1 Le bâtiment
De lointaines origines romanes
Si la présence d’une église au village est attestée depuis le IXe siècle, nous ignorons si ce bâtiment primitif possédait un lien quelconque avec celui que nous connaissons aujourd’hui. Il est probable que non et qu’il fut détruit avant le début de la nouvelle construction. Cette dernière nous étant parvenue après de multiples remaniements, une datation précise et certaine en a été rendue à peu près impossible. D’une « pureté romane originelle », nous ne pouvons rien dire, ne sachant même pas si elle a un jour existé. La seule tentative de datation crédible repose sur l’examen de la travée du chœur. Si l’on en excepte la voûte d’arêtes (datant de l’époque révolutionnaire), seule cette travée paraît être véritablement ancienne. Elle se caractérise par sa grande largeur qu’accentue encore la présence de deux arcs de décharge latéraux. Ces arcs, très brisés, permettent de dater la construction de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle.
Pour ce qui est des dimensions, la nef mesure 22,30 m sur7,50 m, le chœur 3,75 m sur 7,10 m, et la surface est de 363 m2, chapelles latérales comprises (ces dernières formant transept). La flèche du clocher a 7,50 m de hauteur. La tribune au-dessus de l’entrée fait 44 m2. Les chapelles nord et sud sont d’égales dimensions : 4,30 m sur 3,70 m. L’abside est à cinq pans de forme irrégulière avec deux contreforts extérieurs placés dans le milieu des pans coupés. Le clocher, élevé sur le chœur, est ajouré sur chaque face d’une ouverture géminée.
Un perpétuel chantier
Depuis sa construction, le bâtiments a été l’objet de dégradations, certes, mais aussi de soins attentifs, réparations, agrandissements, modifications diverses, qui font qu’il est bien difficile, aujourd’hui, de se faire une idée précise de ce que fut l’église dans les siècles passés. Voici les principales interventions connues qui se sont succédé depuis le XIIe siècle :
1470 : réparation des vitraux brisés.
1520 (environ) : construction de la chapelle N.D. de Pitié, côté sud, par Bertrand Monnier.
1679 : réparations. François Monnier fait poser une chanée (sorte de gouttière) en pierre entre l’église et la chapelle, avec deux corniches au bout pour l’écoulement des eaux. Il fait mettre aussi une pierre au tombeau de la chapelle familiale.
1794 : le clocher, jusqu’alors couvert en lauzes (pierres plates), est démoli sur ordre des instances révolutionnaires. On reconstruit la voûte au-dessus du chœur et le toit.
1802 : un nouveau clocher est construit en lieu et place de l’ancien (le clocher actuel).
1823 : travaux sur la toiture.
1845 : on décide d’agrandir l’église. On enlève la façade et le porche et on agrandit la nef d’une travée de 5,30 m. La nouvelle façade est construite avec les matériaux de l’ancienne. A cette occasion, et à la suite d’une mission diocésaine, une statue de la Vierge est placée dans une niche contre la façade (au-dessus de la rosace) et une croix de pierre érigée au sommet.
1860 : la chapelle latérale nord, dédiée à saint Joseph, est construite afin de faire pendant à celle de N.D. de Pitié avec laquelle elle formera désormais un transept.
1909-1910 : démolition de la voûte de briques de la nef et construction d’un plafond. Réparation des toitures. Reprise de maçonneries des anciennes fenêtres. Rocaillage de la corniche du chœur.
1976 : réfection de la flèche du clocher avec pose de tuiles plates vernissées.
1988 : réfection du sol de l’église dont les dalles de pierre, posées à même la terre, bougent et occasionnent des dommages. Les dalles sont donc enlevées et, après stabilisation du sol, replacées dans leur position d’origine.
Au cours des années 2000, la rénovation des façades a été effectuée avec décapage, jointoiement des pierres et traitement contre l’humidité.
Des occasions de découvertes
Lors de la réfection du sol, en 1988, les ouvriers qui creusaient la terre mirent au jour, devant l’autel de saint Clair, des débris d’ossements humains.. Sans doute appartenaient-ils à Pierre Monnier et à sa femme Claudine Dumont qui avaient fondé cet autel (dédié en ce temps-là à saint Claude) avec la permission de Jean de Saint-Jean, curé de Biziat (1471-1506). Une tradition rapportait en effet que les donateurs avaient été inhumés devant cet autel. D’autres menus restes osseux furent encore découverts dans l’église. On ouvrit aussi, à cette occasion, le tombeau des anciens curés de Biziat où les ossements de quatre ou cinq corps étaient encore visibles.
La restauration des façades a permis, quant à elle, de retrouver les anciennes ouvertures dissimulées sous le crépi : deux portes rectangulaires et une fenêtre en plein cintre qui existaient auparavant et qui, à un moment, furent murées. Ces éléments nous aident à nous faire une représentation plus concrète de l’aspect ancien du bâtiment. Le décapage de la face est du clocher a permis, en outre, de faire réapparaître la base de celui-ci, au niveau du toit du chœur. Après la démolition de 1794, c’est sur cette base que le toit fut reconstruit, et que l’on éleva, en 1802, le nouveau clocher.
