Le captage des sources de Chaveyriat par la commune de Mézériat.
Au début du siècle dernier, le maire de Mézériat, Frédéric CURTIL, remarque "qu’une partie de la population du village manque d’eau potable …la consommation des eaux y a provoqué de nombreux cas de fièvre typhoïde " (séance du 14 août 1904). La question de l’alimentation en eau reviendra bien plus tard à l’ordre du jour.
Est-ce sa qualité de pharmacien soucieux de l’hygiène publique, qui a incité Léon RONGIER (maire de 1919 à 1944) à doter sa commune d’un service d’eau potable ? Il savait que l’eau des puits était parfois polluée et impropre à la consommation. Il connaissait sans doute l’existence des sources de Dhuisiat et de la Barre, situées sur Chaveyriat, indispensables à la réalisation de son projet. Peut-être M.RONGIER a-t-il voulu s’inspirer de Vonnas et de son maire Claude MOREL, qui mena à bien le captage de la Caillotte et l’alimentation du bourg de Vonnas en eau potable de 1911 à 1963.
¶Les lieux de captage. Les sources de Dhuisiat sont situées à 227 m d’altitude, la Veyle à 195 m : l’eau pouvait donc arriver jusqu’à Mézériat par gravitation et desservir les Curtallins les Genevons, les Manets au passage. La zone de captage se situe dans un vallon boisé, accidenté. Deux puits sont encore visibles ainsi qu’une ancienne conduite. Ce secteur marque la rupture entre le plateau de la Dombes morainique et la plaine de la Veyle. La pente y est accentuée. Les deux maisons les plus hautes de Dhuisiat (anciennement CHAVAGNAT) sont bâties à flanc de cette pente, une zone propice aux sources (le bois des Creuses). L'une alimente toujours l'étang de Malachère.
À Mézériat le projet fut l’affaire d’une décennie (1928-1938)
¶ Lors de la séance du 21 mai 1928, le maire expose au conseil municipal "qu’il serait utile de doter l’agglomération d’un service d’adduction d’eau potable…qui lui fait défaut…qui serait un bienfait précieux pour les habitants…"
Le conseil approuve le projet et vote 1500 fr. pour des études préliminaires (examen géologique, analyse de l’eau). Les élections de mai 1929 confortent M. RONGIER dans son mandat de maire.
Le maire pouvait s’appuyer sur deux lois :
-celle du 15-2-1902 sur la santé publique "L’acquisition de tout ou partie d’une source d’eau potable …peut être déclarée d‘utilité publique".
-sur la loi de finances du 31-3-1903, qui créait une caisse alimentée par les mises au PMU, dont le produit devait être affecté en subventions aux travaux d’adduction d’eau.
¶Le projet, adopté le 7 avril 1930, s'élève à 1 555 000 fr. Il s’agit du devis de l’ingénieur BERTHET-BONDET de Bourg.
Il comprend les frais de captages, les achats de terrains nécessaires à ceux-ci, les indemnités pour le passage de la canalisation, les indemnités aux irrigants à l’aval, la tuyauterie, robinetterie, les abreuvoirs, les lavoirs et fontaines publics, un réservoir aérien de 209 m³, les appareils élévateurs et électriques... Une demande "de déclaration d'utilité publique pour la dérivation des sources du domaine Giraud et du bois des Crosses" s'ensuit.
¶Le 30 octobre 1930, l'enquête a lieu sur Chaveyriat. M.GONIN, maire de Montracol, est désigné par le Préfet pour recevoir les doléances des habitants de Chaveyriat. Dans son rapport, le commissaire-enquêteur ne prend pas parti et affiche une prudence de Gascon :
"En résumé, nous estimons qu'il y a lieu de donner suite au projet, à condition de donner entière satisfaction aux justes réclamations. La commune de Mézériat saura trouver les apaisements nécessaires.
¶ Le projet est reconnu d'utilité publique par un arrêté préfectoral le 29 juillet 1932.
"La commune de Mézériat est autorisée à dériver les sources de la Barre et du bois des Crosses, situées sur le territoire de la commune de Chaveyriat" (article 2).
La commune pourra compter sur une subvention sur les fonds du Pari mutuel par décision du Ministre de l’Agriculture du 5 janvier 1932 (article 6).
La plupart des séances du conseil en 1932 traitent de l’adduction d’eau.
¶Les acquisitions de terrains.
Le 21 décembre 1932, Mézériat acquiert les parcelles sur Chaveyriat : A 474 de 5, 70 ares pour 3570 fr. (2337 €) à la veuve PERROUD et la parcelle A 498 de 25, 70 a au docteur Xavier DELORE (Lyon) pour 2570 f. (1682 €). Une autre parcelle de 9,80 a. (A 473 et A 474 p) est vendue par Victor BUATHIER pour 995 fr.
