La Conscription.
Le service militaire est très ancien. Déjà, chez les Francs, tout homme libre est soldat par définition. Au Moyen-âge, le vassal doit un service militaire de 40 jours à son suzerain. Sous Charles VII, l’armée féodale est remplacée par une armée royale qui prend, au fil des siècles, des proportions importantes.
Sous l’Ancien Régime, l’armée se recrute, en principe, par l’enrôlement volontaire. On fait appel aux milices communales pour la compléter, à la suite d’un tirage au sort. Les enrôlements militaires suffisent en temps de paix.
Les officiers, comme leur nom l’indique, achètent un office, parcelle du pouvoir royal que le souverain vend. Ainsi, les colonels ont pour charge de constituer leurs compagnies, qu’ils louent, ensuite, au souverain.
Mais le mode de recrutement ne cesse de surprendre, trouvant les futurs « professionnels » dans les tavernes ou les gargotes. Les enrôlements volontaires, effectués par des sergents recruteurs, appellent alors, sous les drapeaux, les éléments turbulents des villes. C’est seulement par la suite que ces « recrues » deviennent de véritables professionnels, soumis à la discipline militaire.
Les progrès de l’Intendance vont permettre aux soldats de se consacrer uniquement à leur métier, sans se préoccuper pour survivre, de pillages ou autres exactions, commises jusqu’alors contre la population.
Mais la désertion est la plaie des armées de l’Ancien Régime.
La Conscription apparaît pendant la Révolution Française.
Le 23 août 1793, devant la menace des Coalisés, il faut décréter la levée en masse de tous les hommes valides « jusqu’au moment où les ennemis auraient été chassés du territoire de la République ». Après l’effondrement de la Coalition, le gouvernement du Directoire vote, sur le rapport du général Jean-Baptiste JOURDAN, la loi du 19 fructidor an VI (5 septembre 1798), relative au mode de formation de l’armée de terre.
Cette loi met fin à la réquisition des hommes établie par la Constitution de 1793 qui proclamait que tous « les Français sont des soldats ». Elle substitue à ce principe la conscription, fondée sur l’appel annuel des garçons âgés de 20 ans : « les conscrits ».
Mais, face au nombre trop important de conscrits, par rapport aux besoins de l’armée en hommes en temps de paix, une sélection s’impose.
Elle est organisée en 1799 avec le rétablissement du tirage au sort (principe créé en 1688 et supprimé en 1789) pour désigner les militaires qui effectuent 5 années de service, avec possibilité d’être « remplacés ».
L’importance des effectifs exigés par les guerres napoléoniennes, rend la conscription si impopulaire que Louis XVIII décide son abolition et revient au volontariat. Le nombre des engagés s’avère, alors, insuffisant, et il faut en 1818, revenir à un appel de conscrits par tirage au sort, pour 6 ans. Il est porté à 8 ans en 1824.
La Monarchie de Juillet le ramène à 7 ans (ou à 6 ans pour ceux qui sont mariés). La loi de 1855 maintient à 7 ans l’obligation du contingent et transforme le remplacement individuel par l’exemption dont le prix est fixé à 2 800 francs.
La période de stabilité et de paix en France de 1818 à 1870, ne change pratiquement pas le mode de recrutement. En début d’année, on procède au recensement des hommes de vingt ans : dans chaque canton, est établie la liste des nouveaux conscrits. Dans le même temps, l’effectif du contingent, c’est-à-dire le nombre d’appelés à recruter, est fixé, puis voté par le Parlement, à partir de 1830.
A la veille de la guerre de 1870, le temps de service est porté à 9 ans, dont 4 répartis en de nombreuses périodes de « réserve ». Devant les menaces d’une guerre imminente, une garde mobile est créée, composée de tous les jeunes gens des années antérieures, aptes, mais exemptés lors du tirage au sort.
Cette garde est organisée par département. C’est une esquisse du service obligatoire pour tous, un retour à la tradition des milices et des régiments provinciaux de l’Ancien Régime, tombée en désuétude depuis la Révolution. Ces « Mobiles » forment le fond des armées de la Défense Nationale qui poursuivent la lutte après la destruction ou la capture des armées de lignes, en 1870.
Après la défaite de 1870, la France entreprend la restructuration complète de son armée. Après le départ de Napoléon III, l’Assemblée Nationale qui n’a pas encore fait le choix entre la Monarchie et la République, réorganise l’armée sous le drapeau tricolore, volontairement laissé sans inscription.