2. Chapelle Notre Dame de pitié
Nous sommes au début du XVIe siècle. En 1520, un certain Bertrand MONNIER, curé-notaire à Biziat entre 1505 et 1549, fonde la chapelle sud, dite « chapelle Notre Dame de Pitié ». La technique de construction utilisée est très différente de celle de l’église elle-même : l’appareillage est en carrons, soigneusement agencés, en « boutisse » et « panneresse » (panneresse : la partie longue du carron est apparente, boutisse : l’extrémité étroite est visible). La chapelle est munie d’une baie de style gothique flamboyant et, selon la tradition (avérée par Madame Delphine DESCHAMPS, dans une thèse de master datée de 2007), la baie et ses vitraux auraient été réalisés par les mêmes ouvriers qui travaillaient sur le chantier de l’église de Brou. Delphine DESCHAMPS montre l’existence de liens solides entre les deux chantiers. Notons également que les moines Augustins de Brou possédaient des terres à Biziat. On doit aussi à Bertrand MONNIER un tabernacle et son pilastre en pierre taillée, réalisés à la même époque et qui se trouvent actuellement au musée de Brou. Bertrand MONNIER est inhumé dans cette chapelle dont il fut le fondateur.
A l’intérieur de la chapelle, le vitrail principal, réalisés par BESSAC, maître verrier à Grenoble en 1919, représente la Vierge des 7 douleurs entourée à droite par Saint Pierre Chanel et à gauche par Saint Jean Marie Vianney. Notons que la dynastie des maîtres-verriers BESSAC a été fondée au XVIe siècle par Antoine Bessac et que l’atelier Bessac, situé à l’origine à Pont d’Ain, existe toujours à Grenoble sous le nom de BERTHIER-BESSAC. Les vitraux de la partie supérieure sont en partie du réemploi des vitraux primitifs du XVIe siècle : une résurrection du Christ à gauche (on distingue des soldats portant des équipements et des vêtements de l’époque) et à droite, Dieu le Père bénissant le monde.
Autre élément remarquable, la voûte, supportée par des nervures doubles, formant à leur jonction cinq clés de voûte. Les nervures reposent sur des culots, ornés de motifs végétaux (vigne, chicorée) et des animaux fantastiques. Dans cette chapelle se trouve le tombeau de Bertrand MONNIER.
3 LE MOBILIER
3.1 Statuaire
Chapelle Nord : saint Antoine de Padoue
Plâtre polychrome. Saint Antoine en robe de bure tient sur son bras gauche l’enfant Jésus assis sur un livre. XIXe siècle.
Chapelle Sud : saint Pierre Chanel
Plâtre polychrome. Saint Pierre Chanel est représenté avec une massue dans la main gauche, un palme dans la main droite et un marteau à ses pieds. XIXe siècle.
Chapelle Nord : saint Joseph et l’enfant Jésus
Plâtre polychrome. Saint Joseph porte l’enfant Jésus sur le côté gauche et tiens un lys dans la main droite. XIXe siècle.
Sur l’autel, arc triomphal Nord : Notre Dame du Sacré Cœur 1
Plâtre polychrome. La Vierge porte l’enfant Jésus sur son bras gauche tenant un globe et bénissant de sa main droite. XIXe siècle.
Notre Dame du Sacré Cœur 2
Plâtre polychrome. La Vierge pointe le chœur enflammé de l’enfant Jésus qu’elle porte sur son bras gauche. Inscription sur le socle : LA STATUE RELIGIEUSE/PARIS. XIXe siècle.
Autel de la chapelle notre Dame de pitié : Vierge de pitié
Plâtre polychrome. La Vierge maintient le Christ allongé sur ses genoux. Inscription sur le socle : 1549 CONSOLATRICE DES AFFLIGES PRIEZ POUR NOUS 1903. Signature : A. DUTRONC/LYON. Début XXe siècle (1903 ?).
Sur l’autel, arc triomphal Sud : saint Clair
Plâtre polychrome. Saint Clair est représenté en évêque, tenant une crosse côté gauche et bénissant de la main droite. Milieu du XIXe siècle (1844 ?).
Chapelle Nord : saint Jean-Marie-Baptiste Vianney
Plâtre blanc. Le saint est représenté debout, les mains jointes en prière. Signature sur le socle : A. DUTRUC/LYON. Dans l’inventaire de la Fabrique de Biziat du 6 mars 1906, il est noté : n°17/statue du curé d’Ars un mètre vingt environ (AD cote 8V19). XIXe siècle.
