• Nom Collecteur: J Collet
  • Date Création: 08-11-2025
  • LATITUDE: 46.197655
  • LONGITUDE: 5.062625
  • Adresse ou lieu-dit: rue de la mairie
  • Type Propriétaire: Public
  • Communication Transport: Non concerné
  • Habitat: Non concerné
  • Patrimoine religieux funéraire: Eglise paroissiale
  • Commune concernée: CHAVEYRIAT
  • Patrimoine rural: Non concerné
  • Catégorie principale: Patrimoine religieux et funéraire
  • Architecture militaire: Non concerné
  • Patrimoine industriel commercial: Non concerné
  • Patrimoine civil public: Non concerné
  • Patrimoine naturel: Non concerné
  • Date construction: X e siècle
  • Protection labellisation: MH, inventaire supplémentaire, 23-6-1947.
  • Source document: J.Collet, Livre exposition 16 et 17 septembre 2017. Revue Dombes 44, 2022 , pages 53-54.
  • Bibliographie: Josserand Louis, Quelques aperçus historiques sur la commune de Chaveyriat, Visages de l'Ain, n° 129, septembre, octobre 1973. Josserand Louis, L'église de Chaveyriat, Visages de l'Ain n° 177, septembre-octobre 1981 et n °182, juillet août 1982.
13 avril 2021 / Jacques Collet / Eglise de Chaveyriat vue côté nord

L'église de Chaveyriat domine la vallée de l'Irance ; cependant elle n'occupe pas le point le plus haut du village, mais la pente sud d’un bourrelet (vallum) morainique, témoin de l'avancée extrême du glacier rissien vers le nord.

 L’église de Chaveyriat : un site clunisien, avec des vestiges de époques romane et gothique.

À voir l'église, on ne peut pas se douter qu'elle est fort ancienne, tant elle a subi des transformations. Elle en impose par ses dimensions : sa nef unique, haute de 7,50 m, est presque aussi large (10,25 m) que celle de Saint-Paul-de-Varax ou de Saint-André-de-Bâgé. L’édifice atteint 31,5 m de long. Ses murs sont d’inégale épaisseur : plus épais côté nord, ils s’élargissent aux extrémités ouest, suite à la reconstruction du début du XIXe siècle.

On remarque aussi que le clocher est implanté latéralement et non au-dessus du chœur.

L’église mérite un détour à cause de sa façade avec ses peintures murales et de son abside avec ses chapiteaux du XIIe siècle.

Chaveyriat est mentionnée dans des actes entre 933 et 937 ; mais son église, sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste, existait auparavant. La paroisse faisait partie de l’alleu (propriété) de LEDGERIUS et de sa femme BERNA, la villa Cavariacus (1). En 937, l’archevêque de Lyon céda l’église et ses dîmes à MAYEUL, abbé de Cluny. Cette donation fut confirmée en 957 et à la fin du Xe siècle. Ainsi l’église Chaveyriat allait dépendre de l’abbaye de Cluny pour plusieurs siècles. Celle-ci avait bénéficié d’autres donations sur le territoire de la paroisse : en 974, un gentilhomme nommé ROCLENUS (Roclène) lui remit tout son domaine avec ses dépendances. Cette donation fut confirmée par l’archevêque de Lyon puis par le pape GREGOIRE V en 998.

 Le 6e abbé de Cluny, Hugues de SEMUR (1049-1109), serait venu en visite à Chaveyriat. L'église fut sans doute reconstruite au début du XIIe siècle : avec ses deux absidioles, elle devait alors ressembler à celle de Romans. De prieuré, elle devint doyenné.

Elle n'était pas réservée au seul usage monastique : elle était aussi paroissiale.

On ne peut dissocier l'histoire de l'église de celle du doyenné.

.En 1158, les moines de Gigny, venant de Cluny avec les reliques de Saint Taurin, s'arrêtent à Neuville-les-Dames et Chaveyriat.

En 1278, "la maison de Chaveyriat est en bon état". Mais l'état du bâtiment se dégrada à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe. En 1377, les troupes du sire de Beaujeu pillèrent le doyenné et l'église et se livrèrent à des exactions sur la population.

En 1451, l'église était encore entourée des bâtiments du doyenné, qui comprenait une grange (2) et des étables en mauvais état, mais une maison bien ordonnée. "Les terres sont bien cultivées, les droits sont bien maintenus".

En 1656, lors de sa visite pastorale, Monseigneur Camille de NEUVILLE, archevêque de Lyon, déplore le mauvais état de l'édifice. "La nef n'est point lambrissée, ni même bien couverte"... Il y a des gouttières. La cure ne vaut pas mieux. Le prélat recommande de clore le cimetière par une haie ou une palissade et de "réparer la maison curiale". Le curé Louis COULON, nommé par l'abbé de Cluny, qui sert la paroisse depuis trois ans, est absent. Il reçoit 200 livres de l’abbé, le cardinal MAZARIN (visite du 1er septembre 1656).