La loi du 27 juillet 1872 maintient le principe du tirage au sort, mais n’apporte plus d’exemption : ceux qui tirent des bons numéros (qui sont les gros numéros) voient la durée de leur service réduite à 1 an, alors que les malchanceux sont tenus à une présence de 5 ans.
Les engagés conditionnels, jeunes gens sortis élèves officiers de pelotons spéciaux, ont le privilège d’être libérés au bout d’un an, moyennant argent. Avec cette loi, on revient au principe posé en 1793 et si souvent éludé : « tout Français doit le service personnel »…
Adolphe TIERS maintient à cinq ans la durée légale du service dans l’armée active, mais les dispenses sont nombreuses. Les « bons numéros » ne font qu’un an, sans compter les privilèges des engagés conditionnels, jeunes gens justifiant d’une certaine instruction, libérés au bout d’un an s’ils sont sortis élèves officiers de pelotons spéciaux .......et moyennant 1500 francs.
La loi de 1889 ramène le service actif à 3 ans. Pour la première fois, toute la «classe» est incorporée, supprimant les dispenses, sauf pour les étudiants, les instituteurs, et les soutiens de famille…
Le tirage au sort n’agit plus sur la durée du service, mais sur l’unité, A partir de cette date, le tirage au sort n’apporte plus d’exemption, sauf pour dispense comme étudiant, instituteur, soutien de famille, ...
La loi de 1905 abolit le tirage au sort et impose deux ans de service à tout le monde, sauf aux élèves des Grandes Écoles, qui ne passent qu’un an sous les drapeaux.
Peu avant la Grande Guerre, en 1913, le service est prolongé d’une année, avec « la loi de trois ans ».
Après la guerre de 14-18, le service national change plusieurs fois dans sa durée : 18 mois en 1923, 1 an en 1946, 24 mois à partir de 1959, 16 mois en 1965, puis 12 mois en 1970.
Réduit à 10 mois le 10 juillet 1991, le Service national est remplacé, pour les jeunes nés après le 1er janvier 1979, par un «Rendez-vous des Citoyens», à partir de 1998.
Le tirage au sort
Le tirage au sort est un moment très important pour ces jeunes hommes de vingt ans. Une certaine anxiété règne chez les conscrits endimanchés et nombreux sont les parents, frères, sœurs et fiancées qui ont tenu à les accompagner, ayant hâte de connaître quel numéro ils vont tirer. C’est parfois pour la fiancée, la ruine des projets matrimoniaux.
Chaque année, le Préfet fait parvenir, dans les communes, les dates de ses tournées. Il consacre un jour par canton et préside lui-même le conseil.
Ce jour-là, une certaine anxiété règne chez les conscrits endimanchés. Ils portent des complets noirs et un gibus qui ne sont, ensuite, utilisés que le jour de leur mariage.
La première année, en 1798, deux jeunes Caladois se présentent au tirage au sort dans cette tenue, car ils n’ont pas eu le temps de changer de vêtements. Par la suite tous les conscrits ont gardé cette tenue.
Nombreux sont les parents, frères, sœurs et fiancées qui ont tenu à les accompagner, ayant hâte de connaître quel numéro ils vont tirer. C’est parfois pour la fiancée, la ruine des projets matrimoniaux.
Le silence règne sur la place de la mairie. La cérémonie va commencer dans la salle d’honneur. Le commissaire, entouré des maires du canton, annonce tout d’abord le nombre de recrues que doit fournir le canton.
Une fois établi l’ordre des communes, le tirage commence. Les omis tirent les premiers. Les conscrits passent par ordre alphabétique, choisissant un étui renfermant le numéro et le portent au président de séance.
A l’annonce de leur numéro, certains deviennent blêmes, d’autres se congratulent, d’autres jurent. Les autres attendent leur sort en silence.
Certains que le sort a favorisé, ne peuvent attendre de faire connaître leur chance, crient leur numéro par la fenêtre à leurs parents et amis, assemblés dans la cour.
Les premiers numéros de I à 6, selon les besoins de l’année, vont dans la marine et les colonies. On a grand peur de ces affectations.
Après le tirage, les conscrits décorent leurs chapeaux de rubans : bleus pour les partants, rouges pour les gagnants. Puis, sur le devant du chapeau, on fixe le numéro tiré, et, sur la blouse, on épingle des cocardes et autres emblèmes patriotiques.
