Le souhait d’ouvrir une école aux Boulets* s’était manifesté dès 1832. Jean ROCHE, instituteur breveté de Chanoz, devait y faire la classe. Mais l’autorisation ne fut, semble t-il, pas accordée.
*Orthographe fantaisiste. Les Boulées sur la carte de Cassini.Le nom vient du latin betulla : lieu planté de bouleaux. Même origine pour les Bieux ou le Biolay.
Le 5 mai 1883, des représentants des hameaux des Boulets, des Émonets, de Tournon, de Revermont, Longeville, Baritel, Brosse, des Guérandes et Dhuisiat (soit 250 à 300 habitants) adressent une lettre au sous-Préfet et lui demandent "d'ordonner la création d'une école de hameau pour l'hiver prochain". "Le point le plus central est le village des Boulets, il serait facile d'établir une école en louant une maison".
Et effectivement, cette école vit le jour dans un local de fortune de 24 m² (dans l’ancien restaurant).
En 1887, l'école fut transférée un peu plus loin dans le même corps de bâtiment (local de 48 m², maison CHAFFURIN, appartenant à Joseph BERTHET). Il y avait deux ou trois pièces et un jardin pour l‘instituteur, un hangar comme préau. Mais ce provisoire ne pouvait durer.
-Le 9 novembre 1896, le conseil municipal estime nécessaire la construction d'une école aux Boulets. La dépense ne devra pas dépasser 12 000 fr, soit 46 500 €.
L’emplacement est prévu sur la parcelle 302, appartenant à Joseph SERVIGNAT, qui s'est engagé à vendre pour 700 fr. (107 €)
Le 13 février 1897, M. POCHON, architecte à Bourg, présente un avant-projet.
-Le bâtiment principal comprend le logement de l'institutrice à gauche, avec au rez-de-chaussée : entrée, vestibule, salle à manger et cuisine et à l'étage : trois pièces.
-Dans une aile attenante à droite : la salle de classe ; le jardin de l'institutrice derrière, côté Est.
Devant le bâtiment, une cour de 500 m² ; préau à gauche, avec WC ; à droite petit pavillon avec buanderie.
Le devis de M. POCHON se monte à 12 485,79 fr.
Le 14 mai 1897, M. le sous-Préfet de Trévoux fait part de remarques de l'inspection académique, quant au projet :
-il faut séparer les cases des cabinets des garçons de ceux des filles
-il faut une clôture sur le chemin de Chanoz.
En attendant un mur ou une palissade pourra entourer le reste de la cour et le jardin.
Le cahier des charges stipule : la maçonnerie devra être achevée le 14 octobre 1899 ; la charpente le 31 octobre 1899 ; plâtrerie et peinture en mai-juin 1900.
Le total avec le mobilier scolaire, le puits, les clôtures... atteint 12 641 fr.
3 mai1899 : la participation de l'État sera de 9625 fr. (37 236 €).
Le 27 mai 1899, M. le Préfet autorise à commune à contracter un emprunt de 3000 fr (11 609 €), remboursable en 30 ans au taux de 3,9 % auprès du Crédit foncier de France. Il souligne que cette construction est une "nécessité incontournable".
Le M. le Préfet donne son accord le 1er juillet 1899 pour l'acquisition du terrain " La Bradellière "de Joseph Servignat, 13,18 ares.
Le compromis de vente est signé le 11 août 1899, chez Pierre GUÉRIN, notaire à Mézériat. Ont comparu : Cl. Joseph SERVIGNAT, son épouse, et Joseph GERVAIS, maire de Chaveyriat.
Le 17 septembre 1899, l'adjudication est tranchée en faveur de M.Jean-Baptiste LAMARSALLE, entrepreneur à Pont-de-Veyle. Sa soumission est jugée la plus avantageuse (rabais de 8% sur le devis). Le total des travaux prévus s'élève à 12625 fr. (48 842 €)
Financement : subvention de l'État : 9625 fr. commune : 3000 fr.
Le 11 juin 1900, le conseil décide d'assurer le bâtiment contre l'incendie, à hauteur de 13 300 fr. auprès de la mutuelle "Le Renom" (Vonnas)
20 septembre 1900 : procès-verbal de réception provisoire des travaux, jugés conformes par l'architecte.
21 janvier 1901 : décompte des travaux : 11 954, 51 fr. soit 46 246 € (compte tenu du rabais convenu et des honoraires de l'architecte : 976,05 fr.)
5 mars 1901 : des travaux supplémentaires seront effectués : bûcher, plantation de platanes, arbustes, pieds de vigne pour le jardin de l'institutrice.
La réception définitive des travaux a lieu le 7 août 1901.
29 décembre 1901 : pour le chauffage des écoles, la commune prévoit d'acheter du bois à Joseph RENAUT, charron, qui en dispose et qui cesse son activité.
-Le montant de dépenses (12 000 fr.) fixée par les élus en 1896 a été respecté. L'entrepreneur a tenu parole. Et les travaux ont été rondement menés (de fin 1899 à l'été 1900). L'État a octroyé la subvention promise.
-Les écoliers des Boulets ont pu entrer dans leur nouvelle école en octobre 1900.
Institutrices aux Boulets (d'après les différents recensements).
1896 : Marie CHAMBARD, 34 ans. 1901 : GOYON Marie-Julie, 32 ans.1906 : LOMBARD Marie-Anaïs,43 ans. 1921 : MONNET Marie, 50 ans.
1926 : NIGUET Joséphine, 41ans, née à Mézériat. 1931 : BERLOTTIER Hélène, 28 ans.1936 : VIEUX Denise, 27 ans. 1962 : PILLON Simone.
L'ancienne école des Boulets. Témoignages.
¶M.Christine PERRAUD des Émonets (devenue Mme JOASSY des Guérandes) se rappelle ses années d'écolière aux Boulets : "Mme BRAVI (ex Mme PILLON) nous faisait faire du sport, on courait sur la route de Thuet, on sautait en hauteur, on lançait le poids..."
¶Pour Michel BERTHET, de la Forêt, l'école était plus loin : "Je revenais tous les jours à midi chez mes parents, 2 km aller et autant au retour...Certains allaient manger chez la Marie CHAFFURIN. Didier PERRADIN de Dhuisiat mangeait à la table de la maitresse ".
¶ Après 75 années de services, l'école ferma ses portes en septembre 1975.
Des réparations furent entreprises afin de la transformer en logement. Claude JACQUET, maire de la commune, y a habité.
Le bâtiment fut vendu en 1984. Le produit de cette vente servit à financer en partie la construction de la salle polyvalente.
Le bâtiment a gardé son aspect de l’école d’autrefois avec un vieux platane. On ne peut en dire autant de l’école du hameau des Pigots à Mézériat.