• Nom Collecteur: ANGLESIO Hélène
  • Date Création: 23-11-2025
  • Commune concernée: SAINT-CYR-SUR-MENTHON
  • Catégorie principale: Personnalités

Le curé Jean-Baptiste Bernard est enterré dans l'église de Saint-Cyr. Il a fortement contribué au financement de la construction de cette église qui date de 1860. C'est un personnage controversé, qui malgré sa contribution financière a été en réalité un obstacle à cette reconstruction de son vivant. La somme n'est arrivée que par legs après sa mort. Un autre curé permettra la finalisation du projet grâce à son esprit de conciliation: c'est Joseph Laurent Cottin qui, lui, est enterré dans le cimetière. Jean-Baptiste Bernard a été curé de la paroisse de Saint-Cyr de 1818 à 1856, un long ministère qui est contemporain de celui du curé d'Ars (dates identiques). Il est né le 20 mars 1785 à Jouhe près de Dole dans le Jura. Ordonné prêtre en 1812, il exerce d'abord à Saint-Triviers-sur-Moignans et à Etrez. Quand il arrive à Saint-Cyr en 1818, la paroisse n'est que ruine, il n'y a pas eu de prêtre depuis la Révolution et le Concordat de 1802 a réduit le nombre de paroisses faisant de Saint-Cyr une succursale de Pont-de-Veyle. Pour lui, cette paroisse qu'il juge sévèrement au travers de l'indigence totale de ses paroissiens tant au niveau pécuniaire qu'intellectuel, est une forme de mission que Dieu lui confie. Il va oeuvrer pour la reconstruction de l'église pendant près de 30 ans, mais de telle manière qu'il ne récoltera que défiance et mépris de la part des autorités laïques et de la majorité de la population. Dans les archives, les courriers de plaintes envoyés au préfet et à l'évêque sont nombreux. Voici quelques exemples illustrant la façon dont le curé Bernard exerce son ministère durant 37 années: il refuse de faire faire la 1ère communion aux enfants qui vont à l'école communale et non à l'école religieuse, il fait payer jusqu'à 50 centimes pour entendre la confession, il insulte et calomnie les paroissiens dans ses prônes les traitant de "terroristes" en référence à la guerre de Robespierre, il refuse la communion aux femmes dont les enfants ne vont pas dans son école, il leur conseille même de quitter leur mari sous prétexte que ce dernier n'approche plus de la table sainte, il ne fait sonner les cloches funéraires qu'aux morts qui lui plaisent, de même pour les parrains et marraines pour les baptêmes qu'il choisit lui-même.

Cependant, le curé Bernard est riche, d'où tient-il sa fortune? Pas de sa famille, son père est instituteur et finira sa carrière comme fonctionnaire à la préfecture de l'Ain. En fait, le curé Bernard a bénéficié de legs, de rentes et retire de l'argent de son ministère. Sa fortune est en partie liée au Domaine de Saint-Irénée à Saint-Cyr, dépendant du Grand Séminaire de Lyon dans lequel la cure et de nombreux biens immobiliers sont inclus et qui bénéficient au curé. Le curé est même usurier, il prête de l'argent à ses paroissiens avec un fort taux d'intérêts. C'est ainsi qu'il va proposer sous condition à la commune de donner une somme considérable: 20 000 francs, pour reconstruire l'église qui menace ruine et qui est trop petite. En effet, elle date du 10 ème siècle et a subi la destruction de son clocher par Albitte comme toutes les églises du département. De plus, ce projet  s'inscrit dans un vaste mouvement de reconstruction des églises au 19ème siècle. La somme de 20 000 francs correspond au tiers du coût total de la reconstruction qui aura lieu après la mort du curé Bernard en 1860. Car les tractations incluant tous les protagonistes: curé, commune, préfet, évêque, paroissiens et conseil de fabrique échoueront à cause des exigences du curé Bernard. A partir de 1852, il impose son architecte: Louis Dupasquier et son projet beaucoup trop ambitieux et coûteux pour la commune de Saint-Cyr. Ses exigences seront telles que sa proposition est refusée en 1856, à la suite de quoi il donne sa démission. Il se retire à Bourg-en-Bresse, rue des Jacobins, c'est là qu'il meurt le 8 juillet 1857. Heureusement, sans doute pris de remords et pour le repos de son âme, il lègue la somme de 19 500 francs à la commune, à condition qu'elle serve bien à construire une église, des messes devront être dites pour le repos de son âme et de celles de ses parents à perpétuité. Le curé Bernard est enterré au cimetière de Saint-Cyr dans un premier temps, puis un caveau est aménagé dans la chapelle ouest au moment de la construction entre 1859 et 1860, afin d'y déposer sa dépouille, ce qui est une exception au 19 ème siècle, il faut une dérogation pour être enterré dans une église. Au-dessus de son tombeau, est fixée au mur une plaque funéraire en marbre noir où on peut lire: "Ici repose Jean-Baptiste Bernard, décédé le 8 juillet 1857 curé pieux et zélé de Saint-Cyr pendant 37 ans. Il a été le fondateur de cette église par un don de 19 500 francs. Les paroissiens reconnaissants."