Une fois « bons pour le service », les hommes prennent la pose devant le photographe qui ne manque pas ce moment à immortaliser.
Les billets d’inscriptions ornent leurs coiffures aux côtés des cocardes et des rubans tricolores.
Ensuite, la tournée des bars offre, pour certains, l’occasion d’une première « cuite ».
Après la Grande Guerre, cette fête va perdre, peu à peu, ses références militaires.
La Réforme
Quelques jours après le tirage, les partants vont passer le Conseil de réforme au chef- lieu du département.
Ce conseil choisit les hommes avec grand soin. L’armée, en ce temps-là, se déplace à pieds. Aussi les pieds plats sont invariablement réformés. Il faut, aussi, avoir une mâchoire excellente pour déchirer, avec les dents, des charges de poudre dosées contenues dans des étuis en carton.
Sont réformés aussi : « Ceux qui n’ont pas la taille d’un mètre cinquante-quatre centimètres ».
Pour parer aux réformes, exemptions, dispenses : « Le nombre des numéros partants devra toujours excéder celui des soumis à l’enrôlement.»
Les possesseurs de numéros les plus proches des partants, craignent les résultats de cette réforme, car on puise dans ces numéros pour compenser les exemptés par réforme.
Le remplaçant
Le départ au service signifie : abandon de projet de mariage, séparation d’avec la famille, rudes conditions de vie en caserne… Aussi, ceux qui en ont les moyens cherchent un remplaçant qu’ils rémunèrent avec une somme d’argent correspondant à 2 ou 4 ans de salaire d’un ouvrier agricole.
Le rachat est une institution légale. C’est un privilège des riches de racheter leur liberté. C’est aussi parfois, l’avantage des pauvres, car au retour, ils sont, parfois, encore en possession d’une belle somme d’argent, leur permettant d’acheter de la terre.
Après le tirage au sort, les candidats au remplacement se rendent auprès des partants. On marchande comme pour embaucher un commis. Encore faut-il prendre des garanties, car on devient responsable des défaillances de son remplaçant et on est, soi-même, poursuivi s’il déserte avant d’avoir accompli une année de service, temps minimum requis par la loi sur les remplaçants.
La loi (article 138) stipule aussi que «les conditions entre le remplaçant et le remplacé doivent être réglées préalablement par acte, devant notaire ». « Le remplacé devra verser la somme de 2300 francs, à titre de garantie au Trésor et pour compensation, dans le cas de désertion du remplaçant».
La destination de ces 2300 francs est indiquée comme suit : « 100 francs pour montant du premier équipement du remplaçant. Les autres sont déposés à la Caisse des prêts et dépôts, et les intérêts de 40 % sont versés à l’intéressé».
Entre temps, par la loi de 1855, le système de remplacement laisse la place à l’exonération.
Moyennant une somme de 2 800 francs, l’appelé est dispensé. Les sommes collectées sont versées à une caisse de dotation de l’armée et servent à financer les retraites militaires et à augmenter les primes d’engagement des volontaires.
En 1868, le remplacement est à nouveau autorisé avant d’être supprimé en 1872.
Le Conseil de révision
A partir de 1905, tous les jeunes hommes dans leur 20ème année sont convoqués à la mairie du chef-lieu de canton chaque année, avec leurs maires respectifs. Le Conseil de révision est présidé par le préfet ou le sous- préfet et par deux médecins. Les conscrits sont soumis à une visite médicale qui les déclarait « bon pour le service », ou « réformé temporaire» ; dans ce dernier cas, ils reviennent l’année suivante passer un nouvel examen et sont proposés pour la «commission de réforme ». Étant donné que le Conseil de révision est considéré comme un examen de virilité, ceux qui ne sont pas jugés «bon pour le service» deviennent la risée de leurs camarades. A la sortie de la mairie, il y a des vendeurs de fleurs et de cocardes en papier sur lesquelles est inscrit « Bon pour les filles » qu’ils épinglent sur le chapeau et le revers de la veste.
Puis s’ensuit une semaine de festivités qui commencent le soir même par le «bal des conscrits». Les conscrits parcourent, ensuite, au son du clairon et du tambour, la campagne et les villages environnants en s’arrêtant dans les cafés et dans leurs familles.
«Bon pour le service» signifie aussi «bon pour le mariage». La tournée des conscrits dans les maisons a un double but : défilé des garçons à marier et inspection des filles à marier.
