Très tôt, l’être humain a éprouvé le besoin d’ensevelir ses morts, et les premières sépultures découvertes remontent aux temps préhistoriques. Isolées au début, celles-ci auront tendance à se regrouper progressivement pour constituer des « champs de repos » non clos et ressemblant à des terrains vagues. Il faudra attendre de nombreux siècles pour que ces espaces mortuaires s’organisent en « espaces sacrés » entourés de murs. La place prépondérante de la religion chrétienne au Moyen Age incitera, dès le IXe siècle, à rechercher la proximité des lieux de culte pour établir sa dernière demeure. Les Xe et XIe siècles particulièrement verront les cimetières se développer autour de l’église du village. Ce fut le cas à Biziat où il s’étendait à l’ouest du bâtiment, sur l’actuelle place de l’église. Espace béni par le clergé, le cimetière acquérait alors le statut de « terre sacrée » placée sous l’autorité des évêques au même titre que l’église paroissiale.
UNE LEGISLATION HESITANTE
On légiféra beaucoup, et souvent de manière contradictoire, sur la façon d’inhumer les défunts . Les membres de la communauté ecclésiastique et de la noblesse locale obtinrent d’être ensevelis à l’intérieur de l’église malgré les interdictions prononcées. Les fidèles les plus aisés furent bientôt admis, et jusqu’au XVIIIe siècle, à se faire inhumer dans la nef, mais bien sûr…moyennant finance ! A Biziat, Bertrand Monnier établit son caveau familial dans la chapelle N.D. de Pitié qu’il fit bâtir en 1520. Pierre Monnier et sa femme Claudine Dumont furent inhumés, eux, au pied de l’autel de la chapelle nord datant de 1860. Les curés de Biziat furent cinq ou six à trouver place dans un caveau situé dans la nef. Quant aux gens de peu, c'est-à-dire la majorité de la population, ils durent souvent se contenter de tranchées collectives et autres fosses communes.
Une déclaration royale de 1776 (Louis XVI) confirme la restriction à un petit nombre de privilégiés le droit d’être enterrés dans une église mais, dans la même ordonnance, prescrit le transfert des cimetières hors des enceintes des villes et bourgs. Dans les petits villages, ceux-ci resteront cependant souvent autour de l’église, sous la houlette du clergé. Il faudra attendre la IIIe République et la loi du 14 novembre 1881 pour qu’ils perdent leur caractère confessionnel et passent sous l’autorité laïque des communes.
AU XIXè SIECLE : UNE EVOLUTION DECISIVE
Deux anciens plans nous montrent, au cœur du village de Biziat, l’évolution de l’ensemble église-cimetière au cours du XIXè siècle.
Le premier plan est daté de 1845. On remarque que la chapelle nord de l’église n’y figure pas : elle ne sera construite que quinze ans plus tard (1860). Le cimetière s’étend d’est en ouest en une bande étroite, à peine plus large que l’église, à l’arrière et sur le devant de celle-ci. Son exiguïté, jointe à l’augmentation de la population –donc des décès- fera que les tombes s’entasseront bientôt en un tel désordre que l’on ne trouvait plus la place pour circuler entre elles. Cette situation, assez généralisée, entraînera une nouvelle ordonnance royale (de Louis-Philippe cette fois) du 6 décembre 1843, enjoignant les communes à fournir le terrain nécessaire aux « séparations et passages » entre les concessions. Ce fut le début, à Biziat comme ailleurs, de l’agrandissement des cimetières et, souvent, de leur réorganisation.
UN DEMI-SIECLE DE PROCEDURES
Conscient de cette nécessité, le conseil municipal de Biziat lança une enquête auprès de la population : fallait-il agrandir le cimetière ou le transférer ? L’unanimité se fit tout d’abord sur le fait que le peu de place contraignait à exhumer des corps trop tôt afin de procéder à d’autres inhumations, ce qui entraînait de l’insalubrité pour le voisinage. La majorité se prononça pour l’acquisition d’un pré appartenant à mademoiselle Césarine Cabuchet, situé du côté nord, plutôt que de transporter le cimetière à un kilomètre de là, dans un communal au lieu dit Les Pierres, comme il fut aussi suggéré.
Mademoiselle Cabuchet, qui résidait à Bourg, refusa de vendre. La commune engagea alors une procédure d’expropriation pour utilité publique, qui dura des années, mais perdit son procès. Les choses en restèrent là jusqu’en 1899. Ce fut l’héritière du bien, madame Poitevin de Saint-André, née Flavie Cabuchet, qui consentit à vendre sa parcelle du Paradis de 8a 68 ca, ainsi que nous le montre le second plan daté de cette époque. On y voit qu’il fut procédé aussi à des achats de bandes de terrain aux propriétaires voisins, afin de parfaire la forme générale du cimetière. On remarque aussi, sur les deux plans, l’existence d’un chemin venant du bourg, passant derrière l’église, et qui fut « absorbé » par le nouveau cimetière.
Les travaux de réaménagement, ainsi que la construction du mur d’enceinte furent confiés à M. Manigand, maçon à Bâgé-le-Châtel, dont le devis se montait à 9704 francs.
Le cimetière prenait peu à peu l'aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.
On peut voir encore aujourd'hui d'anciennes tombes du XIXe siècle, ainsi que des sépultures d'anciens curés de Biziat.