La Révolution survint, la démolition du clocher commença en février 1794, mais selon P.CATTIN, il s'écroula totalement en 1814, écrasant la sacristie, une partie de la toiture et endommageant les murs. Des 1816, des travaux de réparation du presbytère et de l'église furent déclarés urgents. Cependant  les atermoiements se succédèrent. En février 1817, M. le Sous-Préfet de Trévoux enjoignit le maire de faire procéder rapidement aux travaux nécessaires. A cette époque, les absidioles latérales existaient encore.

¶ En 1829 et 1834, l'évêque, Monseigneur DEVIE, se rendit à Chaveyriat. "L'église est en bon état en attendant la reconstruction du clocher. Le presbytère est assez bien réparé...Cette paroisse a gagné beaucoup sous la conduite du nouveau curé..." (visite du 6 mai 1829). Sans doute n'avait-il pas regardé de près l'édifice !

La reconstruction du clocher s'éternisa : décidée en 1830, elle ne s'acheva qu'en 1845, en même temps que la voûte du choeur. Ce clocher a été reconstruit latéralement, côté nord. Il aurait déjà occupé cet emplacement avant la Révolution. Faisait-il partie d'une construction primitive, réservée aux moines, à laquelle on aurait adossé une nef, comme le pense L.JOSSERAND ?

En 1867, la toiture était à nouveau délabrée, le lambris menaçait ruine, il y avait encore des gouttières !

En 1991, d'importants travaux furent réalisés avec le ravalement des murs extérieurs et la pose d'une nouvelle toiture sur le clocher. Le porche en bois de l'entrée (galonnière) a été restauré en 1978. Il y eut une dernière restauration en 2003.

1) Villa : domaine, unité d’exploitation (époque gallo-romaine et carolingienne).

 Le patronyme Cavariacus mentionné en 943 et 993 est à l’origine du patronyme Chaveyriat.

2) Grange : exploitation agricole.

 Les peintures murales du porche, la statue de Saint Jean-Baptiste

La façade actuelle a été construite à la suite d'un agrandissement de la nef. On a déplacé le portail et la galonnière lors des travaux de la première moitié du XIXe siècle. On remarque bien, côté nord, le chaînage d'angle de l'ancienne façade romane.

La galonnière a été restaurée en 1978 ; sa charpente date des années 1472 à 1474 (bois datés à l'aide de la dendrochronologie). Celle-ci a protégé les peintures de la façade, mises à jour et restaurées par Christine GUILLOUD (1995-1997).

Une niche semi-cylindrique abrite une statue de Saint Jean-Baptiste, grandeur nature, en pierre, qui remplaça une figuration peinte de la fin de la période gothique. La niche date d'une période plus récente : auparavant, le mur au-dessus de la porte était aveugle.

Le saint, vêtu de son habituel manteau en peau de mouton, porte l’agneau symbole du Christ. Curieusement, l'agneau regarde vers le ciel. La main droite du saint manque : selon L.JOSSERAND, des enfants l’auraient brisée avec une pierre en jouant. Les morceaux, recueillis par le marguillier Joseph LÉSY, ont été perdus.

Un tableau-reconstitution (46 x 64 cm) près de la porte d'entrée, nous aide à mieux cerner les peintures murales à hauteur de la niche. On a une idée des couleurs d'origine. La partie nord (à gauche de la niche) est la mieux conservée. Une piéta grandeur nature y est représentée, avec la Vierge éplorée qui a recueilli le Christ ; ensuite un personnage, agenouillé dans un décor gothique, invoque un saint ; puis un couple debout implore un autre saint. Sur la bande inférieure on distingue un écusson représentant un pot en étain (?). Est-ce le blason d'un artisan ? Les personnages en prière sont certainement les donateurs, peut-être les nobles, possesseurs des fiefs : Brosses, Chavaux, Corent, Corlaison, les Guérandes, Tournon. Invoquent-ils les saints contre la peste et les épidémies ? Ces peintures, contemporaines de la galonnière, datent de la fin de l'époque gothique, soit vers l'an 1500.Le Saint Christophe peint sur une maison de Saint-Sorlin-en-Bugey est un autre exemple de décor gothique extérieur sur un monument.

L’intérieur de l'église.

Nous avons mentionné cette nef unique, longue de 18 m, avec sa charpente datée de 1625. Sans avoir l'oeil exercé, on se rend compte que l'axe de la nef ne correspond pas avec celui du chœur. Les deux parties ont été mal raccordées ! On retrouve une dissymétrie semblable, mais bien moins marquée à Vandeins.

On passe de la nef au choeur et au chevet (1) sans transition par un grand arc plein-cintre qui ouvrait aussi autrefois sur les absidioles latérales. L'abside voûtée en berceau comme le chœur, terminée en cul-de-four, est ornée d'une arcature romane.

Trois arcades largement ajourées, sont soutenues par des colonnettes à chapiteaux, séparées par des pilastres cannelés. L'influence clunisienne est manifeste.

 Il y a donc six chapiteaux d'époque romane, sculptés sur deux faces (chapiteaux dits "corniers ").

 Un merveilleux et mystérieux bestiaire nous attend.

Commençons par le pilastre et les colonnettes jumelles à gauche de la baie axiale.