La création de Centres de sélection militaire interdépartementaux (par décret du 13 août 1954, mis progressivement en place dans les différentes régions militaires) où des jeunes gens, venus de divers horizons, passent ensemble des tests («les 3 jours»), signe la fin du Conseil de révision traditionnel et la disparition progressive de la tradition de « faire les conscrits ».
Conscrits en Bresse au XIXe.
Souvent domestiques dans les fermes, les futurs conscrits prennent un congé de 15 jours (puis 8 jours) pendant la période de la tournée et rendent visite à toutes les maisons de leur commune, ramassant saucisses, lard, charcuterie, crème et œufs, farine, légumes et volaille. Ils disposent, à cet effet, de paniers et de hottes et même parfois de charrettes.
Chez les riches villageois, ils obtiennent parfois de l'argent.
En échange, ils proposent brioches, cocardes et bouquets aux conscrites. Ils boivent et chantent dans chaque maison. Leurs beuveries sont tolérées par la population.
Enfin, tambours et clairons les accompagnent, réveillant plus d'un habitant la nuit.
Aucun défilé de conscrits ne peut se passer d’un certain nombre d’attributs :
-
Les conscrits ne se montrent jamais sans leur drapeau et leur porte-drapeau. C’est un symbole sacré de l’armée, qui devient un symbole profane tradionnel de la fête.
-
Autre symbole venu de l’armée, la canne, identique à celle que fait tourner le major qui dirige la musique du régiment. Elle est souvent enrubannée et son porteur la fait tournoyer.
-
Enfin, l’habillement est spécifique. Au début du XIXe, certains portent l’habit traditionnel : pantalon jaune, court et serré, habit bleu à basques, haut-de-forme enrubanné. D’autres portent simplement le costume de fête local, souvent enrichi d’ornements (rubans multicolores, ceintures, cocardes), mais le plus souvent élimé.
Conscrits en Bresse au XXe.
Apres la suppression du tirage au sort, donc après la loi de 1905, plus juste avec un service ramené à 2 ans, puis à 5 ans avant la première guerre mondiale, les festivités populaires des conscrits tendent à se développer et la Bresse ne fait pas exception.
Dans son roman « 325 000 francs », Roger VAILLANT fait référence à un jeune bressan de 20 ans, Bernard BUSARD, dans l’année qui précède son incorporation : année d’initiation et de démesure obligatoire, à la fois apogée et enterrement de sa vie de garçon.
L’histoire se passe en janvier 1934, avec les 18 gars de son village, tous conscrits. Ils font le tour, dix-huit jours durant, de toutes les fermes pour quêter les fonds nécessaires au grand banquet qui est célébré le 19eme jour. Autant de jours de quête que de conscrits dans la commune, telle est la coutume.
Pendant toute cette période, les conscrits veillent chaque soir chez l’un d’entre eux, à tour de rôle et boivent beaucoup. Le banquet est interminable (il dure 48h) et pantagruélique. Il est bu quatre hectolitres d’un vin blanc de Noa, bon marché et âcre, mais riche en alcaloïdes qui excitent au plus haut point les nerfs moteurs, et près d’un hectolitre de marc. Les jeunes filles nées la même année, sont invitées au premier repas qui dure de midi à six heures, mais se retirent, comme il est de coutume, quand les garçons commencent à être ivres.
Tout le village respecte les conscrits et ferment les yeux sur les « débordements » parfois inévitables.
Roger VAILLANT parle de ce conscrit bressan, sans pratiquement faire allusion au service militaire. La tradition de la circonscription se détache, petit à petit, de son origine militaire.
En 1966, la suppression du Conseil de Révision, au chef-lieu de canton, entraine la disparition des festivités des conscrits.
Dans les années 70, là où elles existent encore, les festivités perdent toute signification militaire.
Dans le Rhône.
Dans certaines villes, comme Villefranche-sur-Saône, la fête de conscrits demeure très vivace.
Seuls les hommes peuvent défiler, mais les femmes reçoivent le bouquet de la part des conscrits le samedi après-midi.
Les festivités commencent le vendredi soir précédent avec la retraite aux flambeaux, un défilé costumé.
Le vendredi après midi, et le samedi matin les conscrits portent cocardes et bouquets dans les maisons de retraite et aux handicapés.
Le samedi, les conscrits rendent visite aux conscrites pour leur remettre leur cocarde.
