L'église, marquée, par l'influence clunisienne, vaut le déplacement pour son choeur et son porche ouest (XII e siècle), classés monuments historiques depuis 1945. Longueur de l'édifice : 27,40 m ; largeur : 7,60 m ; nef : 19,20 x 7,60 m.
Elle est sous le vocable de Saint Julien de Brioude, représenté par une statue à gauche du chœur.
Une autre statue, plus ancienne (début XVIe), de Saint Jean Baptiste, provient de la chapelle disparue de Saint-Jean-Bichard, un hameau du village.
On ne sait pas à quoi ressemblait l'église avant la période révolutionnaire. Peut-être y avait-il un clocher semblable à celui de Saint-André-de-Bâgé. Un plan de 1808 semble l'attester.
D'importants travaux furent nécessaires au cours du XIXe siècle. On a mis du temps à reconstruire le clocher, abattu pendant la Révolution. Le village ne retrouva son clocher...et ses cloches qu'en 1838. L’allongement de la nef, la reconstruction de la façade datent de 1858.
En 1886-1888 un mur de soutènement fut construit côté nord, suite au déplacement du cimetière. Le dôme du clocher fut recouvert en ardoises (1880).
Les contreforts aux angles ouest datent de 1927, suite à l’effondrement de la voûte de 1925.
Un second effondrement se produisit en 1999 au même endroit. Un nouveau chantier commença. Il fallut démolir le reste de la voûte de la nef et refaire la toiture en tuiles canal. On enleva le lambris de la charpente et on laissa celle-ci apparente, telle qu’elle existait au XVII e siècle. C’est du plus bel effet. On en profita pour restaurer la statue de saint Jean-Baptiste. Le chantier s’acheva en juillet 2002. Espérons que cette belle église en ait fini avec les travaux.
À l’intérieur de l’édifice, la nef communique par un arc brisé avec la travée du chœur, qui supporte une coupole sur trompes. Celle-ci a été repeinte en bleu avec au centre, un médaillon représentant le Chrisme.
-Deux piliers de cantonnement supportent le grand arc de la voûte.
Celui de gauche comporte un rinceau de 7 palmettes sur un côté ; et sur l’autre, un entrelac de 5 anneaux de feuilles. Au sommet : le seul chapiteau historié de l’édifice, avec deux lions (ou griffons) menaçant un personnage, au visage déterminé mais résigné. Les deux animaux saisissent une mèche de la chevelure du personnage, qui semble se livrer, mains liées. Est-ce une allusion au martyre des premiers chrétiens ? J.F.RAYNAUD (1) penche pour une référence à Daniel dans la fosse aux lions. On peut voir une représentation semblable à Chaveyriat (abside) et à Saint Germain-sur-Renon (portail).
Le pilier de droite présente 5 cannelures d’un côté et 6 chevrons de l’autre. Le chapiteau est décoré d’un entrelac de deux feuilles.
L’abside en cul de four est décorée d’une arcature surbaissée en anse de panier. L’arcade centrale serait aveugle sans un hublot anachronique ; elle est encadrée par un duo avec des supports jumeaux : un pilastre (avec cannelures) et une colonnette. Les chapiteaux sont ornés de décors floraux avec palmettes et fougères. La lumière vient aussi des deux ouvertures latérales.
À l'extérieur, l'imposante façade ouest surprend avec son massif en saillie, presque carré, comme plaqué sur le mur pignon, comme à Saint Germain-sur-Renon. La nef a été rehaussée (1858) avec réemploi du portail ancien ; un arc plein cintre avec trois arcades néo romanes a été ajouté au sommet du pignon.
On remarque la différence dans l’appareillage, témoignage du remaniement : rangs de galets et de briques au niveau supérieur.
Deux arcs plein cintre encadrent un tympan nu. Le premier arc retombe sur des piédroits à imposte, le second sur deux chapiteaux. Ceux-ci ont souffert des intempéries à cause de leur pierre jaune, friable, provenant de la carrière des Bouteaux à Prissé, comme à Bey, Illiat, Laiz selon JC.COLLET (2).
Décoration des chapiteaux : trois feuilles d'eau montent du cercle de l'astragale au carré de l'abaque, elles portent en leur sommet un cône de pomme de pin renversé. Les trois feuilles sont réunies par une petite foliole. La pomme de pin est le symbole de la vie éternelle, de l'immortalité reçue de Dieu.
Le magnifique linteau est aussi en pierre blonde du Mâconnais ou des monts d'Or. Il a été lézardé lors de la reconstruction. Les cinq médaillons du linteau, datent du milieu du XIIe siècle, selon JF.REYNAUD (3). Il fallait adapter les sujets représentés au cadre rond : une gageure.
Au centre trône l'agneau avec, à ses côtés, les symboles des Évangélistes.
-"Ecce agnus dei qui tollis peccata mundi"/ ...qui a enlevé les péchés du monde.C'est l'agneau de l'Apocalypse. À gauche, une tête d'homme et le soleil, à droite le croissant de lune avec une tête à grosse chevelure. La cité n'a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine et son flambeau c'est l'agneau. [Apocalypse de Jean, dernier livre du Nouveau testament : vision de Dieu et de l'agneau rédempteur, entourés d'une cour céleste dont le Tétramorphe]. L'agneau porte la croix hastée (terminée par une lance) sur sa patte avant droite.
L'homme, alias Saint Mathieu (MATEVS sur sa banderole), affiche un sourire énigmatique. Les plis du vêtement sont bien dessinés. Hélas, il lui manque le haut de la tête et un bout de nez. Cependant, il s’agit du médaillon le mieux conservé.
Le lion de Saint Marc a l'air féroce avec sa tête rejetée en arrière et sa queue dressée sur le flanc. Ses pattes arrière devaient porter la banderole avec son nom. L'Évangile de St Marc commence quand Jésus est dans le désert au milieu de bêtes sauvages dont le lion. (MAR)CVS. L'évangile de St Marc commence quand Jésus est dans le désert au milieu de bêtes sauvages, dont le lion.
L'aigle de St Jean, ressemble plutôt à un canard ou un pigeon ; la moitié de la tête manque…mais il a des serres qui tiennent le phylactère IOANNIS.
Le taureau ou boeuf de Saint Luc. ll ne reste que le S de LUCAS. La tête est disproportionnée, les traits grossiers et une tête vue de face, comme posée sur l’échine.
(1) REYNAUD Jean François, Églises romanes de l’Ain, Dombes et Bresse, collection Patrimoine des Pays de l’Ain, 2024, pp.150,151.
(2) COLLET Jean Claude, Les églises romanes de la Dombes, 1978.
(3) REYNAUD Jean François, thèse de 3e cycle, Inventaire des églises romanes du diocèse de Lyon. 1967.
Autre ouvrage consulté : COMTET Michel, Gros plan sur les chapiteaux des églises romanes en Dombes, 2014.