• Date Création: 29-03-2026
  • Commune concernée: PERREX
  • Catégorie principale: Personnalités

GEORGES HELMSTETTER seul face à la colonne allemande 

Quatre-vingt ans après la Libération, Georges HELMSTETTER, personnage mythique à Perrex demeure un inconnu. Certes une stèle à sa mémoire est fleurie deux fois par an, en même temps que le monument aux morts de Perrex. D’ailleurs le nom de ce jeune homme originaire d'Alsace figure avec les Perrexiens morts au combat pendant la seconde guerre mondiale.

La commémoration du drame perpétré à Vonnas le 12 juin 1944 est l’occasion de recueillir les témoignages conservés aux Archives départementales de l’Ain et de rappeler le combat de ceux et celles qui se sont opposés aux actes de guerre des troupes allemandes et des sections locales de la Milice française.

 

Georges HELMSTETTER est le fils d’Alfred Georges HELMSTETTER, agriculteur à Perrex pendant l’Occupation mais antérieurement charcutier-boucher à Pfaffenhoffen dans le départent du Bas-Rhin. La famille est réfugiée à Perex depuis 1941.

 Né le 6 février 1923 à Pfaffenhoffen, Georges HELMSTETTER est identifié comme d’un des résistants actifs sur le secteur de Pont de Veyle, ainsi qu’en témoignent :

- le 8 décembre 1944, son père Alfred Georges HELMSTETTER ;

- le 7 novembre 1944, le maire de Perrex, Claude BERTHOUX, le garde-champêtre Alphonse SURGOT, le cultivateur Marcel FOURIER, qui a découvert son cadavre l’après-midi du 12 juin 1944 dans un pré en bordure de la route 80.

Sa mort survient le jour où les troupes allemandes renforcées par la Milice locale ont entrepris de mener une opération de représailles à Vonnas tout particulièrement.

 

Le témoignage du contrôleur des contributions indirectes à Mézériat (et par ailleurs chef de la Résistance à Vonnas selon le témoignage de Monsieur Gaston Joseph), Paul PREVAUTEL, résume précisément les circonstances du drame survenu le 12 juin. 1944 (Déposition enregistrée le 8 décembre 1944)

 « La résistance de Vonnas qui était composée d’une centaine de camarades a été attaquée par la Milice et les Allemands, venant de toutes les directions : Mâcon, Bourg, Mézériat, au nombre de trois mille environ.

 L’action principale s’est déroulée sur le pont de la gare et dans toute la partie comprise entre Luponnas et la gare. Mais d’autres détachements arrivaient de diverses routes et le pays était en somme encerclé. Seule une issue est restée par où les jeunes ont pu se sauver.

 Une fois l’entrée du bourg forcée, les Allemands et la Milice sont arrivés sur la place devant la maison de Monsieur LESSARD, garagiste. Ils ont établi leur quartier général dans la maison de Monsieur BERTHON, rentier. Ils ont visité toutes les maisons du pays pour chercher les terroristes. A ce moment, certaines maisons du pays ont été brûlées, d’autres saccagées.

La première maison brûlée a été la ferme de Monsieur CANARD, située à deux kilomètres de Vonnas. »  

 

 Un cultivateur de Perrex âgé de 50 ans, Monsieur RONJON, a relaté les circonstances de l’exécution du jeune Helmstetter :   « Le 12 juin 1944, vers 9 heures et demie ou 10 heures, j’étais sur la route de Vonnas à Pont de Veyle, lorsque j’ai vu arriver venant de cette dernière localité, trois camions : le premier chargé d’Allemands, les deux autres d’Allemands et de Miliciens. A 20 mètres environ de moi se trouvait le jeune Helmstetter, portant une mitraillette.

Les Allemands l’aperçurent et firent stopper leurs camions. Aussitôt les occupants de ceux-ci le mirent en joue ; puis j’ai vu l’un des officiers parlementer avec le jeune homme. Quelques secondes plus tard, j’ai entendu une détonation. Je m’étais éloigné du lieu de la scène mais en entendant le coup de feu, j’ai compris que le jeune Helmstetter venait d’être tué. »

 

 Cet épisode est resté gravé dans la mémoire de René GAUTRET, qui écrit dans ses cahiers :

« Vers 7 heures du matin, je n’étais pas encore levé. Ma mère me presse « Lève-toi vite, on va partir d’ici » Un défilé de camions, voiture et motos allemandes traversent la commune en provenance de Mâcon. Mon père et mon frère étaient déjà occupés à faucher du foin derrière la maison. Mais partir où ? Il était impossible de le savoir. Quelques minutes plus tard, on entend des coups de feu. Georges HELMSTETTER venait d’être assassiné alors qu’il était en faction au bord de la route, un fusil à la main. Il venait en fait d’échanger quelques mots avec Delphin FOURIER. Ce dernier l’avait prévenu de l’arrivée probable de l’ennemi et lui avait conseillé de se tenir sur ses gardes. Georges, confiant, lui avait répondu : On l’attend ! »

 

Pour éviter que des complications ne s’ajoutent à la peine de la famille Helmstetter, le père préfère que son fils soit enterré clandestinement : « J’ai vu le corps de mon fils. Il avait deux plaies : l’une dans le dos, de petite dimension ; l’autre qui était beaucoup plu importante siégeait au-dessus du cœur. J’ai en ai conclu qu’il avait reçu un coup de feu par derrière. Le corps n’a pas été vu par un médecin. J’ai préféré le faire enterrer clandestinement pour ne pas courir le risque de représailles, étant donné mon origine alsacienne. »

Le maire de Perrex, Claude BERTHOUX confirme que le corps a été conduit à la morgue et enterré dans les délais légaux.  Et la déposition de Marcel FOURIER enregistrée le 6 janvier 1945 conforte ces témoignages.

 « Je n’ai pas personnellement assisté à la mort du jeune HELMSTETTER. Je sais seulement, d’après ce qu’on m’en a dit à Vonnas, qu’il a été tué par les Allemands. Toutefois j’ai vu le cadavre. Il portait une blessure dont l’orifice d’entrée était en arrière à droite et l’orifice de sortie, beaucoup plus large, au niveau de la région du cœur. Le corps gisait dans la cour d’une ferme voisine de la mienne, ferme habitée par Madame TOUNY. J’ai transporté le corps, sur mon char attelé d’un cheval, à la mairie et, de là, au cimetière où il a été inhumé comme inconnu à la demande de sa famille. »

 

Etat civil 1944, n° 7, Registre des décès, « Mort pour la France d’un inconnu »

Le 12 juin 1944 à 16 heures, nous avons constaté le décès, au lieudit Le Pilon, d’un individu de sexe masculin dont l’identité n’a pas été établie et dont la mort parait remonter le même jour vers 8 heures.

Le signalement est le suivant : âge approximatif, 20 ans, taille 1 mètre 60, cheveux châtain clair, imberbe, veste grise en toile, pantalon bleu foncé, chaussé de brodequin, tête nue, sans papier d’identité ni argent ; portant une plaie au côté gauche de la poitrine paraissant provenir d’une arme à feu

Dressé le 13 juin 1944 sur la déclaration de Marcel Fourier, âgé de 33 ans, cultivateur domicilié à Perrex qui, lecture faite, a signé avec nous Claude Joseph Berthoux, conseiller municipal faisant fonction de maire de Perrex, officier de l’état civil par délégation du préfet.

Reconnu par jugement du tribunal civil de première instance de Trévoux en date du 15 mars 1945 pour être le corps de Helmstetter Georges et transcrit sur les registres d’actes de décès le 21 avril 1945.