La découverte d’une cuve baptismale dans les dépendances d’une ferme à Vonnas, sa restauration, sa mise en place dans l’ancienne église Saint-Martin, ont suscité un intérêt pour ce mobilier liturgique que sont les fonts baptismaux.
Ils sont les dépositaires d’une longue histoire et font partie de notre patrimoine religieux.
Les baptistères paléochrétiens sont les ancêtres de nos fonts baptismaux.
En 313, sous Constantin, le christianisme est reconnu comme religion (Édit de Milan).
-Le rite du baptême.
Au début du christianisme, les premiers adeptes recevaient le baptême dans des points d’eau (fontaines, rivières…) ou dans des habitations privées, à l’abri des regards.
Au IVe siècle, après l’édit de Milan, dans tout l’Empire romain, Gaule comprise, se construisent des baptistères, édifices spécialement conçus pour administrer le baptême aux yeux de tous. Ceux-ci sont dédiés bien sûr à Saint Jean-Baptiste – comme celui de Poitiers – en souvenir du baptême du Christ par Jean dans le Jourdain. Le baptistère est construit dans la cathédrale (1) ou à proximité. Il se caractérise par un bassin octogonal, où l’on accède par des marches.
Au début, seul l’évêque avait le pouvoir de conférer le baptême aux catéchumènes.
D’abord, on a procédé par immersion totale, comme pour le baptême de Clovis (en 499). Peu à peu, le privilège baptismal a été accordé aux prêtres à partir du VIe ou VIIe siècle. Le nombre des baptêmes d’enfants dépassa vite celui des baptêmes d’adultes. Au VIIIe siècle, il fut permis de baptiser dans les églises, ce qui conduisit à l’abandon progressif des baptistères. Et les fonts baptismaux apparurent dans chaque église. On abandonna alors le baptême par immersion pour le baptême par aspersion, comme il se pratique encore aujourd’hui.
-Les baptistères de nos églises sont composés d’une cuve circulaire creusée dans un bloc de pierre taillé au sommet en octogone. Le nombre 8 symbolise la renaissance par le baptême. Cette cuve repose sur un fût, également en pierre.
L'emplacement des baptistères (ou fonts baptismaux).
Ils sont placés en général à l’entrée de l’église à gauche, donc au nord (côté Évangile).
Plus rarement, une chapelle baptismale abrite les fonts baptismaux, comme à Vonnas (nouvelle église), Chanoz, Saint Cyr-sur-Menthon.
Des fonts baptismaux ont été placées dans le chœur derrière l’autel (Saint-Jean-sur-Veyle, Laiz). À Chaveyriat, la cuve baptismale est engagée dans le mur de façade.
Le décor. Sur les pans figure très souvent le trilobe, symbole de la Trinité.
Le couvercle de la cuve baptismale.
Autrefois, les fonts baptismaux étaient fermés par un couvercle en bois, muni d’une serrure. Cette recommandation revient régulièrement dans les comptes-rendus de visites pastorales de Monseigneur Camille de NEUVILLE (1654-1656). Ainsi, pour Vonnas, il note " les fons baptismaux couverts à neuf, les eaues nettement tenues, la clef pour fermer n’est pas encore faicte" (visite du 3 août 1656). Il s’agit des fonts baptismaux de l’ancienne église, devenue Centre St Martin ; Mgr. De NEUVILLE fait la même remarque pour Biziat le 30 août 1656. Près de chez nous, à Replonges, les fonts ferment à clé.
Beaucoup de cuves n’ont plus de couvercle ; on retrouve les traces du scellement sur le rebord ou sur un pan de l’octogone. Parfois on a colmaté ces trous, comme à Saint-Genis-sur-Menthon ou Chanoz. Ces couvercles ont disparu à l’époque révolutionnaire, où ils étaient arrachés et vendus, comme le reste des objets du culte. Ils ont été refaits.
À Chaveyriat, les fonts baptismaux sont coiffés d’un couvercle pyramidal à 8 pans en bois ; d’autres couvercles sont plats, comme à Crottet ou Biziat avec de solides ferrures. Les nouveaux fonts baptismaux de Vonnas sont coiffés d’un chapeau arrondi.
Le support des cuves baptismales.
