Du bon usage clos de la cure : du terrain d’expérimentation agricole au verger participatif.
1.Dans sa séance du 9 août 1879, le conseil demande que la commune soit mise en jouissance du clos de la cure.
Ce clos, d’une superficie de 79 ares 44 centiares jouxte le jardin de la cure et le presbytère dont il est séparé par des buissons et un mur. Le curé loue une partie du logement pour 100 fr.
Au conseil du 11 juillet 1880, on rappelle que le presbytère avec ses dépendances a été acquis par la commune (délibérations du 25 et 28 juillet 1825).
-Le Conseil revendique à nouveau la jouissance du clos en nature de terre, pré et verger jardin et bâtiments le 15 août 1884 : "C’est à tort que la jouissance du clos… a été abandonné au desservant de la paroisse qui le loue pour thésauriser pendant que la commune qui n’a pas de revenus, augmente …ses impôts".
Ces accusations de la municipalité amènent une protestation du conseil de fabrique. Le conseil répond que la commune n’a jamais voulu imposer une servitude gênante à M.le desservant…
2.Les relations se tendent entre la municipalité républicaine, le desservant et le conseil de fabrique. Dans la séance du 12 décembre 1884, le maire expose qu’il a souhaité une conciliation avec M. le curé. Il a proposé un marché : le curé conserverait la jouissance usufruitière du clos communal, à condition qu’il cesse de faire sa quête de blé annuelle qui "ne pèse que sur les pauvres" et "qui est considérée comme reste de l’ancienne dîme" (1)
Le maire reproche aussi au desservant de s’en servir "comme moyen de pression tyrannique à l’époque de la première communion".
Or le curé refuse de renoncer à sa quête de blé et à une compensation de 50 fr. proposée par le conseil de fabrique (2). Le conseil revendique à nouveau la jouissance du clos communal de la cure. Ce sont là bien des atermoiements.
Tout en adressant de graves reproches à un desservant plutôt intransigeant, le maire semble pourtant conciliant.
(1) Dîme : un dixième des récoltes ou des revenus destinés à financer l’église, le desservant et l’assistance aux pauvres. La dîme a été abolie le 4 août 1789, comme les autres privilèges. Il est surprenant qu’elle ait subsisté même de façon déguisée à Chanoz !
(2) Fabrique : organisme paroissial, appelé luminaire au XVII e siècle, supprimé durant la Révolution puis rétabli le 30 octobre 1809. Le conseil de fabrique était composé de 5 membres, dont le curé, le maire ou un conseiller et trois paroissiens. Il fixe le tarif des sonneries pour les baptêmes, mariages, enterrements et celui de la location des chaises ou bancs de l’église. Ses autres ressources : les quêtes, l’argent des troncs.
3.Le 29 mars 1885 une enquête commodo in commodo a lieu pour la "distraction des parties superflues du presbytère". "Il y a eu des oppositions, une réclamation de M. Morgon", que le conseil juge infondées.
4. Le projet du maire en 1885.
Le 10 mai 1885, le maire Alphonse Pérusset se lance dans un vibrant plaidoyer. Il veut faire de ce terrain "un champ d’expérience pour l’agriculture, l’horticulture, l’apiculture… On pourrait de la sorte joindre la pratique à la théorie : apprendre aux enfants à semer, à planter, à greffer, à tailler…On pourrait en petit faire quelques cultures comparatives de différentes variétés de blé, maïs, sarrasin, fèves …"
"Le maire, partisan de l’instruction par les yeux, croit qu’en donnant au clos de la Cure cette affectation, le conseil ferait une œuvre utile pour l’intérêt général…Le conseil approuve le projet de faire du clos un champ d’expérience ".
Une vision prémonitoire, mais sans lendemain. Ce projet de M. Pérusset ne sera pas suivi d’effet et pas repris par ses successeurs.
5.Cependant : il sera réalisé en partie presque 150 ans après !
En effet, à l’emplacement de l’ancien clos de cure, un verger participatif a vu le jour, inauguré le 21 mai 2026. Il occupe la pente à l’est de la mairie (ancien presbytère) sur une surface de 5000 m². Il est planté d’arbres fruitiers de plein vent ou en espalier (à l’abri du mur côté nord), de vignes sur la pente sud. Les écoliers ont été associés et ont aménagé un jardin de plantes aromatiques (simples). Une mare a été creusée en contrebas.
Cette réalisation ne correspond pas vraiment au projet initial de M. Pérusset : il s’agit d’un simple verger et non d’un terrain d’expérimentations agricoles. Il n’empêche.
Cette création illustre l’engagement municipal autour de l’environnement, de la biodiversité et de la sensibilisation à la participation citoyenne. Il s’agit d’un aménagement à hauteur de 80 000 €, subventionné à 70% par l’agence de l’eau, qui s’inscrit dans un projet plus large concernant la gestion de l’eau, la préservation des haies, de mares… : "Chaneau’tour".