Le dimanche matin à 11 h, tous les conscrits se lancent dans un grand défilé, appelé la Vague, en smoking, gibus à ruban et bouquet de mimosas à la main. La couleur du ruban indique l'âge du conscrit : 20 ans vert, 30 ans jaune, 40 ans orange, 50 ans rouge, 60 ans bleu, 70 ans violet, 80 ans prune et tricolore pour les classes au-dessus.
Les conscrits, chaque classe d'âge suivant sa fanfare, défilent en zigzag le long de la rue Nationale.
Le lundi, chaque classe fait également l'objet de nouveaux banquets, celui du lundi se nomme « retinton ».
Le lundi soir, les 20 ans enterrent leurs classes et le mardi l'ensemble des conscrits se retrouvent en mairie, où les 20 ans rendent les clefs de la ville, qui leur avaient été confiées par le premier magistrat, le vendredi soir lors de la retraite aux flambeaux.
Le mercredi, un banquet intergénérationnel réunit tous les conscrits et le placement aux tables ne tient plus compte de l'appartenance à une classe d'âge.
A Belleville-sur-Saône, la fête est aussi intense et fédère toute la population.
Les femmes.
Au début du XXe, lorsque cette tradition est entièrement liée à l’obligation militaire, les femmes n’ont pas le droit de cité.
Dans les années 50, elles commencent à apparaitre sur les photos officielles. On leur porte une cocarde, elles participent aux soirées et au banquet des conscrits.
Aujourd’hui, elles sont sur un pied d’égalité avec les hommes, sauf à Villefranche-sur-Saône où la vague reste un privilège masculin.
Les matefaims.
Le matafan est une très ancienne recette paysanne que l’on retrouve sur l’ensemble du territoire de locution franco-provençal.
Matafan est un mot dont la traduction littérale est « mate faim » et qui, dans certaines régions de langue franco provençale (le Lyonnais et la Loire notamment), est francisé en matefaim.
A l’origine, il s’agit de galettes de pommes de terre, préparées par les paysans et mangées tôt le matin pour leur permettre de tenir jusqu’au repas lors des travaux aux champs.
Puis, le matefaim évolue en crêpe salée, épaisse faite avec de la farine, des œufs, de l’eau et parfois du fromage de type comté.
Puis, la recette évolue encore en recette sucrée en remplaçant les pommes de terre par des pommes et en enrichissant la pate avec du lait, du sucre, de la levure ce qui la rapproche d’une classique pate à crêpe.
Les matefaims sont, en général, cuisinés et servis par les mamans des conscrits, le lendemain du banquet des classes.
Le rigaudon ou rigodon.
On trouve les premières traces de cette danse, en Provence, au XVIIe où elle est, alors, la danse en vogue du haut en bas de l’échelle sociale.
Une controverse sur l’étymologie propose que le nom provienne de l’italien « rigodone » ou « rigolone », diminutif de « rigoletto » ou « ronde en cercle » ou du latin gaudere, se réjouir, s’amuser, être heureux qui correspond au caractère joyeux et festif de cette danse.
Selon le Dictionnaire de la Musique, écrit par Jean-Jacques ROUSSEAU en 1787, le nom vient de son inventeur M. RIGAUD, maître à danser parisien au XVIIe.
La forme la plus courante de la danse est dite « en file circulaire ». Elle comporte deux parties :
-
la promenade : les danseurs sont disposés en cercle, chaque homme ayant sa partenaire à sa droite ; on ne se donne pas les mains et chacun se tourne d'un quart de tour à droite pour former une file circulaire. Pendant la première partie de la musique, les danseurs avancent en se déplaçant sur le grand cercle (d'où le terme de promenade).
-
le rigodon proprement dit : sur la première moitié de la deuxième partie de la musique, chaque femme se retourne pour faire face à son partenaire et les danseurs dansent en sautillant d'un pied sur l'autre, en claquant des doigts, voire en poussant des cris aigus. À la deuxième moitié de cette deuxième partie, chacun se retourne pour faire face à la personne qui se trouvait derrière soi et on recommence à danser face à cette personne (contre-partenaire).
A Cormoranche ou dans d’autres communes du Val de Saône.
Aujourd'hui, les conscrits se retrouvent chaque année autour d'un banquet, pour un moment de grande convivialité après la traditionnelle séance de photos tous ensemble, puis par classes.
Les conscrits de 20 ans sont aidés par les « croûtonniers » (ou sous-conscrits) pour animer le banquet.