La majorité des cuves baptismales reposent un support où se décline à nouveau la forme octogonale. Beaucoup de supports de cuves ont aussi disparu lors de la Révolution, on pouvait aisément les dissocier de l'ensemble ; ils étaient moins encombrants que la cuve et plus faciles à réutiliser dans une construction. Donc beaucoup ne sont pas d'époque.
Commençons par évoquer les fonts baptismaux plus anciens, dits gothiques (XIVe, XVe, XVIe siècles)
Biziat (église Saint-Clair). La cuve comporte 12 pans, comme à Replonges, ce qui est inhabituel. Le nombre 12 fait référence aux 12 mois, aux 12 signes du zodiaque, aux 12 tribus d'Israël, aux 12 apôtres. Pas de décor. Le pied (pierre jaune) semble plus ancien que la cuve.Un couvercle avec de belles ferrures ferme la cuve. Fond de la cuve pourvu d'une plaque en métal.
Chanoz-Chatenay (église Saint-Martin). Après la Révolution, la cuve a servi d’abreuvoir dans les communs du presbytère, puis on a reconstitué l’ensemble, placé sous la galonnière en 1950. Les fonts baptismaux, ornés de trilobes, sont installés maintenant dans le croisillon nord du transept. Les encoches du couvercle sont encore visibles.
Chaveyriat (église Saint-Jean-Baptiste). Les fonts baptismaux, décorés de trilobes, sont engagés dans le mur et surmontés d’un couvercle conique en bois.
Ce couvercle, commandé par la commission diocésaine d'art sacré, a été refait par l'entreprise Charmeil.
Crottet : les fonts baptismaux du XVe siècle sont dans le narthex ; belle décoration gothique sur chaque face. Couvercle très élégant, orné d’une croix.
Laiz : "Le mobilier de l’église a été dispersé à la Révolution, fonts baptismaux compris. Ces derniers ont été retrouvés lors de la reprise du culte (1807) dans un domaine agricole voisin de l’église, il servait d’abreuvoir pour les bestiaux. On ignore où se trouve le pied d’origine, le pied carré actuel a remplacé un chapiteau corinthien qui n’était pas non plus du meilleur effet". Courrier de Jean MARTINERIE du 6 mars 2009). Les fonts baptismaux, datant du XVe siècle, ont été longtemps installés dans l’entrée, mais à droite. Ils ont été placés récemment dans le chœur, derrière l’autel.
Perrex.La magnifique cuve baptismale du XVe siècle, en pierre du Mâconnais, est décorée de motifs décoratifs gothiques, qui semblent avoir été peints en rouge. Les 8 pans du bas de la cuve sont ornés de trilobes. Les traces des encoches pour le couvercle sont bien visibles : les trous ont été bouchés avec du plomb.
Saint Jean-sur-Veyle : Fonts baptismaux très anciens, du XIVe siècle avec un décor sobre. La cuve a beaucoup souffert ! L'orifice d'évacuation de l'eau est visible au fond. On voit les traces de scellement du couvercle.
Sant Genis-sur-Menthon. Après la fermeture de l’église, suite à la Révolution, la commune procéda à la vente des objets entreposés dans l’édifice (9 mai 1794). "Claude Mathon acheta les petits bancs 8 livres et les fonts baptismaux 4 livres 15 sols". (GREFFET Ch., Histoire d’un village sous la Révolution française, Saint-Genis-sur-Menthon, 1789-1799). Depuis, les fonts baptismaux ont retrouvé leur place dans l’église, en 1999, lors de la restauration de celle-ci.
Saint Julien-sur-Veyle. Le baptistère présente une cuve ronde, fermée d’un couvercle en bois, un socle pentagonal, des moulures sur la cuve. Serait-ce un bénitier converti en baptistère ?
Vonnas. Centre St Martin. En 2005, dans une cour de ferme, une cuve octogonale à moitié enterrée, avait attiré l'attention. Les poules et les canards s’y ébattaient. Selon une tradition orale, elle provenait de l’ancienne église de Luponnas. Grâce à la diligence des "Amis de Vieux Vonnas" elle fut sauvegardée. La marbrerie LAFAY l’a pourvue d’un fût octogonal. Ce vénérable baptistère, très ancien, a retrouvé sa dignité dans le chœur de l’ancienne église.
Des fonts baptismaux ont été créés récemment.
Grièges. Les fonts baptismaux néo-gothiques sont situés dans le narthex, à gauche ; ils datent de 1888 ; sur les pans de l’octogone, l’inscription : 1888/celui qui/ croira/ et sera/ baptisé/ sera/ sauvé/ Marc XVI, 16. Un couvercle métallique revêt la cuve.