Début octobre 1933, des propriétaires de Mézériat cèdent en partie à titre gratuit des parcelles pour l’emplacement des lavoirs et abreuvoirs dans les hameaux : Fay, les Roussets, les Nallins, les Dalles. D’autres sont installés aux Curtallins, à Montfalcon et aux Pigots.
29-5-1934. Par contre, la cession de l’emplacement du réservoir et du lavoir du bourg se font à titre onéreux. Le docteur FERRY et son épouse vendent une parcelle de 703, 2 m² au curtil de la Pernette, sans doute pour l’emplacement du réservoir.
¶Les travaux et le financement.
Le lot n⁰ 1 comprend les frais de captage et les puits, les terrassements, les conduites, la maçonnerie ; l’aqueduc du pont sur la Veyle, la fontaine de la place publique, le lavoir au village, les lavoirs et abreuvoirs dans les hameaux.
Les travaux de captage seront menés par l’entreprise Jean FOURNERY de Châtillon-sur-Chalaronne. Le reste des travaux du lot incombe à l’entreprise LARMARAUD (Ambérieu-en-Bugey).
Le lot n⁰ 2, attribué aussi à Larmaraud comprend la construction de deux réservoirs d’eau en béton armé, l’un de de 225 m³ sur le sol et l’autre aérien de 200 m³.
Le lot n⁰ 3 : l’installation des appareils élévatoires et électriques, attribuée à la société Wortington-Batignolles (Paris). Deux groupes d’électropompes centrifuges avec moteurs de 3 chevaux à 1450 tours/ minute sont prévus pour aspirer et élever 16 m³ d’eau par heure dans le réservoir.
Par mesure d’économie, la commune de Mézériat renonce à dériver l’eau des sources du domaine Giraud et de la Barre et utilise seulement celle des sources du bois des Crosses/Creuses à Dhuisiat, au débit suffisamment abondant (plus de 100 l/minute).
-La dépense totale estimée à 1 405 000 fr sera financée comme suit : subvention du Pari mutuel (42% du total) : 584 435 fr. Emprunt de 820 565 fr remboursable en 30 annuités.
¶Le 26 février 1937, le conseil prend connaissance du coût des travaux effectués.
Lot n⁰ 1 : travaux de captage : 72 276 fr ; reste du lot : 970 658 fr
Lot n⁰ 2 : 93370 fr. Lot n⁰ 3 : 34 068 fr.
Les compteurs d’eau sont fournis par la Société lyonnaise de compteurs d’eau pour 20 061 fr.
En décembre 1936 un arrangement avait été trouvé avec les consorts CHAVAGNAT, qui obtiennent 4500 fr. avec fourniture et pose d'une conduite de refoulement de 100 m + réservoir. 5000 fr. d’indemnités seront versés aux ayant droit à l’aval. Des dépenses non prévues (marché des compteurs d’eau revu à la hausse) et non subventionnés atteindront 45 931 fr.
On est proche de la dépense estimée plus haut de 1 405 000 fr.
Dès le 1er juin 1936, un fontainier municipal avait été recruté pour l’entretien de toutes les installations du service d’adduction, à raison de 1500 f. l’année
Tout le monde n’a pas voulu se raccorder au réseau "Mes parents ont trouvé l’adduction trop chère" (Paul JOSSERAND, ancien maire, aux Manets à l’époque témoignage du 22 octobre 2017).
La réception définitive a lieu le 27 février 1939. Les compteurs fonctionnent alors depuis deux mois.
¶Les lavoirs de Mézériat. Depuis le réservoir du château d’eau, l’eau était acheminée par gravitation vers les lavoirs et abreuvoirs des hameaux : les Nallins, les Dalles, Montfalcon, les Roussets, Fay, les Pigots. Tous ces lavoirs, en plus de celui des Curtallins ont été conservés et mis à l’honneur par le fleurissement. Un patrimoine remarquable et bien entretenu.
Épilogue. Le 22 août 1961, la commune adhère au syndicat intercommunal de distribution d’eau Veyle-Reyssouze-Vieux Jonc. Le réseau de distribution d’eau de Mézériat est racheté par ce syndicat pour 288 000 fr. (111 400 nouveaux francs). En 1965, il s’agit d’étendre le réseau aux maisons isolées (écarts). Les travaux seront confiés au plombier FORT de Mézériat et à l’entrepreneur PELLETIER de St Cyr-sur-Menthon. À cette époque, Jean BÉGUET est maire depuis 1945. Il laissera sa place à Jacques RONGIER, fils de Léon.
¶Le "château d’eau" de Mézériat (photo) aura donc servi pendant 30 ans. Il occupait l’emplacement actuel du relais pour deux opérateurs téléphoniques (350, route de l’Effondras).