Viticulture à Biziat
Jusqu'à la fin du XXe siècle, la viticulture était couramment pratiquée à Biziat : la plupart des exploitations agricoles avaient leur vigne et les fermiers vinifiaient pour leur consommation personnelle mais parfois aussi comme source de revenu pour l’exploitation. Certains emplacements étaient plus particulièrement propices à cette culture car situés sur des côteaux : par exemple aux hameaux et lieux-dit « laudumont », « Stivan », « Sabaron », « en Servette », « aux Mûres » et autour de l’église. Certains fermiers étaient réputés pour la qualité de leur production : Edmond Robin pour son vin blanc pétillant, Jean Béroud pour son vin rouge par exemple.
Maladies de la vigne dans la seconde moitié du XIXe siècle
Ce sont principalement des maladies d'origine américaine : le mildiou, l'oïdium et le phylloxéra. L'oïdium et le mildiou affectent la production mais le phylloxéra détruit la vigne.. Le phylloxéra arrive en 1860 en France, mais plus tardivement dans l'Ain, du fait du morcellement du vignoble et lorsque le Département est touché, des solutions ont été trouvées : l'hybridation et le greffage. L'hybridation consiste à effectuer des croisements entre les espèces américaines vitris rupestra, riparia et labrusca et européennes vitris vinifera. L'autre solution est le greffage de variétés françaises sur des portes greffe d'origine américaine.
Cépages
En Bresse, jusqu’en 1935, on cultivait largement le cépage noah. Il s’agit d’un hybride, d’origine américaine, obtenu par croisement à partir de l’espèce vitis riparia. Mais c’est un cépage prohibé depuis 1935 comme le sont les cinq autres du même groupe : le clinton, l’isabelle, le jacquez, l’herbemont et l’othello. La culture de ces six cépages a été interdite, officiellement pour des raisons sanitaires. En effet, le taux de méthanol contenu dans le vin issu de ces cépages est plus élevé que dans celui des cépages issus de Vitis vinifera (vigne d’origine européenne). Outre le cépage utilisé, le procédé de vinification a également une influence importante sur le taux de méthanol. Dans tous les cas, seule la fermentation du jus de raisin peut produire le méthanol, on peut donc manger le raisin ou boire le jus sans risque.
Mais des études sérieuses ont pu prouver que ce taux n’est pas si élevé. Comment expliquer alors cette interdiction ? Il faut se référer au contexte politico-économique du début du XXe siècle : la surproduction, notamment, a amené à remettre en question la culture de ces cépages. La légende du noah qui rend « fou et aveugle » a aidé à abandonner ce cépage pourtant très productif et ne nécessitant pas de traitement phytosanitaire car résistant aux infections telles que le mildiou, l’oïdium, le phylloxera. La volonté de conserver une « image de prestige » pour les vins français semble aussi avoir justifié cette interdiction. Aujourd’hui, le cépage noah se trouve parfois chez des particuliers, établi en treille.
En 1956, les hybrides ont été interdits et seule ta technique du greffage est utilisée, principalement à partir de cépages dits "bourguignons" : gamay et chardonnay..
Pressoirs et alambics
La plupart des exploitations avaient leur propre pressoir, fabriqué dans la région, chez Rabuel à Cormoranche-sur-Saône ou chez Maillet à Laiz par exemple. Mais on ne fabriquait pas que du vin à Biziat : beaucoup de fermiers produisaient leur "eau de vie" en se rendant à "l'alambi" (on ne prononce pas le "c" du mot alambic) du village. C'est en 1924 qu'un "syndicat de battage et de distillation" est crée puis repris par la CUMA en 1947. L'alambic situé aux Allouets, est mis en oeuvre par un "alambinier" : Léon Léchelle puis son fils Roger jusqu'en 2010.
Fin d'une époque
A la fin du XXe siècle le contexte économique change et comme partout sur le territoire de la Veyle, les petites exploitations familiales disparaissent petit à petit au profit d'exploitations plus importantes et de GAEC. La surface des parcelles cultivées est de plus en plus grande. La viticulture est délaissée et finit par disparaître. Mais en se promenant sur les chemins de Biziat, on peut encore apercevoir quelques pieds de vigne cultivés par des passionnés.
Sources
Philippe Brunel et collectif d'auteurs, Les vignobles de l'Ain, éditions Patrimoine des pays de l'Ain, 2018.
Alain Jantet, BIZIAT Village bressan, Imprimerie de Trévoux, 1981