• Nom Collecteur: Christian Lorin, Joëlle Renoud, Michel Coutant, Dominique Borgat
  • Date Création: 26-11-2025
  • Commune concernée: GRIEGES
  • Catégorie principale: Nature et paysage
  • Bibliographie: - Samuel Guichenon, 'Histoire de Bresse et de Bugey' 1ère partie. - Abbé François Sornay, 'Souvenirs religieux de Grièges', 1898, Pages 49 à 52

    1  Des références historiques très anciennes

D'après la littérature ancienne une partie de la zone des prairies inondables situées sur le territoire de Grièges aurait appartenu à une époque aux ecclésiastiques mâconnais. Pour preuve cet extrait de l'ouvrage de Samuel Guichenon (1607 - 1664) : ''Histoire de Bresse et de Bugey'' <Hugues II du nom 3ème seigneur de Baugé (Bägé) ...> Chapitre XXVI  page 42

"Hugues II du nom succéda à Fromond, seigneur de Baugé, son père ... vers l'an de Salut 940. Il eut guerre avec Gérard, Evêque de Mâcon sur lequel il s'empare de l'abbaye de Saint Clément près Mâcon ... et d'une grande partie du Bois Chétif que l'empereur Louis le Débonnaire avait donné à Hildebald, Evêque de Mâcon ... Bois Chétif c'est aujourd'hui cette belle prairie qui est en deça du pont de Mâcon, lequel en ce temps là n'était qu'une forêt. Hugues ... bailla une portion du Bois Chétif à Lertald (ou Léothald) fils d'Albéric, Comte de Mâcon. A la mort de ce dernier son fils se réconcilia avec le successeur de l'Evêque Gérard. Hugues s'accomoda avec l'Evêque, et lui et Léotald firent don à celui ci de tout ce qu'ils possédaient à Saint Clément. De plus, Hugues donna à l'Eglise de Mâcon la troisième partie du Bois Chétif depuis la rivière de Vesle jusqu'à un lieu que l'original appelle (Dolosa), ce qui fut confirmé par le papa Adapit II."  

Ndlr : Le Bois Chétif est situé près de la Saône, entre les 2 bras de la Veyle sur des documents ayant servi en 1548 à la plaidoirie lors d'un procès entre les habitants de Pont-de-Veyle et Grièges contre ceux de Mâcon. Cf plus loin.

Héritage probable de cet état de fait, un secteur de la prairie de Grièges portait autrefois le nom de 'Commune de Mâcon' et les archives communales abondent de délibérations du Conseil Municipal au sujet de faits divers ou de conflits d'usage opposant des habitants des deux rives de la Saône principalement. (affaire des bouchers de Mâcon en 1806, Affaire du Sieur Mazoyer en 1823 ou encore Philibert Bourdon ...).

La principale source de conflits concernait la pratique ancestrale de vaine pâture réservée aux habitants d'une commune sur son territoire. Celle ci consiste à mener pâturer le bétail sur les terrains d'autrui après la récolte du grain ou du foin. Les propriétaires de prés résidant hors de la commune usaient de moyens pour profiter également de cette repousse en clôturant par exemple par des fossés leurs parcelles pour y faire paître leurs animaux. Ces personnes contestaient le droit de vaine pâture entre les deux bras de la Veyle, la limite étant fixée à la rivière mère. Hors les 2 parties s'opposaient quant à savoir lequel des deux bras correspondait à cette définition.

Deux procès importants sont relatés par rapport à ces contentieux. Celui de 1548 avait permis aux opposants de s'accorder sur quelques points mentionnés dans les documents cités plus haut.et ayant pour titre : Carte de la figure de la Veyle entre Saint Jean sur Veyle et la Saône'

En 1833 - 1834, un nouveau procès a eu lieu. Il est largement commenté dans l'ouvrage 'Souvenirs religieux de Grièges' écrit en 1898 par l'abbé François Sornay, alors curé de la paroisse.

La pratique de la vaine pâture a perduré à Grièges jusqu'après la saison de pâturage de 1983.

Une autre pratique concernant les prairies a nécessité l'adoption d'un règlement par le Conseil municipal. Il s'agissait d'interdire l'usage abusif du râtelage à l'aide de grands râteaux à dents serrées et aigües.

 En voici un extrait : "Le Conseil Municipal de Grièges voyant depuis 10 ou 12 années la décadence de ses prairies a consulté la Société d'émulation pour s'assurer des causes de dépérissement. Considérant que cette Société par son arrêté est convaincue que le dépérissement dit elle, ne peut être attribué qu'à l'abus du râtelage qu'une multitude de  gens armés de grands râteaux ... trainent après eux déracinent et coupent les plantes et la sécheresse qui survient ordinairement en été achève de les faire périr.  Art 1  Il est fait défense..."

Le préfet ajoute entre autres : "Il est par conséquent de l'intérêt de l'agriculture de faire cesser cet usage destructeur qui n'est pour l'ordinaire mis en pratique que par des personnes étrangères à la commune qui à l'époque des fauchaisons se répandent dans les prairies et y commettent des dégâts inouïs."

   2  Au XXème siècle

Jusque dans les années 1960 - 70 les troupeaux étaient gardés par de jeunes bergers pendant les vacances d'été. Le matin ces enfants faisaient la tournée des fermes d'un secteur de la commune pour rassembler les vaches et les emmener jusque dans la zone de la prairie dévolue à leurs quartiers. Le soir le troupeau faisait le chemin inverse et les animaux, une fois habitués rejoignaient généralement d'eux même leur place à l'étable où leurs propriétaires prévenus au son de la corne des bergers, n'avaient plus qu'à les attacher pour la traite du soir. Certains éleveurs   étaient équipés pour effectuer la traite sur place et ainsi éviter de longs trajets à leurs animaux. A la St Michel, Saint patron des bergers, la tradition voulait que les propriétaires des animaux récompensent les bergers par un présent tel qu'un paquet de gâteaux. Plus tard des clôtures ont été installées autour des prairies et le travail des bergers se limitait à conduire les troupeaux matin et soir.

La commune de Grièges est propriétaire depuis très longtemps du 'Communal de Plagne' d'une superficie de plus de 50hectares dans la prairie, autrefois d'un seul tenant, mais aujourd'hui divisé suite à la construction de routes et récemment de l'autoroute A406. Certaines portions de cet ensemble sont aujourd'hui plantées de peupliers, l'épandage massif à une époque des boues de la station d'épuration sur ces terrains en ayant fortement dégradé la flore.

En 1972 un remembrement a modifié le reste du secteur, créant un paysage ouvert en direction de la Saône et du Maconnais.

Un second, plus restreint, réalisé dans les années 2010, a permis de restructurer les parcelles après la construction de l'autoroute qui les traverse. 

Depuis quelques décennies une part importante du secteur est classée en zones Natura 2000 au titre des directives 'Oiseaux' et 'Habitats', dans le cadre de la politique européenne de protection de la biodiversité.