Derrière l’autel à gauche : Saint Antoine
Bois doré. Saint Antoine le Grand est représenté avec un cochon peint en noir à ses pieds, les mains appuyées sur un bâton (rajouté lors de la restauration en 2001). Restauration par MM. VIDGRAIN et Bertrand LOTTEAU.
Derrière l’autel à droite : Saint Paul
Bois doré. Le saint tient un livre dans la main gauche et tenait certainement une épée dans sa main gauche. Statue restaurée en 2001 par MM. Paul VIDGRAIN et Bertrand LOTTEAU.
3.2 Les cloches
Le clocher de l’église est muni de deux cloches :
1) La plus ancienne, fondue chez BEAUDOIN-LENEVEUX-GUILLAUME à Champigneules-en-Bassigny. Elle porte l’inscription « J’AI ETE BENITE A BIZIAT L’AN 1825 SOUS LE REGNE DE CHARLES X / J’AI EU POUR PARRAIN M. JOSEPH SALLET, MAIRE, ET POUR MARRAINE DAME MARIE- HENRIETTE-FELICITE DESPINEY-NAGEL-DE LAMONNIERE/BAUDOIN-LENEVEUX-GUILLAUME FONDEURS »
2) La seconde, refondue chez BURDIN aîné à Lyon. Elle couta 2467 francs. Sa bénédiction fut donnée le 26 mai 1895 par M. l’abbé GOJON, curé de Châtillon-sur-Chalaronne. Elle porte l’inscription « PARRAIN : BENOIT SEIGNERET, MARRAINE SOPHIE CIZAIRE, CURE JOSEPH-MARIE ROBIN, MAIRE BENJAMIN DEGLETAGNE ».
3.3 Les vitraux
Les vitraux de l’église datent de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
- Dans l’abside, au centre, une verrière circulaire représente le Christ pointant son cœur enflammé de la main gauche et bénissant de la main droite. Ce vitrail n’est pas signé, mais on peut raisonnablement l’attribuer à l’atelier BESSAC (voir fiche Chapelle Notre Dame de Pitié) car on trouve dans l’église de Marillat un vitrail de plus grande dimension, mais identique dans le dessin et les couleurs, signé BESSAC. Inscription : 1914-1919 BIZIAT AU SACRE CŒUR.
- Dans le cœur, côté Nord, deux verrières : saint Joseph tenant une fleur de lys, sainte Anne et la vierge. Côté sud deux verrières : saint Jean Baptiste, le Christ (Sacré Cœur). La verrière de saint Jean Baptiste est en grande partie aveuglée par l’ajout postérieur d’un bâtiment extérieur (la sacristie). Vitraux réalisés par les Lyonnais Charles Antoine PARE et Jules AUBRIOT en 1869. Inscrits MH le 23/06/1947.
- Dans la nef, deux vitraux : le Christ, au-dessus du tombeau est entouré des apôtres (ascension). Don du curé Antoine DESCAILLOT en 1860.Le Christ entouré des apôtres et surmonté de la colombe du saint Esprit.
- Dans la nef : quatre vitraux, principalement monochromes (grisaille), utilisant la technique pointilliste. Ces vitraux ne sont pas signés, mais sont peut-être réalisés par l’atelier BESSAC qui utilise largement cette technique pointilliste du traitement de la lumière.
3.4 Mobilier divers
Retable
Sur l’autel de la chapelle Notre Dame de Pitié : un retable baroque avec colonnes torses et trois niches en plein cintre. La partie centrale en avancée. Les trois statuettes en bois polychrome sont placées dans les niches : une Vierge à l’enfant debout sur un demi-globe, deux évêques dont l’un tient un livre très probablement une crosse. XVIIe siècle. Inscrit MH au titre objet le 6/11/1978.
Ensemble de treize stations du chemin de croix.
Cadre en bois doré, estampes polychrome, croix sommitale avec numéro de la station. La station n° 11 est manquante. Inscription dans la partie basse à gauche : [...]IEL ET CIE PLACE ST SULPICE 6 RUE BONAPARTE PARIS. Inscription dans la partie basse à droite : GERAD SEGUIN DEL PINGO.
Dans l’inventaire des biens de la Fabrique de Biziat du 6 mars 1906 il est noté : n°18/quatorze tableaux (chemin de croix). AD cote 8V19. XIXe siècle.
Reliquaire saint Christian
Matériaux : sapin et tilleul. Inscription au dos de la boîte : PAROISSE DE BIZ […] DIOCE […] et blason surmonté d’un chapeau de cardinal. Inscrit MH au titre objet le 05/07/1998. XVIIIe siècle.
Sur l’autel : chandeliers et croix d’autel
Six chandeliers et une croix d’autel reposant sur un pied tripode à décor de dragons. Inscription figurant sur deux chandeliers : DONNE PAR S.M. NAPOLEON III A L’EGLISE DE BIZIAT 1869. Inscrits MH au titre objet le 20/06/2008. Fin XIXe siècle.