Les chapiteaux représentent l'aigle (à gauche) et la "dame en prière" (à droite). Il faut se munir de jumelles pour percevoir les détails de ces chapiteaux richement décorés !

En observant de près, on remarque que les plots (cubes au sommet du chapiteau) des abaques ont été rehaussés quand l'église a été remaniée (première moitié du XIIe siècle) ; les pilastres cannelés ont reçu aussi une rallonge.L'aigle occupe toute la corbeille du chapiteau. L'artiste a représenté l'empennage par des folioles allongées. Le rapace a les ailes déployées, les serres pendantes, il descend avec majesté en vol plané vers le sol. L'aigle, symbole de bienveillance et de protection, évoque peut-être l'Esprit qui descend sur terre, pour protéger l'Église. Mais l'aigle évoque aussi la résurrection : on croyait que son plumage se renouvelait.

Est-ce le même sculpteur qui a oeuvré à Saint Germain-sur-Renon (portail) et qui a représenté un aigle semblable ?

Sur le chapiteau de droite, une figure féminine occupe l'arête médiane ; deux lions (ou griffons) saisissent les tresses de sa chevelure. Cette dame, d'une certaine noblesse, porte une couronne qui lui recouvre le front ; elle prie à demi agenouillée. Ses bras sont serrés dans des manches à bourrelets. Elle est dans une attitude de prière intense, de supplication même. Est-ce une évocation de la ferveur et de la persécution des premières communautés chrétiennes ? On retrouve une pareille scène à Saint Julien-sur-Veyle.

 Poursuivons avec les chapiteaux à droite de la fenêtre axiale.

D'abord, nous découvrons une scène étrange : un homme tient par la barbichette une chèvre debout sur ses pattes. Celle-ci semble parler à l’homme. Cet homme est vêtu d'une courte tunique, serrée à la taille ; son visage, marqué par les plis de ses joues, est empreint de gravité, il pointe un grand couteau vers le cou de l'animal et s'apprête à le sacrifier. Sur son dos : un petit cochon. Comment interpréter cette scène ? La chèvre, qui remplace la gazelle des temps bibliques, est devenue l'emblème du parfait chrétien, de l'innocence. L'homme semble un officiant païen. Le petit cochon stigmatise l'impureté et la dégradation du sacrificateur. Est-ce une autre allusion à la persécution des chrétiens et au témoignage ultime de leur foi ?

Sur le second chapiteau, on voit une tête de bœuf dont les cornes torsadées rejoignent les angles du chapiteau. De sa bouche s’échappe de la buée, les effluves de l’effort : deux grandes feuilles, en forme de fanons, remplissent la corbeille de chaque côté. Dans la théologie du Moyen-Âge, le bœuf est l'animal dédié au travail et au sacrifice. La difficulté de diffuser l’Évangile serait figurée par le dur labeur du bœuf dans le labour du champ pour y semer le bon grain.

Les chapiteaux aux extrémités de l'arcature

À gauche : un double registre de feuilles d'acanthe déployées vers un arbre de la vie. À droite : des feuilles d’eau se dressent sur l’astragale ; une pomme de pin attachée à l’abaque occupe l’arête : symbole de résurrection, de la vie éternelle, promise par Dieu

Il s’agit d’un décor floral typiquement clunisien, exubérant, symbole d'une intense vie spirituelle.

À l'époque romane, ces chapiteaux étaient peints ; ceux d'Issoire (Auvergne) donnent une idée de la profusion des couleurs utilisées. À Chaveyriat, des traces de couleur rouge sont restées. Il est malaisé d’interpréter ces sculptures et le message adressé aux fidèles de l’époque. Que leur inspiraient les figures de ce livre de pierre destinées à leur édification ? Dans ce domaine, nous avons beaucoup emprunté à l’abbé Michel Comtet.

Les chapiteaux extérieurs de la fenêtre axiale

Également d'époque romane, ils sont visibles depuis l'imposant chevet de l'église.Il faut se munir de jumelles à nouveau. On retrouve un décor floral avec des feuilles d’acanthe et des feuilles d’eau. Soumis aux intempéries, leur relief est moins bien conservé.

Les chapiteaux de Chaveyriat ou de nos églises rurales n'atteignent bien sûr pas la taille de ceux de grands édifices romans, comme Cluny ou Autun ou encore de Saint-André-de Bâgé.

(1) Choeur et chevet ont une longueur de 14 m et une largeur de 5,50 m.

Bibliographie :

Abbé Comtet Michel, Gros plan sur les chapiteaux des églises romanes en Dombes, cahier 4, 2014.

Josserand Louis, Quelques aperçus historiques sur la commune de Chaveyriat, Visages de l'Ain, n° 129, septembre - octobre 1973.

Josserand Louis, L'église de Chaveyriat, Visages de l'Ain n° 177, septembre-octobre 1981 et n °182, juillet août 1982.

Cattin Paul, Chaveyriat. Église Saint Jean-Baptiste (plaquette).

Raynaud Jean François, Églises romanes de l'Ain, Dombes et Bresse, Collection Patrimoine des Pays de l'Ain, 2024.