Mézériat (église Saint-Christophe ou Saint-André). Les fonts baptismaux actuels ont été refaits à l’époque de l’abbé Georges CLERC, parti en 1979.
De belle taille, ils sont hexagonaux et ne présentent qu'une minuscule cuve creusée dans la masse. Sur les pans de la cuve : un décor de trilobes très stylisés. L'emplacement des anciens fonts (niche dans le mur nord) a été découvert lors des travaux de réfection de l'intérieur de l'église. Ils ont été restaurés, la petite cuve a été récupérée chez un particulier par Mme Andrée MERLE.
Saint Cyr-sur-Menthon. Les fonts baptismaux néo-gothiques sont dans une chapelle de la nef. Sans doute datent-ils de la construction de cette église (1860). Sur chaque pan de l’octogone figure un quadrilobe, ornement hérité de l’art gothique.
Saint Laurent-sur Saône.
Baptistère néo-gothique, très ornementé, en marbre, réalisé en 1875 par le curé RICHTER, lui-même maitre sculpteur.
Vonnas (nouvelle église Saint-Martin).
La chapelle de CHIFFREVILLE (ou DUFFOUR) est devenue la chapelle baptismale en 2008 avec la création d’une cuve baptismale de style néo-gothique, en pierre de Saint-Martin-Belleroche. Ce fut une initiative de l’abbé Joël LAMBERT, alors responsable de la commission diocésaine des arts sacrés. Le pied a été taillé selon les plans de l’abbé Michel COMTET. Le couvercle en bois, de forme bombée, a été réalisé en 2009 par l'entreprise VERNAY-HUAULT (Saint Jean-sur-Veyle). Il s'agit de création d'un patrimoine de conception fidèle aux fonts baptismaux gothiques d'époque.
Bey. La croix du cimetière a été déplacée, espace du "Chou d'Âne", à proximité du chevet de l'église. Le socle de cette croix a toutes les caractéristiques d'une cuve baptismale renversée ! On voit même à la base les traces de couvercle. Il s'agit d'un remploi (comme pour la croix des Curnillats à Montagnat).
Nos fonts baptismaux portent les stigmates des violences subies surtout lors de la Révolution. Certains ont disparu à jamais, d'autres ont gardé ou repris leur place Taillés, façonnés, décorés par la main des hommes, ils ont été les acteurs du baptême de milliers d’enfants.
(1) Cathédrales de Lyon, Nevers, Grenoble. Aix-en-Provence, Venasque… De magnifiques baptistères sont visibles en Italie, Lybie, Tunisie…
NB. Ne confondons pas les fonts baptismaux avec les bénitiers ou les lavabos (ou piscines)
On peut découvrir de beaux fonts baptismaux gothiques en Dombes (Condeissiat, Villars, Joyeux…) ; en Revermont (Simandre, Treffort, Corveissiat…)...
Bibliographie. J.Collet, Les cuves baptismales, Les Amis du Vieux Vonnas, 2011. Livret rédigé avec consultation de :
Alain ERLANDE-BRANDENBURG, Anne Bénédicte MEREL-BRANDENBURG, Histoire de l’architecture française du Moyen Âge à la Renaissance (IVe s., début XVIe s.),Caisse nationale des monuments historiques et des sites, 1995.
Jean HUBERT, Jacques LAGER, L’Art pré-roman, Librairie des Arts et Métiers, Chartres, 1974.
Maria-Antonietta CRIPPA, Mahmoud ZIBAWI L’Art paléochrétien, les grandes saisons de l’art chrétien, Zodiaque, Desclée de Brouwer, 1998.
Jacques LE GOFF, René REMOND, Histoire de la France religieuse, tome 1 Seuil, 1988.
Alain CORBIN, Histoire du christianisme, Seuil, mars 2007.
Jean CHELINI, Histoire religieuse de l’Occident médiéval, Hachette littératures, collection Pluriel, 1991.
Théo, l’Encyclopédie catholique pour tous, DROGUET – ARDAN Fayard, 1992.
Revues ARCHEOLOGIA n° 22 (mai-juin 1958, n° 135 (octobre 1979)n° 326 (septembre 1996)
Les ouvrages: » Richesses touristiques et archéologiques du canton de ... »