus en plus importants de gens qui, à pied ou à bicyclette, viennent dans les fermes pour essayer de trouver un peu de ravitaillement : œufs, fromages, pommes de terre, quelquefois une volaille pour les plus chanceux.

Il s’agit surtout de Lyonnais qui prennent le train jusqu’à Crèches, ceci malgré la surveillance des gendarmes à l’entrée du pont.

Lorsque la zone sud est occupée en novembre 1942, le gouvernement de Vichy instaure, sur ordre des occupants allemands, la garde des ponts et des voies ferrées pour empêcher le sabotage par la Résistance.

A Cormoranche, tous les hommes valides sont réquisitionnés pour garder le pont toutes les  nuits. Une grande guérite est installée coté Ain. La garde se résume à des parties de cartes dans la guérite.

Les événements prennent une tournure dramatique le 9 juin 1944 quand des allemands, arrivés coté Crèches à bord d’un car de la régie de Saône-et-Loire, surprennent quatre résistants, dans la guérite, au milieu de leur repas.

Yvon MARION, 19 ans, de Saint-Jean-sur-Veyle est tué et la bataille dure, dans la commune de Cormoranche, une partie de l’après –midi.

9 juin 1944

Après le débarquement en Provence du 15 août 1944, l’armée allemande commence un repli, de plus en plus rapide, vers le Nord et l’Est. 

Le 3 septembre 1944, vers 5h du matin, les habitants sont réveillés par une énorme explosion. A  Arciat, Rolland PROLONGE se souvient que « toutes les vitres de la maison sont détruites ».

Le pont d’Arciat est détruit.

Dès la première brèche ouverte, les arcs de parpaings cèdent les uns après les autres, en chaîne. Il ne reste que les fondations, les ancrages de rives et les culées d’appui.

Un effondrement catastrophique de pierres et de briques obstrue, totalement, la Saône. 

Dans un premier temps, on dégage seulement le passage pour les bateaux.

Puis un scaphandrier est chargé de retirer les pierres de la rivière, pierres qui vont servir à construire certaines maisons à cette époque là.

Pendant près de sept ans, la liaison Ain - Saône-et-Loire est, de nouveau, assurée par un bac.

 

Construction d’un deuxième pont.

En mars 1950, débutent les travaux de reconstruction.  

Les anciennes fondations, vérifiées et renforcées, servent pour le nouvel ouvrage. Le pont métallique est construit sur la berge côté Crèches, puis poussé doucement sur les piles.

Pour la construction de ce pont, des poutres de réemploi en provenance d’un parc SNCF du Mans sont utilisées. Au total, 340 tonnes de fer sont utilisées par l’entreprise BOLLARD, titulaire du chantier.

Ce deuxième pont est constitué de piles en ciment armé avec tabliers métalliques, recouverts de ciment armé. Il fait 238 mètres de long, avec sept portées de 34 mètres chacune et il est limité à 17T.

Ce nouveau pont, moins gracieux et moins robuste, est inauguré le dimanche 9 septembre 1951.

Ce pont, provisoire au départ, va durer près de 50 ans...

En 1992, lors de la grève des routiers, des véhicules beaucoup trop lourds l’empruntent, car la RN 6 est entièrement bloquée. Ces transits causent d’importants dommages à l’édifice.

Il faut, dans l’urgence, trouver une solution pour le consolider et le maintenir ouvert.

Un tablier de secours est installé (pont provisoire type Belay) et la circulation est rouverte, en alternat, pour un tonnage limité à 3.5 T.

Ce tablier d’emprunt est loué 90 000€ par an et la facture est répartie entre les deux départements.

 

Construction d’un troisième pont.

C’est le cabinet THALES (à qui l’on doit le Viaduc de Millau) qui est en charge du troisième pont d’Arciat.

Les travaux débutent début 2008. Le Conseil général de Saône et Loire a la responsabilité des travaux qui seront co-financés, à parts égales, par les deux départements reliés.

Il est construit une centaine de mètres en amont du précédent et cela nécessite une modification du tracé de la route D51 A.

Le pont fait 264 m entre axes des appuis.

Le caisson métallique qui supporte le tablier est composé de cinq éléments préfabriqués en béton qui sont poussés, un à un, au dessus de la Saône pour venir reposer sur les quatre piles qui jaillissent de l’eau.

La première phase de poussée a lieu le mercredi 10 décembre 2008.

Un treuil, amarré à la culée bressane, tire par l’arrière le premier tronçon, un autre treuil ancré sur un massif béton le retient et permet de rectifier toute dérive.

L’élément vient doucement, lentement se poser sur la pile, équipée de galets avec butées latérales.

Puis, ce sera au tour des quatre autres éléments jusqu’à ce que cette colonne vertébrale vienne buter sur la rive droite. Le jeudi 9 avril 2009, la dernière poussée est effectuée.

Ce pont comprend cinq travées de 43m, 60m, 70m, 54m et 37m.

Une fois les cinq éléments mis en place, il est procédé au coulage du tablier, réalisé à l’aide d’un coffrage qui glisse sur l’ossature métallique.

Puis le pont est équipé des garde-corps, de son éclairage, des peintures et des enrobés.

Sa largeur est de 12.30 m et il comprend deux voies de circulation (pour une largeur totale de 7 m) et des trottoirs / pistes cyclables de chaque coté.

Les pistes cyclables permettent de rejoindre la Voie bleue / chemin de halage.

Voie bleue.

Sa hauteur est de 56 mètres et son tonnage limité à 12 T pour un coût total de 21.5 millions d’euros.

Ce troisième pont ouvre à la circulation, en tout discrétion, le 29 octobre 2009.

La fin des travaux de raccordement et de voiries a lieu au 1er semestre 2010.

 

L’ancien pont est détruit et les gravats sont utilisés pour le remblayage.

 

L’inauguration du 11 septembre 2010.

Elle a lieu, côté rive droite, en présence de M. Rachel MAZUIR, Président du Conseil départemental de l’Ain et M. Arnaud MONTEBOURG, son homologue de Saône-et-Loire.

M. Georges JAILLET, adjoint, prononce un discours pour la commune de Cormoranche.

Après le temps officiel, la journée se poursuit par une joyeuse course d’OFNI, objets flottants non identifiés, un vide grenier, une démonstration de VTT trail par le champion de France hautevillois Thomas PERSICOT, un cross, un lâcher de ballons, plusieurs expositions : vélos anciens, photos historiques et sculptures de poissons et d’oiseaux du Val de Saône par Rolland PROLONGE. 

 

Travaux complémentaires en 2026.

Le Département de Saône-et-Loire, conjointement avec le Département de l’Ain, engage un chantier de réfection des trottoirs du pont d’Arciat sur la période du 12 janvier au 6 février 2026.

C’est pour les collectivités un investissement de 160 000 € TTC au service de la sécurité et du confort des usagers.

 

Conclusion.

Ces trois ponts portent le même nom, sont construits à des époques proches, avec des matériaux différents.

Mais leur but est le même : faciliter les communications, les échanges...en résumé, relier les gens !