• Nom Collecteur: FRENOIS Anne-Marie
  • Date Création: 08-04-2026
  • Commune concernée: CORMORANCHE-SUR-SAONE
  • Catégorie principale: Nature et paysage
  • Bibliographie: Wine Insiders / les cepages.free.fr / club-œnologie.fr

Lors des rencontres avec MM. Jean DESMARIS ou Rolland PROLONGE, le Noah a souvent été évoqué !...

La viticulture est couramment pratiquée, soit pour une consommation personnelle, soit pour avoir quelques revenus complémentaires.  Tout le monde a une vigne qui est à 90% du Noah. Le vin est vendu à Macon pour faire du mousseux ou pour couper du vin, venu d’Algérie.

A Cormoranche, certains produisent jusqu’à 200 pièces, une pièce fait 228 litres.

Plantations :

Beaucoup de vignes sont plantées là où est maintenant le plan d’eau (terrains « pauvres ») ou dans les pentes de la côte de Noaillat.

Les marchands de vins :

Louis BOURRISSET, originaire de Crèches-sur-Saône, a une maison à Arciat.

Il fonde sa propre maison de vins et, en 1902, s’associe avec Henri COLLIN. Leur maison prend alors le nom que l’on connait, toujours, aujourd’hui COLLIN BOURISSET.

A partir de 1922, Louis BOURRISSET devient le seul directeur de la société, Henri COLLIN n’ayant pas d’héritier et s’étant désintéressé de la maison.

Après 193 belles années dans les bâtiments historiques de Crèches-sur-Saône (près de la gare), une nouvelle page de l’histoire s’écrit en 2014 quand COLLIN-BOURRISSET se rapproche de la Maison Jean LORON. 

Jules MARTINET est courtier en vin. Né en 1900 à Cormoranche, il demeure à Noaillat et figure encore sur le recensement de 1946. 

Le cépage Noah.

Le cépage « noah » est un cépage hybride blanc américain, originaire de l’Illinois, issu de Vitis Labrusca x Vitis Riparia.

Il est introduit, en France, pour servir de porte-greffe et lutter contre le phylloxéra, ce puceron qui s'attaque aux racines des vignes et qui détruisit plus de deux millions et demi d’hectares du vignoble français (40 %) entre 1863 et 1890.

Le terme correspondant est attesté en français depuis 1881. Le terme Noah est un emprunt à l’américain Noah, d’écoulant de « Noé », nom du père mythique de la vigne.

Il est absent des dictionnaires généraux contemporains.

Ce cépage répond alors à tous les espoirs : résistant aux maladies, productif, avec de hauts degrés alcooliques. 

Facile à cultiver, il rencontre rapidement un grand succès dans la diversité et la multitude des vignobles français à l’époque et notamment dans les productions familiales et locales.

Description : grappes moyennes, cylindro-coniques; baies moyennes, rondes, blanc verdâtre, pruine gris blanchâtre, pulpe molle très visqueuse à saveur très foxée caractéristique.

Production : débourre tard ce qui ne l'empêche pas de craindre quelquefois les gelées de printemps et dans ce cas, ses repousses se mettent très facilement à faire des fruits. Vigoureux, son port est retombant, sa production est régulière. Il résiste bien aux maladies causées par des champignons et donc n'a pas besoin d'être "sulfaté". Il résiste également à la pourriture noire (ou black-rot). Il craint cependant la chlorose. Son gros défaut est de s'égrener à maturité.

Type de vin/Arômesdonne un vin très foxé, désagréable. On l'utilise parfois pour produire des vins mousseux. Distillé, il donne une eau de vie très parfumée rappelant celle issue des framboises.

Interdiction.

Les raisons invoquées sont « sanitaires et qualitatives ».

 ·       Ces cépages donnent des vins aux taux de méthanol supérieurs à la moyenne lors de la fermentation alcoolique. Or, le méthanol, à forte dose, est toxique pour le nerf optique. Le lien est fait : le cépage noah rend aveugle............

 ·       Le cépage noah est décrit comme un vin foxé (rappelant l’odeur du renard) avec un goût et un final désagréable.

La loi du 24 décembre 1934 interdit « de vendre sur le marché intérieur, ainsi que d’acheter, de transporter ou de planter les cépages énumérés ci-après : Noah, Othello, Isabelle, Jacquez, Clinton et Herbemont ».

Caractéristiques de ces six cépages interdits :

Une des caractéristiques de ces vignes est le fait qu’elles viennent toutes du continent américain. 

L’autre caractéristique réside dans le fait qu’elles sont issues de l’hybridation de vignes d’autres espèces que celle habituelle (La Vitis Vinifera), à savoir la Vitis labrusca et la Vitis vulpina

Ces nouveaux plants sont plus résistants que ceux du vieux continent et donnent des vins avec une quantité d’alcool acceptable, mais ils sont peu qualitatifs.

