Construction de la mairie-école : un long feuilleton (1909-1920); l'incendie de 1936.
¶Jusqu'en 1920, le même bâtiment abritait la mairie, l'école de garçons et l'école de filles. Par la suite, ce bâtiment fut affecté à l'école de filles et à l'agence postale.
-Autant la construction de l'école des Boulets avait été rondement menée (1899-1900), autant celle du village, décidée dix ans plus tard, traina en longueur, en partie à cause de la guerre.
En consultant les pièces du dossier, on constate que l'architecte M. Louis POCHON a régulièrement tenu au courant la municipalité de l'avancement du projet. Il s'est beaucoup investi. De nombreux courriers en témoignent. Tout semblait en bonne voie en 1912. En 1913, un problème d'approvisionnement en pierre de taille a retardé le chantier. Et la guerre survint.
Au début des hostilités en août 1914, la bâtisse servit de refuge aux " bouches inutiles" *de Belfort, alors qu'une grande partie avait déjà été construite. * voir dans un autre article.
Avec la guerre, d'autres sujets préoccupent le conseil. L'avancement du projet en souffre. Les crédits alloués par l'Etat sont considérablement réduits. Le 18-2-1917, le maire ÉVIEUX a démissionné. Célestin SERVIGNAT le remplace. La finition du bâtiment attendra.
¶ Les étapes du projet et sa réalisation.
- Le 14 février 1909, le conseil municipal décide la construction d'une mairie-école en face du bâtiment d'école (de garçons) existant. Celui-ci sera transformé en école de filles.
-Fin mars, un conseiller municipal, Célestin SERVIGNAT, lance une pétition : il juge l'emplacement de la future construction "défectueux et insalubre". Sa lettre de protestation recueille 76 signatures ; elle est envoyée au sous-Préfet à Trévoux.
Dans sa réponse, le maire C. ÉVIEUX rappelle le vote du conseil (11 voix pour sur 12) et ajoute : "M.SERVIGNAT, chef de l'action libérale à Chaveyriat, a fait circuler cette pétition de protestation des pères de familles".
Le maire remarque que sur 76 signataires, 41 n'ont pas d'enfants, 2 n'habitent pas Chaveyriat, 14 envoient aux Boulets. "Une pétition aussi sotte que mal fondée", conclut-il.
M. le Préfet, alerté, fait savoir qu'il n'y a pas lieu de revenir sur la décision prise. Le devis de M. POCHON (15 avril 1909), architecte à Bourg, s'élève à 35 614, 96 fr, soit 162 635 €. Cet architecte avait déjà été choisi pour le chantier de l'école des Boulets.
-Le terrain à construire est acheté à Charles-Alexandre BOISSON (7, 62 a) et à Benoit-Frédéric RICHE (6, 59 a). Promesse de vente de ce dernier signée le 27 juin 1909. Prix : 750 fr. (3424 €)
-Le 17-2-1910, M. le Préfet demande une modification du projet :
Les services de l'école et de la mairie doivent être séparés.
Les pièces du logement de l'instituteur ne sont pas assez grandes.
Les appareils de chauffage n'ont pas été prévus.
Il faut aussi présenter en même temps un projet d'aménagement de l'école de filles.
-18-11-1910. Le maire propose de creuser un puits avec une pompe dans la cour, afin de fournir de l'eau potable aux maitres et aux élèves. (Ce puits existe toujours ; il a fallu creuser à 40 m).
- 22 mars 1912. M.le Préfet autorise la commune à emprunter 13 958 fr. (50 992 €), remboursable en 30 ans, au taux de 3,85 % maximum.
26 avril 1912. L'autorité préfectorale donne son accord à l'acquisition des terrains.
- 19 mai 1912. La première adjudication a lieu sans résultat. Le devis initial (15-4-1909) est revu à la hausse et le 2 juin 1912, le conseil vote une rallonge de 1653,67 fr.
- 22-5-12. L'adjudication des travaux de construction de la nouvelle école-mairie se fera de gré à gré, sur conseil de l'architecte.
- 12 juin 1912. Le financement du projet est monté ainsi : subvention de l'État : 21 840 fr. (79 787 €) et emprunt souscrit par la commune : 13 958 fr. (50 992 €)
- 23 juin 1912. L’entrepreneur BULIDON (Saint Trivier-sur-Moignans) a été retenu avec un devis estimatif de 33 693 fr. (123 090 €)
- Le 28 juin, une garantie de 1700 fr. est accordée à l'entrepreneur.
-18 juillet 1912. M. POCHON indique que les travaux vont commencer.
"Les travaux doivent être terminés dans un délai d'un an à partir de l'adjudication, la construction devra être couverte au plus tard le 15-11-1912".
- 17-11-1912. Les terrains à construire sont acquis.
-1-5-1913. M. BULIDON utilisera la pierre blanche de Saint Germain-de-Joux à la place de celle de la carrière de Injoux-Génissiat, qui n'est plus exploitée.
-Le 15-1-1914, le maire écrit au Préfet que "les pluies persistantes et le séchage lent des pisés de terre ont retardé les travaux en 1913".Fin juin 1914, M. POCHON envisageait la rentrée d'octobre dans les nouveaux locaux. Il n'en fut rien, à cause de la guerre. L'inauguration, fixée au 30 août 1914, fut bien sûr annulée. Le bâtiment resta inoccupé après le départ des réfugiés, été 1915.
-Le 7-1-1915, l’architecte écrit : " Sans les hostilités, l’entrepreneur aurait pu terminer".
-30-5-1915.Les crédits "construction de l'école neuve-mairie" sont réduits à 8574, 85 fr. (31 313 €).Les frais pour la vente du terrain (247, 45 fr.) sont dûs à M. GUÉRIN, notaire à Mézériat, mobilisé. M. BLANC, notaire à Neuville, le supplée.
Le 28-7-1918, "les hostilités ne prenant pas fin", le conseil s'installe dans la nouvelle mairie, après des travaux de M. PUGEAT, menuisier à Mézériat.
-16-5-1920 : L'achèvement des travaux d'école-mairie est prévu avant le 20-6-1920. La dépense totale (45 052 fr.) dépasse celle autorisée (37 800). Il y avait eu les intempéries de 1913. L'architecte évoque un surcoût à cause de fondations sur un sol "peu résistant". On a dû creuser un puits plus profond que prévu. Il a fallu aussi réparer les "dégâts occasionnés par les émigrés".
Les élèves ont pu faire la rentrée d'octobre 1920 dans la nouvelle école.
L'incendie du 28 décembre 1936 causa de gros dégâts à l'école et à la mairie.
Le journal "Le Courrier de l'Ain " du 30-12-1936 parle de l'explosion d'un réchaud à gaz : "Les pompiers de Chaveyriat mirent aussitôt leur pompe en action. Alertées, arrivaient les deux moto-pompes de Vonnas et celle de Mézériat...le fléau fut rapidement circonscrit...Le sinistre qui aurait pu avoir des conséquences très graves, se résume en des dégâts matériels couverts par des assurances..."
Victor BERTHET, qui avait 13 ans à l'époque se souvient de l'incendie, des pompiers qui tiraient de l'eau à la mare : la ferme de ses parents (Victor et Joséphine) était attenante à l'école. Lui-même a porté des seaux.
M. Bouchard, dit-il fièrement, m'a mené au certificat d'études.
Quelle est l'origine du sinistre ?
Il semble que le feu soit parti de la cuisine de l'instituteur M. BOUCHARD. Le rapport de M.POCHON mentionne une explosion : "L'incendie a occasionné d'importants dégâts... dans le logement de l'instituteur, complètement détruit...Certains plafonds de l'étage ont été démolis par l'explosion qui a précédé l'incendie...et ceux du rez-de-chaussée ont été ont été traversés par l'eau des pompes... Les badigeons du logement...les vestibules et salles de classe du rez-de-chaussée ont été ternis par la fumée" (15-1-1937).
¶ Le 16-1-1937, le conseil a validé l'expertise de l'assureur "Le Renom" qui remboursera jusqu'à 16 350 fr.Il approuve aussi le devis estimatif de M.POCHON qui s'élève à 17 296, 40 fr. (soit 11701 €). Les honoraires (7 %) sont compris.
-Il y a deux lots : un pour la plâtrerie/peinture et un autre pour la menuiserie.
Jules BORDET de Vonnas emporte la première adjudication, en consentant un rabais de 12% (11304,75 fr. soit 7647 €). Il réparera même gracieusement la salle de mairie, également endommagée (plafond noirci sans doute).
François BERNOLLIN de Mézériat gagne la seconde adjudication avec un devis de 3390, 60 fr. (remplacement de parquets, rayonnages, plinthes, fenêtres…).
¶ La réception provisoire des travaux a lieu le 23-4-1937, en présence du maire Eugène PONTHUS, des conseillers municipaux François LAURENCIN, Antoine MOINE et Alphonse ACARIE de la commission des travaux* et de M.Pochon.
La réception définitive aura lieu le 23-8-1937. Décompte des travaux de Jules BORDET : 11461,20, soit 7753 € (cloisons en briques, badigeons, peintures, papiers peints...).
Il y a eu un très léger dépassement du devis primitif.
Décompte des travaux de F.BERNOLLIN : 3370, 84 fr., ce qui était prévu, soit 2279 €.
*Eugène Ponthus était menuisier, François Laurencin : charron ; Antoine Moine, cultivateur à l'étang Berchère et Alphonse Acarie, boulanger retraité.
¶ M BOUCHARD, était originaire d'Évreux. Il a été élève-maitre à l'Ecole Normale de Bourg. En 1914, il est incorporé au 23 e RI., devient caporal puis sergent, passe au 159 e RI ; il est grièvement blessé le 13-7-1915 (éclat d'obus au coude droit) à Souchez (Pas-de-Calais). Il est réformé et rayé des cadres le 25-2-1916. Il s'est marié en 1917 avec Marie MONTBARBON, fille d'une tailleuse et d'un charretier de Vonnas.
Il a été instituteur à Chanoz en 1919 et secrétaire de mairie à Chaveyriat.
(Sources : archives communales M1, archives départementales 20 1218).