LE NOAH : le plus connu de tous les cépages interdits. Il a été obtenu à partir d’un semis de pépins de Taylor (hybride naturel de labrusca et de riparia) effectué en 1869 à Nauvoo, dans l’Illinois. Ces grappes sont de taille moyenne et de couleur vert pâle, à pulpe molle et visqueuse.

L’OTHELLO : obtenu à partir d’un croisement entre le Clinton et le black-hambourg (frankenthal) en 1859 par Charles ARANOLD, dans l’Ontario au Canada. Il donne des grappes de taille moyenne avec de gros grains, d’un noir bleuté à pulpe molle.

L’ISABELLE : créé aux Etats Unis par Isabelle GIBBS à qui elle donne son nom. Avec des grappes moyennes, la vigne donne des grains noirs avec une pruine très abondante.

LE JACQUEZ : hybride naturel de Vitis Aestivalis qui est le plus multiplié dans le monde. Il donne de grosses grappes, avec de petits grains bleutés et au jus coloré.

LE CLINTON : hybride naturel planté pour la première fois par Hugh WHITE à College Hill aux Etats Unis. Il fournit des grappes moyennes d’un noir bleuté et donne un jus coloré.

L’HERBEMONT : cépage originaire de Caroline du sud, multiplié au début des années 1800 par un français, originaire de Champagne, Nicholas HERBEMONT. Il donne des grappes de taille moyenne avec des baies petites irrégulières de couleur noir violacé/noir rougeâtre à noir foncé à pleine maturité recouverte d’une belle pruine. Sa chair est tendre et juteuse sucrée à saveur simple, jus incolore ou légèrement rosé.

Autre raison de l’interdiction : dans les années 20, la France connaît une crise viticole majeure de surproduction qui conduit à l’effondrement des cours.

Comment limiter la quantité de vins produite ?

Le monde paysan cultive et produit lui-même son vin, souvent avec des variétés rustiques, dont le cépage Noah, cultivé en treille.

Les grands industriels et les notables de l’époque, adeptes des cépages nobles, décident d’interdire la culture des hybrides, ces derniers étant l’apanage des paysans.

Ils invoquent les "risques" sanitaires des vins issus d’hybrides, ainsi que leur qualité médiocre pour les évincer du marché. 

De plus, durant les années 30, la France développe les appellations d’origine protégée et les grands bassins de production de vins font entendre leurs inquiétudes quant à la production de ce "vin paysan".

Quel avenir pour le cépage Noah ?

Le cépage Noah a quasiment disparu aujourd’hui de la production française. Les hybrides ont été victimes de leur qualité moyenne et du chauvinisme des acteurs du vin de l’époque. 

En 2003, le décret d’interdiction est abrogé. La culture des vignes est tolérée dans le cadre d’une consommation familiale, mais la commercialisation reste interdite.

Aujourd’hui, plusieurs professionnels de la filière réclament une sortie de l’oubli de ces "cépages maudits". Des associations militent en faveur de ces cépages, protégés des maladies et n’ayant pas besoin de produits phytosanitaires ou d’autre traitement.

Hors de France, de nombreux pays ont entrepris des recherches d’hybridation à partir des cépages résistants. C’est leur atout indéniable : le cépage Noah est résistant aux maladies.

Actuellement, il faudrait faire la part des choses en trouvant des solutions pour les réintroduire, sans impacter l’économie viticole, car cette fois, de réels enjeux sanitaires sont sur la table.

Car, dans un contexte où la filière viticole est fortement dépendante des produits phytosanitaires, ces cépages représentent un espoir.

Le Noah reste un cépage rare, présent sur environ 1500 hectares, répartis dans quelques zones discrètes telles que l’Ardèche, les Cévennes et la Vendée.

Ce cépage oublié attire l’attention renouvelée d’une nouvelle génération de vignerons qui valorisent son caractère rustique et son alignement avec les valeurs de nature et d’authenticité.

Protection de la biodiversité : exemple de cépage naturellement respectueux de l’environnement.

Renaissance du Noah : émergence de micro-domaines artisanaux exploitant ce patrimoine végétal.

Engagement écologique : pas de traitement, production durable.

Potentiel œnologique : de nouvelles expérimentations pour surmonter le goût foxé et révéler son originalité.

Au-delà d’une simple curiosité, le Noah incarne une invitation au retour à des pratiques ancestrales et alternatives.

Au centre d’un débat stratégique, politique et sanitaire, dans un contexte de limitation des intrants, (apports destinés à augmenter les rendements, principalement des engrais naturels ou industriels et des produits phytosanitaires, c'est-à-dire des pesticides), le cépage Noah reviendra-t-il un jour sur le devant de la scène ?